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<channel><title><![CDATA[L'Objectif - Formes litt&eacute;raires libres]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres]]></link><description><![CDATA[Formes litt&eacute;raires libres]]></description><pubDate>Fri, 04 Dec 2020 15:54:36 -0800</pubDate><generator>Weebly</generator><item><title><![CDATA[Get Out: Etudiant Erasmus en Slovaquie, pourchassé parce que je suis noir]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/get-out-etudiant-erasmus-en-slovaquie-pourchasse-parce-que-je-suis-noir]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/get-out-etudiant-erasmus-en-slovaquie-pourchasse-parce-que-je-suis-noir#comments]]></comments><pubDate>Fri, 23 Jun 2017 12:32:42 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/get-out-etudiant-erasmus-en-slovaquie-pourchasse-parce-que-je-suis-noir</guid><description><![CDATA[C&rsquo;est s&ucirc;r qu&rsquo;il ne s&rsquo;y attendait pas. &Agrave; 21 ans, ce jeune &eacute;tudiant qui souhaite rester anonyme a fr&ocirc;l&eacute; la mort lors de son s&eacute;jour Erasmus en Slovaquie. Et ce n&rsquo;&eacute;tait pas lorsqu&rsquo;il a chauss&eacute; des skis, pour la premi&egrave;re fois, dans les r&eacute;gions montagneuses de Banska Bystrica. C&rsquo;&eacute;tait simplement en allant prendre un verre.      J&rsquo;ai 21 ans et je suis &eacute;tudiant &agrave; l&rsquo;uni [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph"><em>C&rsquo;est s&ucirc;r qu&rsquo;il ne s&rsquo;y attendait pas. &Agrave; 21 ans, ce jeune &eacute;tudiant qui souhaite rester anonyme a fr&ocirc;l&eacute; la mort lors de son s&eacute;jour Erasmus en Slovaquie. Et ce n&rsquo;&eacute;tait pas lorsqu&rsquo;il a chauss&eacute; des skis, pour la premi&egrave;re fois, dans les r&eacute;gions montagneuses de Banska Bystrica. C&rsquo;&eacute;tait simplement en allant prendre un verre.</em></div>  <span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/slovakia-far-right-party-anti-roma-march-creditjanos-vajda-epa-800x450_orig.jpg" style="margin-top: 10px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:0; max-width:100%" alt="Photo" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;"></div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>  <div class="paragraph">J&rsquo;ai 21 ans et je suis &eacute;tudiant &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Reims. Cette ann&eacute;e, je suis pass&eacute; en licence, et j&rsquo;ai eu la possibilit&eacute; d&rsquo;effectuer un s&eacute;jour Erasmus de deux semestres dans un des pays europ&eacute;ens de mon&nbsp;choix.<br /><br /><span></span>Avec trois copains, on a d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;effectuer ce s&eacute;jour d&rsquo;&eacute;tudes ensemble. D&rsquo;embl&eacute;e, on a &eacute;cart&eacute; l&rsquo;Espagne, l&rsquo;Italie ou la Belgique, car on souhaitait vivre une exp&eacute;rience totalement d&eacute;paysante. Ma fili&egrave;re, Staps (sciences et techniques des activit&eacute;s physiques et sportives), organise un partenariat avec la Slovaquie depuis plusieurs ann&eacute;es et &ccedil;a nous a parl&eacute;.<br /><br /><span></span>En plus d&rsquo;&ecirc;tre originale, la destination &eacute;tait &agrave; la port&eacute;e de nos petites bourses. On est donc parti &agrave; l&rsquo;universit&eacute; en septembre 2016 &agrave; l'universit&eacute; Matej Bel &agrave;&nbsp;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bansk%C3%83%C2%A1_Bystrica" target="_blank">Banska Bystrica</a>, une petite ville de 80.000 habitants au centre du pays.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">Parce que je suis noir, les gens me regardaient curieusement</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>Au premier semestre, tout s&rsquo;est bien pass&eacute;. On a v&eacute;cu la vie de tous les &eacute;tudiants Erasmus&nbsp;: pas mal de sorties, de f&ecirc;tes, et des visites du pays car les voyages en train sont gratuits l&agrave;-bas pour les &eacute;tudiants.<br /><br /><span></span>Assez vite pourtant, j&rsquo;ai remarqu&eacute; que les gens me regardaient curieusement&nbsp;: il faut dire que je suis noir, et qu&rsquo;il y en a tr&egrave;s peu. J&rsquo;&eacute;tais le seul l&agrave;-bas parmi les vingt &eacute;tudiants fran&ccedil;ais de ma promo au premier semestre. Mes parents m&rsquo;avaient mis en garde en disant qu&rsquo;il y avait beaucoup de racisme dans les pays de l&rsquo;est, mais je ne voulais pas trop y croire.<br /><br /><span></span>Tous ces regards sur moi, je les sentais bien s&ucirc;r, mais je n&rsquo;y accordais pas beaucoup d&rsquo;attention. J&rsquo;avais entendu des dr&ocirc;les de choses, comme quoi un vieux Slovaque avait fait un salut nazi devant un pote belge noir dans un bar, mais je ne m&rsquo;affolais pas.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">"He wants to kill you"</span></span><br /><span></span><br />Au d&eacute;but du deuxi&egrave;me semestre, le 11 fevrier dernier, on est sorti dans ce m&ecirc;me caf&eacute;, le Ponarka, o&ugrave; on avait nos habitudes depuis plusieurs mois.<br /><br /><span></span>Je m&rsquo;installe au bar pour fumer une cigarette en attendant que mes potes me rejoignent. &Agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi, un mec, la quarantaine, assez petit et costaud, le cr&acirc;ne ras&eacute;, m&rsquo;interpelle bruyamment en slovaque. Comme je ne comprends pas le slovaque et que j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il est bourr&eacute;, je l&rsquo;ignore. Un client au bar me traduit alors en anglais ses paroles&nbsp;:<br /><br /><span></span>"<em>He wants to kill you.</em>" ("Il veut te tuer" en fran&ccedil;ais)<br /><br /><span></span>Je continue &agrave; fumer ma cigarette sans r&eacute;agir et sans le regarder. Tout de suite&nbsp;apr&egrave;s, j&rsquo;entends un bruit de verre bris&eacute; et je me prends un violent coup sur la joue. Je me d&eacute;bats, j&rsquo;essaie de me d&eacute;fendre. Mais j&rsquo;ai beau faire 1m95, je suis plus fluet que lui.<br /><br /><span></span>Pendant plus d&rsquo;une minute, avant que des clients du bar l&rsquo;&eacute;cartent, je ne sais plus o&ugrave; je suis. Je me retrouve finalement seul, en train de pisser le sang partout, le visage lac&eacute;r&eacute; par un objet tranchant, sans doute une bouteille de verre cass&eacute;e dont le type s&rsquo;est servi pour me frapper.<br /><br /><span></span>Je suis emmen&eacute;e en ambulance et hospitalis&eacute; la nuit m&ecirc;me. Il a fallu 38 points de suture pour refermer les plaies, ce qui m&rsquo;a pratiquement d&eacute;figur&eacute;.<br /><span></span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-medium " style="padding-top:5px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:10px;text-align:left"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/1035923989_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><span><span style="font-weight:700">Je ne voulais pas rentrer</span></span><br /><br />Je suis all&eacute; porter plainte avec mes amis d&egrave;s le lendemain matin. Pendant mes deux semaines d&rsquo;arr&ecirc;t, j&rsquo;ai s&eacute;rieusement morfl&eacute;. J&rsquo;&eacute;tais vraiment au fond du trou. Je n&rsquo;ai pas compris ce qui m&rsquo;&eacute;tait arriv&eacute;.<br />Mes parents m&rsquo;ont dit de revenir imm&eacute;diatement. Moi, j&rsquo;&eacute;tais mitig&eacute;. Mais mes potes m&rsquo;ont &eacute;norm&eacute;ment soutenu. On s&rsquo;est dit qu&rsquo;il ne fallait pas que je rentre dans cet &eacute;tat, que ce serait les faire gagner en quelque sorte.<br />C&rsquo;est aussi apr&egrave;s mon agression que j&rsquo;ai appris que la r&eacute;gion &eacute;tait g&eacute;r&eacute;e&nbsp;<a href="https://www.marianne.net/monde/slovaquie-lirresistible-ascension-du-neonazi-marian-kotleba" target="_blank">par un gouverneur n&eacute;o-nazi</a>&nbsp;depuis quatre ans [ndlr&nbsp;: du parti LSNS , Parti populaire-Notre Slovaquie] qui avait cr&eacute;&eacute; sa propre milice dans la ville.<br /><br /><br /><span><span style="font-weight:700">Un fief de n&eacute;o-nazis</span></span><br /><br /><br />Heureusement, d&egrave;s que j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; en &eacute;tat de remettre un pied en dehors de ma chambre d&rsquo;&eacute;tudiant, j&rsquo;ai re&ccedil;u pas mal de soutien. Plusieurs personnes m&rsquo;ont arr&ecirc;t&eacute; dans la rue pour me dire qu&rsquo;ils me soutenaient, l&rsquo;affaire ayant &eacute;t&eacute; assez m&eacute;diatis&eacute;e l&agrave;-bas. La directrice de l&rsquo;universit&eacute; slovaque m&rsquo;a offert un cadeau, les gens de l&rsquo;Alliance fran&ccedil;aise ont aussi &eacute;t&eacute; tr&egrave;s pr&eacute;sents.<br /><br />Malgr&eacute; tout, je n&rsquo;&eacute;tais pas toujours tranquille. En avril par exemple, la responsable Erasmus de l&rsquo;universit&eacute; a post&eacute; dans notre groupe Facebook un message pour nous informer de la teneur d&rsquo;un meeting neo-nazi &agrave; proximit&eacute; de l&rsquo;universit&eacute; et qu&rsquo;il fallait, par prudence, emprunter un autre itin&eacute;raire. Ce jour-l&agrave;, je suis rest&eacute; dans ma chambre sans oser sortir.<br /><br />Il y a un mois, on a crois&eacute; quatre jeunes slovaques &agrave; une soir&eacute;e. Quand on leur a dit qu&rsquo;on &eacute;tait Fran&ccedil;ais, ils nous ont parl&eacute; de P&eacute;tain&nbsp;! La France &eacute;tait mieux quand il &eacute;tait au commande selon eux. Ils n&rsquo;&eacute;taient pas agressifs et cherchaient seulement &agrave; discuter. Mais au bout d&rsquo;un moment, ils nous ont sorti:<br /><br />"On pr&eacute;f&egrave;re vous le dire&nbsp;: on est des n&eacute;o-nazis. Et on aime pas votre fa&ccedil;on de penser."<br /><br /><br /><span><span style="font-weight:700">Je suis vivant et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel</span></span><br /><br />Mon ann&eacute;e vient de se terminer et je suis rentr&eacute; hier en France. Au bout du compte, je suis quand m&ecirc;me content d&rsquo;&ecirc;tre all&eacute; au bout de mon semestre. Je tire malgr&eacute; tout un bon souvenir de mon s&eacute;jour Erasmus&nbsp;: j&rsquo;ai voyag&eacute; en Pologne, en R&eacute;publique Tch&egrave;que, en Hongrie, en Autriche&hellip;&nbsp; J&rsquo;ai fait du ski pour la premi&egrave;re fois de ma vie, du hockey sur glace, des randonn&eacute;es dans des coins splendides.<br /><br />Je sais qu&rsquo;il va falloir me faire op&eacute;rer pour une reconstruction de mon visage, mais chaque chose en son temps. Je suis vivant et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel. &Agrave; quelques millim&egrave;tres pr&egrave;s, j&rsquo;aurais pu perdre un &oelig;il.<br /><br />Quant aux futures &eacute;changes Erasmus dans la r&eacute;gion, j&rsquo;ignore si le partenariat va se maintenir dans les prochaines ann&eacute;es. La seule chose que l&rsquo;universit&eacute; de Reims m&rsquo;a dit au moment de mon agression, c&rsquo;est qu&rsquo;ils &eacute;taient d&eacute;sol&eacute;s, mais qu&rsquo;il valait mieux pour moi que je reste l&agrave;-bas, car sinon je n&rsquo;allais pas pouvoir valider mon ann&eacute;e de Licence&hellip;</div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Témoignage: L'Histoire inconnue des Chibanis de la SNCF]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/temoignage-lhistoire-inconnue-des-chibanis-de-la-sncf]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/temoignage-lhistoire-inconnue-des-chibanis-de-la-sncf#comments]]></comments><pubDate>Wed, 07 Jun 2017 11:23:25 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/temoignage-lhistoire-inconnue-des-chibanis-de-la-sncf</guid><description><![CDATA[Dans les ann&eacute;es 1970, dans le cadre d&rsquo;une convention sign&eacute;e entre la France et le Maroc, la SNCF a embauch&eacute; environ 2000 Marocains, promettant de garantir "l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des droits et de traitement" avec les employ&eacute;s fran&ccedil;ais. En 2015, la SNCF a &eacute;t&eacute; condamn&eacute;e aux Prud&rsquo;hommes pour discrimination, apr&egrave;s qu&rsquo;environ 800 personnes ont d&eacute;pos&eacute; plainte pour discrimination.&nbsp;Les auditions en [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph">Dans les ann&eacute;es 1970, dans le cadre d&rsquo;une convention sign&eacute;e entre la France et le Maroc, la SNCF a embauch&eacute; environ 2000 Marocains, promettant de garantir "l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des droits et de traitement" avec les employ&eacute;s fran&ccedil;ais. En 2015, la SNCF a &eacute;t&eacute; condamn&eacute;e aux Prud&rsquo;hommes pour discrimination, apr&egrave;s qu&rsquo;environ 800 personnes ont d&eacute;pos&eacute; plainte pour discrimination.&nbsp;<a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170515.AFP3292/ouverture-du-proces-en-appel-des-chibanis-marocains-contre-la-sncf.html" target="_blank">Les auditions en appel ont eu lieu cette semaine</a>. Abdel&nbsp;E., 62 ans, revient sur son histoire.</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/chibanis_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">En 1973, j&rsquo;avais 19 ans. Je vivais dans mon petit village du nord du Maroc, non loin de T&eacute;touan, que rien ne m&rsquo;incitait &agrave; quitter. J&rsquo;avais une maison et la plage &agrave; proximit&eacute;. Pourtant, j&rsquo;avais envie de d&eacute;couvrir le monde. Dans un petit coin de ma t&ecirc;te, je me demandais comment c&rsquo;&eacute;tait derri&egrave;re la mer, l&agrave;-bas, &agrave; une vingtaine de kilom&egrave;tres. Je savais qu&rsquo;il y avait l&rsquo;Espagne, d&rsquo;o&ugrave; venaient mes anc&ecirc;tres. &Ccedil;a piquait ma curiosit&eacute;.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">"Paris, c&rsquo;est le cin&eacute;ma et les jolies filles&nbsp;!"</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>Un soir, alors que je rentrais de la plage, j&rsquo;ai vu que le chef du village m&rsquo;attendait. On &eacute;tait en tr&egrave;s mauvais termes, je me suis demand&eacute; ce qu&rsquo;il me voulait. &Agrave; l&rsquo;&eacute;poque, il aurait fait n&rsquo;importe quoi pour se d&eacute;barrasser de moi. "Tiens, j&rsquo;ai un bon truc pour toi. Un contrat de travail &agrave; la SNCF, &agrave; Paris&nbsp;!"<br /><br /><span></span>Je lui ai dit que je n&rsquo;&eacute;tais pas int&eacute;ress&eacute;, il a p&eacute;t&eacute; les plombs. J&rsquo;avais mon confort ici, je n&rsquo;avais aucune raison de m&rsquo;en aller. Mais en m&ecirc;me temps, je commen&ccedil;ais &agrave; comprendre que je ne pourrais pas y passer ma vie. Quinze jours apr&egrave;s, j&rsquo;&eacute;tais dans le bureau du recruteur de la SNCF pour un entretien.<br /><br /><span></span>On a fait une partie d&rsquo;&eacute;chec. J&rsquo;&eacute;tais nul aux &eacute;checs. Il m&rsquo;a demand&eacute; si j&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; travaill&eacute;. &Eacute;videmment que non. Il voulait juste v&eacute;rifier que je comprenais ce qu&rsquo;on me disait. Je n&rsquo;&eacute;tais pas tr&egrave;s motiv&eacute;, il l&rsquo;a bien compris. Alors il m&rsquo;a sorti le grand jeu&nbsp;: "La SNCF c&rsquo;est bien, c&rsquo;est Paris&nbsp;! C&rsquo;est le cin&eacute;ma, les jolies filles, tout &ccedil;a&nbsp;!". Un copain, qui &eacute;tait pressenti aussi, m&rsquo;a dit&nbsp;: "Viens, si &ccedil;a te pla&icirc;t pas, tu reviendras."<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">Du nord du Maroc &agrave; la gare de Lyon</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>&Agrave; l'&eacute;t&eacute; 1973, on est parti de Casablanca, on a pris le train &agrave; travers l&rsquo;Espagne et la France. C&rsquo;est comme &ccedil;a que je me suis retrouv&eacute; gare de Lyon. Je suis mont&eacute; au secr&eacute;tariat, j&rsquo;ai tendu mon papier d&rsquo;embauche. La dame m&rsquo;a regard&eacute; en me disant&nbsp;: "On n&rsquo;embauche pas les mineurs, ici." C&rsquo;est vrai que je faisais tr&egrave;s jeune. Apr&egrave;s v&eacute;rification, on a sign&eacute; les papiers. Les quarante-trois ann&eacute;es qui ont suivi, j&rsquo;ai travaill&eacute; pour la SNCF.<br /><br /><span></span>Le premier jour, on m&rsquo;a pr&eacute;sent&eacute; un lit au milieu d&rsquo;un dortoir &agrave; Bercy. On m&rsquo;a dit que c&rsquo;&eacute;tait le mien. J&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; pleurer. Moi qui avais toujours v&eacute;cu dans une maison, j&rsquo;avais soudainement l&rsquo;impression de me retrouver en prison. J&rsquo;ai protest&eacute;, demand&eacute; une chambre individuelle. Ils m&rsquo;en ont trouv&eacute; une dans un foyer de travailleurs c&eacute;libataires. Tout le monde picolait, vomissait dans les escaliers. Les probl&egrave;mes ont commenc&eacute;.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">Comme les gnous dans la jungle</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>Je ne savais pas en quoi allait consister mon travail. J&rsquo;ai commenc&eacute; par faire trois mois de stage, ensuite j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; affect&eacute; &agrave; l&rsquo;accrochage de trains. On &eacute;tait en plein hiver, il faisait froid, c&rsquo;&eacute;tait vraiment tr&egrave;s difficile. Ensuite, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; affect&eacute; au tri du courrier &agrave; la gare de Lyon. &Ccedil;a ne me plaisait pas du tout, je ne voulais pas rester l&agrave;. Mes chefs s&rsquo;en sont rendu compte, c&rsquo;est comme &ccedil;a que je me suis retrouv&eacute; finalement &agrave; la manutention.<br /><br /><span></span>Le quotidien &agrave; la SNCF est devenu tr&egrave;s dur. C&rsquo;&eacute;tait comme dans la savane. Il y avait la grande plaine, les lions, les lionnes, les gu&eacute;pards, les loups et les gnous&hellip; qui nourrissaient tout le monde. Les gnous, c&rsquo;&eacute;tait nous. On faisait le sale boulot, on se faisait engueuler pour un oui, pour un non. &Agrave; un moment, j&rsquo;ai craqu&eacute;. J&rsquo;ai pos&eacute; ma d&eacute;mission, qu&rsquo;ils ont refus&eacute;e. Ils n&rsquo;avaient pas envie que j&rsquo;essaie de n&eacute;gocier mon d&eacute;part. Ils &eacute;taient pr&ecirc;ts &agrave; me laisser partir sans rien, mais j&rsquo;avais deux enfants &agrave; nourrir. Donc je suis rest&eacute;. &nbsp;<br /><span></span><br /><br /><span></span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-medium " style="padding-top:5px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:10px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/chibani-sncf_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><span><span style="font-weight:700">SNCF la nuit, universit&eacute; Paris III le jour</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>J&rsquo;ai tenu parce que j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; avoir une vie, en parall&egrave;le de la SNCF. Dans mon village du nord du Maroc, on n&rsquo;&eacute;tait pas tr&egrave;s bons en fran&ccedil;ais, on &eacute;tait plut&ocirc;t en contact avec l&rsquo;espagnol. J&rsquo;ai donc d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;apprendre vraiment le fran&ccedil;ais et de me payer des &eacute;tudes. J&rsquo;avais l&rsquo;esprit vif, j&rsquo;&eacute;tais quelqu&rsquo;un de tr&egrave;s sociable, j&rsquo;avais envie de rencontrer des gens. Au bout de trois ou quatre ans, j&rsquo;ai pass&eacute; les examens d&rsquo;entr&eacute;e de l&rsquo;universit&eacute; tout en continuant &agrave; travailler &agrave; la SNCF. Je faisais partie de ce qu&rsquo;on appelle "la r&eacute;serve". Je travaillais volontairement la nuit, les week-ends et les jours f&eacute;ri&eacute;s, pour pouvoir aller en cours le jour. Je ne partais pas en vacances non plus. Physiquement, c&rsquo;&eacute;tait tr&egrave;s dur. Les profs me disaient qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais vu &ccedil;a.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">13 ans plus tard, un doctorat</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>&Agrave; Paris III, j&rsquo;ai commenc&eacute; par suivre un cursus de civilisation du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique du Nord. Ensuite, j&rsquo;ai soutenu une ma&icirc;trise en analyse du discours et sociolinguistique appliqu&eacute;e &agrave; l&rsquo;histoire. Puis, j&rsquo;ai r&eacute;ussi &agrave; entamer des recherches doctorales et re&ccedil;u la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise. &Ccedil;a m&rsquo;a pris treize ans, mais j&rsquo;ai fini par soutenir ma th&egrave;se, en 1992. J&rsquo;en suis sorti litt&eacute;ralement &eacute;puis&eacute;. Menant de front ma vie &agrave; l&rsquo;universit&eacute; et mon travail &agrave; la SNCF, je n&rsquo;avais plus de forces.<br /><br /><span></span>&Agrave; Paris VIII, o&ugrave; j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; transf&eacute;r&eacute; entretemps, j&rsquo;ai fait la connaissance d&rsquo;un linguiste qui voulait me proposer un poste d&rsquo;assistant, &agrave; la condition que je publie un livre en amont. Le probl&egrave;me, c&rsquo;est que je vivais vraiment au jour le jour, je n&rsquo;avais ni le temps, ni l&rsquo;argent pour me le permettre. Il fallait que je puisse subvenir aux besoins de mes enfants. Je ne pouvais abandonner ni mon salaire, ni ma protection sociale. Je me suis retrouv&eacute; coinc&eacute;.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">"Vous n&rsquo;&ecirc;tes pas l&agrave; pour &ecirc;tre cadre"</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>Entretemps, la SNCF a sign&eacute; des contrats avec les pays du Golfe. Na&iuml;vement, j&rsquo;ai &eacute;crit un e-mail &agrave; Guillaume P&eacute;py en lui disant qu&rsquo;avec mon excellent niveau d&rsquo;arabe, j&rsquo;&eacute;tais dispos&eacute; &agrave; accompagner ou encadrer les ing&eacute;nieurs sur place. Je voulais sortir de mon quotidien de gal&egrave;res et de brimades.<br /><span></span>Mon e-mail a &eacute;t&eacute; transf&eacute;r&eacute; &agrave; la directrice r&eacute;gionale, qui m&rsquo;a dit de "faire reconna&icirc;tre mes dipl&ocirc;mes". Le seul dipl&ocirc;me que j&rsquo;avais, c&rsquo;&eacute;tait un doctorat de l&rsquo;universit&eacute; fran&ccedil;aise, dont les photocopies certifi&eacute;es finissaient &agrave; la poubelle&nbsp;: "Vous n&rsquo;&ecirc;tes pas l&agrave; pour &ecirc;tre cadre."<br /><br /><span></span>Je me suis donc retrouv&eacute; &agrave; former des gens amen&eacute;s &agrave; devenir mes sup&eacute;rieurs hi&eacute;rarchiques. Ils avaient beau faire des erreurs, je n&rsquo;avais soudainement plus la possibilit&eacute; de me faire entendre parce que j&rsquo;&eacute;tais sous leur autorit&eacute;, ou parce qu&rsquo;ils trouvaient des soutiens autour d&rsquo;eux. Quand j&rsquo;ai obtenu la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise, j&rsquo;ai demand&eacute; &agrave; &ecirc;tre int&eacute;gr&eacute; &agrave; la SNCF avec un statut de cheminot. En vain. &Ccedil;a ne les a jamais emp&ecirc;ch&eacute; de me faire rester la nuit jusqu&rsquo;&agrave; pas d&rsquo;heure quand un train arrivait en retard, ou de me demander de g&eacute;rer des erreurs d&rsquo;aiguillages avec les moyens du bord. Chaque jour apportait son lot de mauvaises surprises.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">J&rsquo;ai failli tout envoyer balader</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>Je me suis demand&eacute; comment une entreprise d&rsquo;&Eacute;tat pouvait organiser la s&eacute;gr&eacute;gation entre ses employ&eacute;s. Un jour, j'ai eu un accident du travail. Je me suis rompu les ligaments crois&eacute;s. Je me suis retrouv&eacute; devant le m&eacute;decin du travail de la SNCF, qui m&rsquo;a regard&eacute; en me disant&nbsp;: "Moi monsieur, je soigne les cheminots". N&rsquo;ayant pas le statut de cheminot, je ne pouvais le consulter en dehors d&rsquo;une visite d&rsquo;aptitude. Non seulement je ne b&eacute;n&eacute;ficiais pas de la couverture sociale sp&eacute;cifique des cheminots, en plus, je n&rsquo;avais pas acc&egrave;s aux infrastructures de soin de l&rsquo;entreprise.<br /><br /><span></span>J&rsquo;ai vraiment failli tout envoyer balader, surtout pendant les dix derni&egrave;res ann&eacute;es. &Agrave; la SNCF, les emplois sont r&eacute;partis en cat&eacute;gories qui vont de A &agrave; H, de la base au sommet de la pyramide hi&eacute;rarchique. A, B et C correspondant au coll&egrave;ge dit "ex&eacute;cution", D et E au niveau ma&icirc;trise, F, et H, les cadres. J&rsquo;ai demand&eacute; un certificat de travail &agrave; la SNCF (le r&eacute;sum&eacute; de mes affectations depuis 1973). Je n&rsquo;ai rien compris de ce que j&rsquo;ai lu, &ccedil;a ne correspondait pas &agrave; la r&eacute;alit&eacute; des postes que j&rsquo;avais tenus. M&ecirc;me si j&rsquo;avais travaill&eacute; comme ma&icirc;trise ou cadre, j&rsquo;&eacute;tais pay&eacute; en B. J&rsquo;ai rarement gagn&eacute; plus de 1500 euros par mois.<br /><br /><span></span>J&rsquo;ai bien essay&eacute; de me syndiquer, mais &ccedil;a n&rsquo;a pas dur&eacute; longtemps. Un jour, on m&rsquo;a dit que les gens comme moi "ne devaient pas pr&eacute;tendre &agrave; avoir les m&ecirc;mes droits que les autres". J&rsquo;ai rendu ma carte directement.&nbsp;<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">Je ne pensais pas que je tiendrais jusqu&rsquo;&agrave; la retraite</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>J&rsquo;ai quitt&eacute; la SNCF il y a deux ans. Jamais je ne me serais cru capable de tenir jusqu&rsquo;&agrave; la retraite. Il y a trois ou quatre ans, j&rsquo;ai entendu par des coll&egrave;gues dans la m&ecirc;me situation que moi qu&rsquo;une plainte &eacute;tait en train de se former. J&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de constituer un dossier. Pas que j&rsquo;avais un quelconque espoir de toucher quoique ce soit, je voulais simplement faire du bruit. Que les gens se rendent compte de la situation. Je ne pensais pas que la justice nous &eacute;couterait, j&rsquo;&eacute;tais assez d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;.<br /><br /><span></span>En 2015, le dossier est pass&eacute; devant la justice. Quand la SNCF a &eacute;t&eacute; condamn&eacute;e, je me suis dit&nbsp;: "Enfin, il reste un peu de justice dans ce pays." Apr&egrave;s, l&rsquo;entreprise a fait appel. &Ccedil;a m&rsquo;a remis un coup, je pensais que l&rsquo;&Eacute;tat allait mettre tous les moyens pour se prot&eacute;ger. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai de l&rsquo;espoir parce que je pense qu&rsquo;on a r&eacute;ussi &agrave; montrer l&rsquo;absurdit&eacute; de nos histoires devant la cour d&rsquo;appel.<br /><br /><span></span>J&rsquo;ai beau avoir pass&eacute; quarante-trois ans de ma vie &agrave; travailler pour la SNCF, l&rsquo;exp&eacute;rience a &eacute;t&eacute; si d&eacute;sagr&eacute;able que j&rsquo;ai beaucoup de difficult&eacute;s &agrave; me souvenir de ce que j&rsquo;ai fait l&agrave;-bas. Aujourd&rsquo;hui, je regrette d&rsquo;y &ecirc;tre rest&eacute;. Si j&rsquo;avais eu de l&rsquo;argent, j&rsquo;aurais continu&eacute; dans la voie universitaire. Seulement, c&rsquo;est trop tard.<br /><br /><span></span>Je ne m&rsquo;attends pas &agrave; toucher une somme mirobolante. Si jamais je devais avoir quoique ce soit, une bonne partie irait aux imp&ocirc;ts et &agrave; nos avocats. Le reste sera pour mes deux petits-enfants. Mon bonheur, c&rsquo;est eux. Moi, je n&rsquo;en ai plus rien &agrave; foutre, j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; perdu ma vie.<br /><span></span></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La magie de Cannes " je vais monter les marches de Cannes pour mon premier rôle au cinéma"]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-magie-de-cannes-je-vais-monter-les-marches-de-cannes-pour-mon-premier-role-au-cinema]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-magie-de-cannes-je-vais-monter-les-marches-de-cannes-pour-mon-premier-role-au-cinema#comments]]></comments><pubDate>Mon, 22 May 2017 14:35:45 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-magie-de-cannes-je-vais-monter-les-marches-de-cannes-pour-mon-premier-role-au-cinema</guid><description><![CDATA[Premier casting, premier r&ocirc;le principal, premier festival de Cannes&hellip;. No&eacute;e Abita, tout juste la majorit&eacute; et encore au lyc&eacute;e, fait un parcours sans faute cette ann&eacute;e dans le monde du cin&eacute;ma. Elle joue le r&ocirc;le d&rsquo;Ava, une jeune fille de 13 ans malade, qui apprend qu&rsquo;elle va perdre la vue plus vite que pr&eacute;vu. Le film est en comp&eacute;tition officielle &agrave; Cannes.&nbsp;         Pour la toute premi&egrave;re fois de ma vie [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph"><em><font size="3">Premier casting, premier r&ocirc;le principal, premier festival de Cannes&hellip;. No&eacute;e Abita, tout juste la majorit&eacute; et encore au lyc&eacute;e, fait un parcours sans faute cette ann&eacute;e dans le monde du cin&eacute;ma. Elle joue le r&ocirc;le d&rsquo;Ava, une jeune fille de 13 ans malade, qui apprend qu&rsquo;elle va perdre la vue plus vite que pr&eacute;vu. Le film est en comp&eacute;tition officielle &agrave; Cannes.&nbsp;</font></em></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/ava_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Pour la toute premi&egrave;re fois de ma vie, je vais avoir la chance de pr&eacute;senter un long-m&eacute;trage durant le c&eacute;l&egrave;bre festival du film. Je m&rsquo;appelle No&eacute;e Abita, j&rsquo;ai 18 ans, je suis lyc&eacute;enne en terminale litt&eacute;raire &agrave; Paris. Il y a quelques mois, j&rsquo;ai d&eacute;croch&eacute; le premier r&ocirc;le dans le film de L&eacute;a Mysius&nbsp;: "Ava".<br /><br /><span></span>C&rsquo;&eacute;tait la premi&egrave;re fois que je jouais. Je n&rsquo;ai jamais pris de cours de th&eacute;&acirc;tre.<br /><br /><span></span>Petite, j&rsquo;ai toujours r&ecirc;v&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre com&eacute;dienne. Je me voyais jouer dans des films&hellip; J&rsquo;apprenais des r&eacute;pliques par c&oelig;ur, que je r&eacute;citais dans ma chambre.<br /><br /><span></span>&Ccedil;a m&rsquo;a toujours attir&eacute;e. Je me disais qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre, il faudrait bien que je tente ma chance m&ecirc;me si, je me disais que ce ne serait pas r&eacute;alisable, ni v&eacute;ritablement possible.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">"Ava", c&rsquo;&eacute;tait mon premier casting</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>Avec Sara, une amie, nous avions un copain qui nous a donn&eacute; le nom de son agence. Nous y sommes all&eacute;es, elle nous a propos&eacute; un casting directement.<br /><br /><span></span>On s&rsquo;&eacute;tait un peu pr&eacute;par&eacute;, mais on n&rsquo;imaginait pas &ecirc;tre prise. On &eacute;tait surtout surexcit&eacute;. C&rsquo;&eacute;tait tr&egrave;s sympa. On a parl&eacute; de nous, de notre vie d&rsquo;interne, nos go&ucirc;ts. Apr&egrave;s l&rsquo;entretien, on a jou&eacute; la sc&egrave;ne chacune notre tour. J&rsquo;&eacute;tais un peu stress&eacute;e au d&eacute;but, mais tr&egrave;s vite plus d&eacute;tendue.<br /><br /><span></span>Le film parlant d&rsquo;une fille qui perd la vue, on m&rsquo;a band&eacute; les yeux. L&eacute;a voulait voir comment je me d&eacute;pla&ccedil;ais dans l&rsquo;espace sans aucune vision, comment je touchais le visage de la personne en face de moi pour essayer de m&rsquo;impr&eacute;gner de ses traits, sa sensibilit&eacute;&hellip;<br /><br /><span></span>Les jours ont pass&eacute; et je n&rsquo;ai pas eu de nouvelles pendant une ou deux semaines. Je me disais que c&rsquo;&eacute;tait pli&eacute;.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">Mes premiers pas devant la cam&eacute;ra&nbsp;</span></span><br /><br /><span></span>Le tournage du film a dur&eacute; deux mois, d&rsquo;ao&ucirc;t &agrave; septembre 2016. C&rsquo;&eacute;tait g&eacute;nial. Pendant les essais cam&eacute;ra, j&rsquo;&eacute;tais tr&egrave;s impressionn&eacute;e. J&rsquo;avais du mal &agrave; faire ce que L&eacute;a me demandait. Au fil du temps, &ccedil;a s&rsquo;est fait naturellement.&nbsp;<br /><br /><span></span>Les deux mois de tournage ont &eacute;t&eacute; intenses. Il y avait seulement le week-end pour se reposer. Je suis quasiment sur tous les plans donc je tournais tous les jours de la semaine, je ne pouvais pas &ecirc;tre absente.<br /><br /><span></span>Il y avait une entente incroyable sur le tournage. L&rsquo;&eacute;quipe &eacute;tait gentille et bienveillante, c'est devenue une seconde famille. Une complicit&eacute; s'est naturellement install&eacute;e entre nous. Avec Juan Cano, l&rsquo;un des acteurs principaux, la relation s&rsquo;est construite fraternellement, sans aucune s&eacute;duction ni jugement. Avec Laure Calamy &ndash;&nbsp;qui joue ma m&egrave;re &ndash;, la relation &eacute;tait diff&eacute;rente, mais on s&rsquo;entendait tr&egrave;s bien.<br /><br /><span></span>Au retour du tournage, les professeurs sont devenus tr&egrave;s difficiles avec moi, j&rsquo;ai des remarques constamment et la pression s&rsquo;est accentu&eacute;e. J&rsquo;ai h&acirc;te de passer mon bac pour que cette situation se finisse.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">Je n&rsquo;ai toujours pas vu le film en entier</span></span><br /><span></span><br /><br /><span></span>&Agrave; Cannes, ce sera ma premi&egrave;re fois. Je n&rsquo;y suis jamais all&eacute;e. Je suis tr&egrave;s contente mais un peu m&eacute;fiante.<br /><br /><span></span>C&rsquo;est un sentiment bizarre car j&rsquo;y vais &agrave; la fois pour pr&eacute;senter un film, mais &eacute;galement en tant qu&rsquo;observatrice, d&eacute;couvrir cet univers et se faire sa propre id&eacute;e des choses. Finalement, je ne connais pas tellement le monde du cin&eacute;ma.<br /><br /><span></span>Ce qui est s&ucirc;r, c&rsquo;est qu&rsquo;on a un programme tr&egrave;s pr&eacute;cis. Il y a la projection du film en comp&eacute;tition &agrave; la Sem aine, et toutes les interviews avec plein de m&eacute;dias.&nbsp;Je n&rsquo;ai pas vu la version finale d'<em>"</em>Ava" mais le peu que j&rsquo;ai vu, j&rsquo;en suis super contente.<br /><br /><span></span>Depuis, j&rsquo;ai pass&eacute; d&rsquo;autres castings, je tourne actuellement dans "Le Grand bain" de Gilles Lellouche.<br /><span></span><br /><br /><span></span><span><span style="font-weight:700">J&rsquo;ai un autre r&ecirc;ve...</span></span><br /><br /><span></span>J&rsquo;ai vraiment envie d&rsquo;ouvrir ma propre &eacute;cole, une &eacute;cole avec une autre p&eacute;dagogie&nbsp;; on appelle &ccedil;a une &eacute;cole Steiner. J&rsquo;esp&egrave;re vraiment pouvoir le faire un jour.<br /><br /><span></span>Apr&egrave;s le bac, je vais essayer de rentrer dans un conservatoire d&rsquo;arrondissement pour me pr&eacute;parer au national.<br /><span></span></div>  <div class="wsite-youtube" style="margin-bottom:10px;margin-top:10px;"><div class="wsite-youtube-wrapper wsite-youtube-size-auto wsite-youtube-align-center"> <div class="wsite-youtube-container">  <iframe src="//www.youtube.com/embed/q1FvpY07eB4?wmode=opaque" frameborder="0" allowfullscreen></iframe> </div> </div></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Pourquoi j’ai quitté Tinder il y a 5 mois et pourquoi ça n’a rien changé]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/pourquoi-jai-quitte-tinder-il-y-a-5-mois-et-pourquoi-ca-na-rien-change]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/pourquoi-jai-quitte-tinder-il-y-a-5-mois-et-pourquoi-ca-na-rien-change#comments]]></comments><pubDate>Mon, 24 Apr 2017 16:03:47 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/pourquoi-jai-quitte-tinder-il-y-a-5-mois-et-pourquoi-ca-na-rien-change</guid><description><![CDATA[       &#8203;Je suis en&nbsp;rehab.&#8203;Fin 2016, j&rsquo;ai pris la d&eacute;cision de ne plus &ecirc;tre sur aucune application de rencontre. J&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de faire le test ultime, de donner une chance &agrave; la &laquo;vraie&raquo; vie et de voir si les astres pouvaient, un jour, &ecirc;tre enlign&eacute;s ailleurs qu&rsquo;&agrave; 1.2 km de chez moi ou trois heures du matin un samedi soir.Tinder est apparu dans la vie des gens en 2012 et Grindr (pour les hommes gais et [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/image-tinder_orig.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><font size="4">&#8203;Je suis en&nbsp;<em>rehab</em>.<br />&#8203;<br /></font></strong>Fin 2016, j&rsquo;ai pris la d&eacute;cision de ne plus &ecirc;tre sur aucune application de rencontre. J&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de faire le test ultime, de donner une chance &agrave; la &laquo;vraie&raquo; vie et de voir si les astres pouvaient, un jour, &ecirc;tre enlign&eacute;s ailleurs qu&rsquo;&agrave; 1.2 km de chez moi ou trois heures du matin un samedi soir.<br />Tinder est apparu dans la vie des gens en 2012 et Grindr (pour les hommes gais et bisexuels) en 2009. Quand j&rsquo;ai dit &laquo;fuck off&raquo; en d&eacute;cembre dernier, cela faisait donc respectivement cinq et huit ans que j&rsquo;&eacute;tais sur ces r&eacute;volutionnaires applications de l&rsquo;amour. Presque une d&eacute;cennie &agrave; magasiner des&nbsp;<em>dudes&nbsp;</em>comme on magasine un T-Bone et &agrave; me faire&nbsp;<em>swiper&nbsp;</em>&agrave; gauche ou &agrave; droite comme une page de la circulaire du Provigo. Se sentir sp&eacute;cial ts&eacute;.<br />Car qu&rsquo;on se le dise, durant toutes ces ann&eacute;es de &laquo;dating&raquo; en ligne, les bons coups sous la couette se comptent sur mes dix doigts et les&nbsp;<em>dates&nbsp;</em>m&eacute;morables sur une seule main. Faites le test et effacez les contacts de gars ou de filles qui se sont accumul&eacute;s dans votre t&eacute;l&eacute;phone et vous allez &ecirc;tre surpris par l&rsquo;absence de souvenirs que vous avez de ces suppos&eacute;s coups de foudre virtuels.<br />Certes j&rsquo;ai eu des flirts,&nbsp;<em>french&eacute;&nbsp;</em>ma vie,&nbsp;rencontr&eacute; des gars int&eacute;ressants et je me suis m&ecirc;me fait de merveilleux amis qui sont toujours dans ma vie, mais chose certaine, la constance de la qualit&eacute; sur ces applications est comparable &agrave; celle d&rsquo;un&nbsp;<em>food court&nbsp;</em>de centre d&rsquo;achats.</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/une-tinder_orig.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><font size="4">&#8203;Je dis que je suis en&nbsp;<em>rehab&nbsp;</em>car c&rsquo;est ainsi que je me sens.<br />&#8203;</font></strong><br />M&ecirc;me si je sais que c&rsquo;est la bonne d&eacute;cision, &ccedil;a fait cinq mois que je ressens qu&rsquo;il me manque tout de m&ecirc;me quelque chose, un sentiment superficiel d&rsquo;exister ailleurs que dans mon cercle d&rsquo;amis. &Ccedil;a sonne vide et narcissique je sais, mais d&eacute;trompez-vous, c&rsquo;est bien plus&nbsp;<em>profond&nbsp;</em>que &ccedil;a dans le fond. &Ccedil;a en dit surtout tr&egrave;s long sur l&rsquo;importance qu&rsquo;on accorde au regard des autres et &agrave; la valorisation instantan&eacute;e qu&rsquo;on cherche &agrave; coup de&nbsp;<em>likes</em>, de&nbsp;<em>hashtag</em><em>&nbsp;</em>et de matchs Tinder qui m&egrave;nent nul part.<br />Je me suis dit&nbsp;<em>&laquo;Vas-y mon Jord, lance-toi. L&acirc;che ton t&eacute;l&eacute;phone, va prendre des caf&eacute;s, souris aux gens, pr&eacute;sente toi et fais ce que t&rsquo;as jamais fait ou plut&ocirc;t que tu ne fais plus depuis belle lurette, soit connecter avec le monde, le vrai.&raquo;</em><br />Je me suis dit &ccedil;a oui.<br />Non seulement rien de tout cela ne s&rsquo;est produit, pr&eacute;f&eacute;rant &laquo;Netflix and chill&raquo; avec mon chat que le caf&eacute; au coin de la rue, mais plus tristement, j&rsquo;ai r&eacute;alis&eacute; que je ne savais plus comment draguer sur le terrain. Or, j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; bon &laquo;l&agrave; dedans&raquo;, usant de ma r&eacute;partie et de mon sens de l&rsquo;humour qui, malgr&eacute; mon surplus de poids, me permettaient de faire valoir autre chose que mon meilleur profil cadr&eacute; en haut des &eacute;paules et modifi&eacute; sur Instagram avec le filtre Valencia.<br />J&rsquo;ai r&eacute;alis&eacute; que Tinder, Grindr, Bumble, Happn, Hornet, Scruff et autres applications de &laquo;rencontres&raquo; ont cr&eacute;&eacute; autour de chacun de nous une bulle de verre tr&egrave;s difficile &agrave; briser et ont, au fil du temps, vicieusement modifi&eacute; nos interactions sociales et sont venues &laquo;fucker le chien&raquo; dans la confiance en soi de g&eacute;n&eacute;rations enti&egrave;res.</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/commentdraguer12_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Je suis dans un caf&eacute;, je&nbsp;respire durant quatre heures le m&ecirc;me Co2 que la potentielle femme de ma vie assis &agrave; deux m&egrave;tres de moi, mais au lieu de lui payer un latte ou de lui faire un sourire comme dans &laquo;le bon vieux temps&raquo;, je pr&eacute;f&egrave;re le chercher sur Facebook comme un enrag&eacute; durant 2 semaines et r&eacute;citer un chapelet en entier&nbsp;dans l&rsquo;espoir de la recroiser. Comme probablement plusieurs d&rsquo;entre vous, je fige devant une date potentielle, je baragouine, je deviens sot et g&ecirc;n&eacute;. Mais n&rsquo;est-ce pas &ccedil;a dans le fond la beaut&eacute; des premiers &eacute;changes, soit vaincre sa peur de briser la glace et de se pr&eacute;senter, avec toutes les erreurs de d&eacute;butants que l&rsquo;on peut faire, se d&eacute;voilant ainsi pour vrai, en 3D et en entier ? J&rsquo;ai beau le penser, je n&rsquo;y arrive pas.<br />J&rsquo;ai assur&eacute;ment depuis d&eacute;cembre, plus de temps pour lire le dernier prix Goncourt ou me taper tous les &eacute;pisodes de&nbsp;<em>13 reasons why&nbsp;</em>en rafale, mais reste que de retour &agrave; la maison, l&rsquo;envie de ne pas &ecirc;tre seul revient, inlassablement.<br />Cinq mois plus tard, je me rends compte que d&rsquo;avoir d&eacute;cid&eacute; de ne plus dater en ligne ne m&rsquo;a pas ouvert aux autres, ne m&rsquo;a pas forc&eacute; a faire les choses diff&eacute;remment et n&rsquo;a pas mis sur mon chemin une belle brune dans l&rsquo;all&eacute;e trois de la pharmacie. Ce sevrage n&eacute;cessaire m&rsquo;a plut&ocirc;t rappel&eacute;&nbsp;violement&nbsp;que je ne sais pas&nbsp;<em>cruiser&nbsp;</em>sans wifi, que ma sexualit&eacute; d&eacute;pend de ma g&eacute;olocalisation et que le choix de ma photo de profil d&eacute;termine si je suis &laquo;en sp&eacute;cial&raquo; ou si je &laquo;vaux le prix r&eacute;gulier&raquo;.<br />J&rsquo;arrive au constat que si je veux coucher avec quelqu&rsquo;un, dater quelqu&rsquo;un, tomber en amour avec quelqu&rsquo;un, vivre quelque chose avec quelqu&rsquo;un, bin ce quelqu&rsquo;un l&agrave; est sur internet. Plate de m&ecirc;me. Vais-je rechuter et me refaire un profil et recommencer &agrave;&nbsp;<em>swiper&nbsp;</em>jusqu&rsquo;&agrave; m&rsquo;en fouler le pouce ? Je ne sais pas. Probablement en fait. Je sais cependant que l&rsquo;&eacute;t&eacute; s'en vient, que le parc Laurier sera plein &agrave; craquer et que j&rsquo;ai encore quelques semaines pour me pratiquer &agrave; sourire devant le miroir de la salle de bain.<br />Comment se fait-il que de lancer un &laquo;bonne journ&eacute;e&raquo; bien senti dans l&rsquo;ascenseur du bureau devienne aussi&nbsp;<em>tough&nbsp;</em>que de gagner&nbsp;<em>Survivor</em>? Que l&rsquo;on fasse tout pour se connecter &agrave; son int&eacute;riorit&eacute; en lisant&nbsp;<em>Mange Prie Aime</em>, en allant au yoga et en d&eacute;pensant 120 &laquo;piasses&raquo; pour une s&eacute;ance de psy, mais qu&rsquo;on ne soit pas capable d&rsquo;endurer une dent croche sur le sourire sinc&egrave;re d&rsquo;un gars sur Tinder ?<br />Je me pose la question, mais je n&rsquo;ai pas la r&eacute;ponse.<br />Mon&nbsp;<em>rehab&nbsp;</em>est plus&nbsp;<em>dur&nbsp;</em>que pr&eacute;vu, je l&rsquo;avoue. Mais comme tout toxicomane en manque de son &laquo;fix&raquo;, je vis &ccedil;a &agrave; un jour &agrave; la fois. Car dans le fond, quand on y pense, tout repose sur trois petits mots tr&egrave;s simples au potentiel humain inestimable...&nbsp;<em>&laquo; Salut. &Ccedil;a va?&raquo;<br /><br /><strong>Jordan Dupuis</strong></em><br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La conception divine du pouvoir en Occident]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-conception-divine-du-pouvoir-en-occident]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-conception-divine-du-pouvoir-en-occident#comments]]></comments><pubDate>Mon, 03 Apr 2017 08:17:35 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-conception-divine-du-pouvoir-en-occident</guid><description><![CDATA[       &#8203;La d&eacute;tention du pouvoir politique a longtemps &eacute;t&eacute;, dans les soci&eacute;t&eacute;s orientales ou occidentales, &eacute;troitement li&eacute;e &agrave; la sph&egrave;re religieuse.Cependant, ce fut principalement dans les civilisations orientales que cette fusion du politique et du religieux fut la plus pr&eacute;coce et profonde.L&rsquo;une des caract&eacute;ristiques des monarchies orientales antiques (et notamment en Egypte ou encore chez les Perses ach&eacut [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/article-divin_orig.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">&#8203;La d&eacute;tention du pouvoir politique a longtemps &eacute;t&eacute;, dans les soci&eacute;t&eacute;s orientales ou occidentales, &eacute;troitement li&eacute;e &agrave; la sph&egrave;re religieuse.<br />Cependant, ce fut principalement dans les civilisations orientales que cette fusion du politique et du religieux fut la plus pr&eacute;coce et profonde.<br />L&rsquo;une des caract&eacute;ristiques des monarchies orientales antiques (et notamment en Egypte ou encore chez les Perses ach&eacute;m&eacute;nides) &eacute;taient qu&rsquo;elles divinisaient leurs souverains&nbsp;: ils &eacute;taient alors de vrais roi-dieux, d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;&eacute;tonnement de certains auteurs grecs quant &agrave; l&rsquo;adoration que certains rois perses exigeaient de leur peuple.<br />En effet, les rois occidentaux, par opposition, n&rsquo;avaient pas cette &laquo;&nbsp;double casquette&nbsp;&raquo; d&rsquo;humain et de dieu. La double royaut&eacute; lac&eacute;d&eacute;monienne, les rois romains ou encore les rois celtes nous en donnent des exemples. Les rois occidentaux &eacute;taient par essences des aristocrates guerriers et des grands propri&eacute;taires terriens qui &eacute;taient &eacute;lev&eacute;s au-dessus des autres par leur prestige et leurs exploits guerriers. L&rsquo;Odyss&eacute;e d&rsquo;Hom&egrave;re, l&rsquo;un des textes fondateurs de la culture grecque et occidentale, est une mine de renseignement sur cette aristocratie guerri&egrave;re et terrienne qui domina la politique occidentale pendant des dizaines de si&egrave;cles.<br />Le pouvoir &eacute;tait alors d&eacute;tenu par les guerriers les plus valeureux (Ulysse, Achille ou encore Nestor), qui passaient leurs journ&eacute;es &agrave; la chasse et &agrave; l&rsquo;entrainement guerrier. Par leur valeur et leurs exploits, cette aristocratie s&rsquo;enrichissait et pouvait ainsi poss&eacute;der une vaste client&egrave;le pour s&rsquo;occuper de leur propri&eacute;t&eacute; fonci&egrave;re et des autres activit&eacute;s &laquo;&nbsp;non digne&nbsp;&raquo; de cette noblesse en &eacute;change de protection.<br />Cette noblesse conqu&eacute;rante et guerri&egrave;re est caract&eacute;ristique des peuples indo-europ&eacute;ens. On peut retrouver des traces de cette &laquo;&nbsp;orgueil&nbsp;&raquo; guerrier de l&rsquo;aristocratie jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;aube de la R&eacute;volution fran&ccedil;aise.<br />En 1788, l&rsquo;abb&eacute; Siey&egrave;s &eacute;crivit ce fameux passage qui en disait long sur les origines suppos&eacute;es de la noblesse&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Le Tiers ne doit pas craindre de remonter dans les temps pass&eacute;s. Il se reportera &agrave; l&rsquo;ann&eacute;e qui a pr&eacute;c&eacute;d&eacute; la conqu&ecirc;te&nbsp;; et puisqu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui assez fort pour ne pas se laisser conqu&eacute;rir, sa r&eacute;sistance sans doute sera plus efficace. Pourquoi ne renverrait-il pas dans les for&ecirc;ts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle pr&eacute;tention d&rsquo;&ecirc;tre issues de la race des conqu&eacute;rants et d&rsquo;avoir succ&eacute;d&eacute; &agrave; leurs droits&nbsp;?&nbsp;</em>&raquo;. Il pouvait para&icirc;tre incroyable que la noblesse du XVIII&egrave;me si&egrave;cle se r&eacute;clame toujours de la race des conqu&eacute;rants Francs du V&egrave;me si&egrave;cle et qu&rsquo;elle l&eacute;gitime ainsi son pouvoir&nbsp;!</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/achille_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">La Querelle d'Achille et d'Agamemnon Mudo </div> </div></div>  <div class="paragraph">&#8203;Et pourtant, cette fa&ccedil;on de penser &eacute;tait caract&eacute;ristique du vieux mythe de l&rsquo;aristocratie guerri&egrave;re, de la &laquo;&nbsp;race des conqu&eacute;rants&nbsp;&raquo;, r&eacute;pandu dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Occident et des peuples Indo-Europ&eacute;ens. Les Spartiates &eacute;taient ainsi de la race des H&eacute;raclides, la descendance d&rsquo;H&eacute;racl&egrave;s, qui conquit le P&eacute;loponn&egrave;se dans l&rsquo;Antiquit&eacute;. Les Normands s&rsquo;impos&egrave;rent comme l&rsquo;aristocratie dominante apr&egrave;s la conqu&ecirc;te de l&rsquo;Angleterre anglo-saxonne, les Prussiens firent de m&ecirc;me apr&egrave;s les &eacute;pisodes des conqu&ecirc;tes des chevaliers teutoniques. Les exemples sont multiples et d&eacute;finissent ainsi la mentalit&eacute; dans lequel se posait la noblesse occidentale, qui expliquait d&rsquo;abord sa l&eacute;gitimit&eacute; &agrave; exercer le pouvoir par son appartenance &agrave; la caste guerri&egrave;re, conqu&eacute;rante et propri&eacute;taire terrienne.<br />Dans l&rsquo;orient antique, la l&eacute;gitimation du pouvoir &eacute;tait beaucoup plus complexe et poss&eacute;dait une facette religieuse et sacr&eacute; qui &eacute;tait alors tr&egrave;s peu pr&eacute;sente en Occident.<br />Le roi ou le pharaon &eacute;tait un dieu vivant, auquel on rendait un culte au m&ecirc;me titre que les autres divinit&eacute;s des panth&eacute;ons orientaux. Certes, son pouvoir gardait une dimension guerri&egrave;re comme chez tous les peuples indo-europ&eacute;ens avec le commandement des op&eacute;rations militaires ou avec notamment la chasse au lion (animal noble par excellence) qui lui &eacute;tait r&eacute;serv&eacute;e. Cependant, la dimension religieuse &eacute;tait l&rsquo;un des points centraux de la diff&eacute;rence entre les souverains orientaux et occidentaux dans l&rsquo;antiquit&eacute;&nbsp;: elle souligne une vision tr&egrave;s diff&eacute;rente de la place de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre les hommes.<br />Quelle surprise pour les Grecs ou les Romains de voir les Perses vouer un culte &agrave; leur Roi&nbsp;! Dans ces civilisations o&ugrave; l&rsquo;&eacute;galit&eacute; (du moins hypoth&eacute;tique) entre les hommes/citoyens &eacute;tait un principe fondamental, que ce soit dans la R&eacute;publique romaine ou dans la <em>Polis</em> grecque, on ne pouvait pas imaginer un homme vouer un culte &agrave; un autre, m&ecirc;me si cet homme &eacute;tait le roi.<br />&nbsp;Les Spartiates n&rsquo;&eacute;taient-ils pas des<em> Homoioi</em> (Semblables/&Eacute;gaux) qui mangeaient tous ensemble &agrave; la m&ecirc;me table que leurs deux rois aux banquets (<em>syssities</em>)&nbsp;? Les Romains n&rsquo;avaient-ils pas chass&eacute; leur roi pour avoir viol&eacute; l&rsquo;innocente Lucr&egrave;ce et ne louaient-ils pas l&rsquo;humilit&eacute; r&eacute;publicaine d&rsquo;un Cincinnatus&nbsp;?<br />L&rsquo;&eacute;poque hell&eacute;nistique et le r&egrave;gne d&rsquo;Alexandre le Grand furent un v&eacute;ritable tournant dans cette conception du pouvoir politique pour l&rsquo;Occident. En conqu&eacute;rant l&rsquo;Empire ach&eacute;m&eacute;nide et en repoussant les fronti&egrave;res de son empire jusqu&rsquo;en Inde, Alexandre unit l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident pour la premi&egrave;re fois et m&eacute;langea leurs cultures et traditions.<br />Si Alexandre se consid&eacute;ra toujours comme un descendant de Zeus, cela n&rsquo;avait aucune r&eacute;elle importance aux yeux des Grecs. Nombreuses &eacute;taient les familles aristocratiques grecques ou romaines, ou m&ecirc;me des cit&eacute;s enti&egrave;res, &agrave; &eacute;tablir une g&eacute;n&eacute;alogie mythologique avantageuse. Les Rois de Sparte &eacute;taient ainsi les descendants d&rsquo;H&eacute;racl&egrave;s (comme tous les <em>Homoioi</em>). &nbsp;Jules C&eacute;sar descendait lui de V&eacute;nus par En&eacute;e. Cela n&rsquo;&eacute;tait gu&egrave;re plus qu&rsquo;un artifice pour embellir une lign&eacute;e ou l&rsquo;histoire d&rsquo;une cit&eacute;, mais cela n&rsquo;a aucune valeur politique ni ne donnait aucune l&eacute;gitimit&eacute; &agrave; exercer un pouvoir quelconque dans le monde gr&eacute;co-romain.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/alexandre_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Alexandre le Grand devant le tombeau d'Achille - PANINI Giovanni</div> </div></div>  <div class="paragraph">&#8203;Cependant, cette ascendance divine prit une grande importance dans le monde de la M&eacute;diterran&eacute;e orientale, et un v&eacute;ritable culte &agrave; la personne Alexandre se mit en place. En effet, &agrave; l&rsquo;oasis de Siwa, en Egypte, le nouveau pharaon Alexandre se fit confirmer par l&rsquo;oracle de Zeus Ammon son ascendance divine. D&egrave;s lors, Alexandre construisit un v&eacute;ritable culte autour de sa personne, en reprenant ainsi les traditions orientales du Dieu-Roi.<br />Son pouvoir &eacute;tait d&eacute;sormais autant d&ucirc; &agrave; ses exploits guerriers qu&rsquo;&agrave; sa propre divinit&eacute;. Cette mutation de la l&eacute;gitimation de son pouvoir fut &agrave; l&rsquo;origine de nombreux conflits avec ses plus fid&egrave;les g&eacute;n&eacute;raux : en 327 av JC, Alexandre tenta d&rsquo;imposer la <em>proskyn&egrave;se</em>, rituel consistant &agrave; se prosterner compl&egrave;tement, front contre terre, devant un personnage plus important et traditionnellement, dans la culture Perse, devant le roi. Ses Compagnons (<em>H&eacute;taires</em>), avec qui il avait &eacute;t&eacute; &eacute;duqu&eacute; depuis l&rsquo;enfance sur un mod&egrave;le grec d&rsquo;&eacute;galit&eacute;, ne pouvaient accepter, en tant qu&rsquo;hommes libres, de se prosterner devant le roi et d&rsquo;en faire ainsi un sujet d&rsquo;adoration. Alexandre dut se r&eacute;tracter, du moins devant ses sujets grecs.<br />Mais d&eacute;sormais, la nature du pouvoir avait radicalement chang&eacute; en Occident, sous l&rsquo;influence des royaumes diadoques issus de la succession du Conqu&eacute;rant. La <em>proskyn&egrave;se</em> fut adopt&eacute;e dans l&rsquo;Empire S&eacute;leucide et les membres de la dynastie des Lagides, qui r&eacute;gna sur l&rsquo;&Eacute;gypte pendant des d&eacute;cennies, se firent diviniser comme les Pharaons d&rsquo;autrefois.&nbsp;<br />Cette divinisation du pouvoir se r&eacute;pandit en Occident latin gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;Empire Romain qui prit l&rsquo;habitude, &agrave; partir d&rsquo;Auguste et sous l&rsquo;influence de la culture orientale et hell&eacute;nis&eacute;e des royaumes diadoques, de diviniser les Empereurs d&eacute;funts. En effet l&rsquo;Empire Romain, en s&rsquo;&eacute;tendant vers l&rsquo;Orient, absorba des populations de l&rsquo;Orient hell&eacute;nis&eacute; qui commenc&egrave;rent &agrave; louer des cultes &agrave; l&rsquo;Empereur comme ils avaient l&rsquo;habitude de diviniser les d&eacute;tenteurs du pouvoir politique supr&ecirc;me&nbsp;! L&agrave; aussi, cela parut &eacute;trange aux citoyens romains de voir un homme recevoir les honneurs divins dans des temples.<br />Ce type de culte &eacute;tait en effet tr&egrave;s &eacute;loign&eacute; de la conception tr&egrave;s r&eacute;publicaine du pouvoir des Romains, mais peu &agrave; peu l&rsquo;Empereur passa du statut de &laquo;&nbsp;<em>princeps</em>&nbsp;&raquo; (premier des citoyens) &agrave; celui d&rsquo;un Empereur divinis&eacute; et sacr&eacute;, notamment lorsque l&rsquo;empereur Diocl&eacute;tien introduisit la fameuse <em>proskyn&egrave;se</em> en 291 ap JC &agrave; la place de la <em>salutatio</em> romaine traditionnelle.<br />Cependant, la culture latine introduisit une distinction des plus importantes dans la nature des Empereurs.&nbsp; Les Empereurs &eacute;taient, &agrave; leur mort et apr&egrave;s autorisation du S&eacute;nat, d&eacute;crits comme &laquo;&nbsp;divus&nbsp;&raquo; (divin) et non &laquo;&nbsp;dius&nbsp;&raquo; (dieu) et ce &laquo;&nbsp;v&nbsp;&raquo; manquant &eacute;tait tr&egrave;s important dans un Empire encore attach&eacute; &agrave; certaines valeurs r&eacute;publicaines.<br />L&rsquo;Empire fut donc la matrice d&rsquo;une profonde refonte de la morale romaine, et plus pr&eacute;cis&eacute;ment de la morale politique et r&eacute;publicaine des Romains. Le pouvoir des Empereurs fut de plus en plus l&eacute;gitim&eacute; par le fait religieux, ces derniers n&rsquo;h&eacute;sitant plus &agrave; se repr&eacute;senter sur des pi&egrave;ces de monnaie en compagnie de divinit&eacute;s solaires, d&rsquo;&eacute;gal &agrave; &eacute;gal.<br />La l&eacute;gitimation du pouvoir politique par une sph&egrave;re sacr&eacute;e et religieuse (qui lui &eacute;tait d&eacute;sormais rattach&eacute; en Orient comme en Occident) se renfor&ccedil;a en Occident avec les Empereurs chr&eacute;tiens et principalement les Empereurs romains d&rsquo;Orient (puis Empereurs byzantins) qui se percevaient v&eacute;ritablement comme les lieutenants de Dieu sur Terre, dirigeant l&rsquo;Empire des croyants, &agrave; vocation universelle.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/constantinmilvius_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Constantin Ier, premier empereur Chr&eacute;tien </div> </div></div>  <div class="paragraph">&#8203;En effet, un probl&egrave;me apparut avec la christianisation de l&rsquo;Empire&nbsp;: il &eacute;tait difficile pour les premiers Empereurs chr&eacute;tiens d&rsquo;&ecirc;tre ador&eacute;s comme Dieu et de se proclamer d&eacute;fenseurs de l&rsquo;orthodoxie et du monoth&eacute;isme dans un m&ecirc;me temps.<br />Les premiers Empereurs chr&eacute;tiens se d&eacute;clar&egrave;rent ainsi &laquo;&nbsp;serviteurs de Dieu&nbsp;&raquo;, afin de mettre fin &agrave; ce qui pouvait appara&icirc;tre comme une idol&acirc;trie pa&iuml;enne.<br />Apr&egrave;s la chute de l&rsquo;Empire romain d&rsquo;Occident, c&rsquo;est l&rsquo;Empereur d&rsquo;Orient (futur Empereur byzantin) qui se posa comme le mod&egrave;le des rois germaniques occidentaux dans leur conception du pouvoir. Elev&eacute; bien au-dessus des autres hommes, il &eacute;tait v&eacute;n&eacute;r&eacute; dans tout l&rsquo;Empire comme un &ecirc;tre d&rsquo;une nature exceptionnelle. Les juristes voyaient en lui la loi vivante, et en lui conf&eacute;rant le pouvoir supr&ecirc;me, l&rsquo;arm&eacute;e, le S&eacute;nat et le peuple ne faisaient que reconna&icirc;tre la volont&eacute; divine qui s&rsquo;exprimait &agrave; travers lui. L&rsquo;arm&eacute;e du temps de Th&eacute;odose le Grand pr&ecirc;tait d&rsquo;ailleurs serment sur la Trinit&eacute; &laquo;&nbsp;et par la majest&eacute; de l&rsquo;empereur, lequel par d&eacute;cret divin doit &ecirc;tre aim&eacute; par le genre humain, car en recevant le nom d&rsquo;Auguste, il a droit &agrave; la fid&eacute;lit&eacute; due &agrave; un Dieu pr&eacute;sent et corporel&nbsp;&raquo;.<br />Les Empereurs byzantins &eacute;taient &laquo;&nbsp;&eacute;lus par Dieu&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;couronn&eacute;s par Dieu&nbsp;&raquo; selon les &eacute;pith&egrave;tes officielles. N&rsquo;&eacute;tait-ce pas un privil&egrave;ge imp&eacute;rial que d&rsquo;avoir son portrait expos&eacute; dans les Eglises&nbsp;? Il est difficile pour les modernes que nous sommes de concevoir ce lien qui &eacute;tait fait entre l&rsquo;Empereur terrestre et Dieu, lien indissoluble qui faisait v&eacute;ritablement de l&rsquo;Empereur le lieutenant &eacute;lu par Dieu pour gouverner le royaume terrestre. On commen&ccedil;a alors &agrave; parler d&rsquo;un &laquo;&nbsp;droit divin&nbsp;&raquo; d&rsquo;exercer le pouvoir.<br />Cependant, ce m&ecirc;me droit divin qui autorisait l&rsquo;Empereur &agrave; exercer un pouvoir sur l&rsquo;Empire, ne lui permettait pas de devenir un horrible tyran. On rattache souvent, dans nos d&eacute;mocraties lib&eacute;rales modernes et dans notre France r&eacute;publicaine, la concentration du pouvoir dans les mains d&rsquo;un homme &agrave; une dictature injuste, &agrave; une tyrannie cruelle et liberticide.<br />Loin de l&agrave;, l&rsquo;Empereur/Roi chr&eacute;tien, rattachait aux droits qu&rsquo;il tenait du ciel une responsabilit&eacute; redoutable qui pesait sur lui. L&rsquo;Eglise pouvait admettre la mission providentielle de l&rsquo;Empereur et lui conf&eacute;rer &agrave; ce titre des honneurs et des privil&egrave;ges qui l&rsquo;&eacute;levaient au-dessus des autres Hommes, mais cela ne le rendait que plus strictement oblig&eacute; de respecter les lois divines et, &agrave; travers son exemple, d&rsquo;en imposer l&rsquo;observation &agrave; ses sujets. La principale qualit&eacute; exig&eacute;e du Prince, &agrave; Byzance ou en Occident, &eacute;tait la justice et c&rsquo;est par l&agrave; qu&rsquo;il &eacute;tait le v&eacute;ritable repr&eacute;sentant de l&rsquo;autorit&eacute; divine.<br />Le souverain juste est une vieille id&eacute;e jud&eacute;o-chr&eacute;tienne avec l&rsquo;image notamment du Roi Salomon. Cette notion chr&eacute;tienne de justice, qui &eacute;tait d&eacute;sormais intrins&egrave;quement li&eacute;e &agrave; la notion de pouvoir, transforma la noblesse, qui devait d&eacute;sormais int&eacute;grer un id&eacute;al de justice &agrave; sa vie guerri&egrave;re. Le noble n&rsquo;&eacute;tait noble que dans la mesure o&ugrave; il se battait pour une cause juste, pour le Christ, le pauvre, les femmes et les orphelins et non plus pour sa richesse personnelle ou pour les exploits guerriers comme les aristocrates antiques.<br />Cependant, ce portrait du Prince id&eacute;al qui punit et r&eacute;compense selon le m&eacute;rite de chacun, &eacute;tait loin de correspondre &agrave; la v&eacute;rit&eacute; des faits. Ainsi naquit la jurisprudence affirmant qu&rsquo;il &eacute;tait l&eacute;gitime de ne pas ob&eacute;ir, et m&ecirc;me de se r&eacute;volter contre le mauvais Prince qui, &laquo;&nbsp;inspir&eacute; par le Diable, donne un ordre contraire &agrave; la loi divine.&nbsp;&raquo;. Ainsi pouvaient &ecirc;tre l&eacute;gitim&eacute;s les assassinats, les r&eacute;voltes qui, m&ecirc;me si elles touchaient un Empereur &eacute;lev&eacute; &agrave; cette distinction par Dieu, n&rsquo;&eacute;taient que le reflet que de la volont&eacute; divine de voir un nouvel Empereur prendre sa place.<br />Dans l&rsquo;Occident latin, cette vision du pouvoir se perp&eacute;tua &agrave; travers les rois de France notamment, descendants des Empereurs Romains par Charlemagne, qui &eacute;taient sacr&eacute;s et oints du Saint Chr&ecirc;me envoy&eacute; par Dieu &agrave; Reims&nbsp;: ils disposaient ainsi de pouvoirs surnaturels, comme la capacit&eacute; de gu&eacute;rir les &eacute;crouelles. Ils &eacute;taient &laquo;&nbsp;par la gr&acirc;ce de Dieu, Roi de France&nbsp;&raquo; et ainsi lieutenants de Dieu sur Terre. Cependant, les monarchies occidentales n&rsquo;allaient pas aussi loin que le culte imp&eacute;rial byzantin. Elles d&eacute;velopp&egrave;rent certes un fort lien entre la sph&egrave;re religieuse et la sph&egrave;re politique, mais jamais &agrave; un niveau &eacute;quivalent &agrave; l&rsquo;Empire byzantin.<br />Cette l&eacute;gitimit&eacute; religieuse du pouvoir prit fin avec les id&eacute;aux r&eacute;volutionnaires, et les th&eacute;ories politiques des philosophes du XVIII&egrave;me si&egrave;cle. Les Rois durent proclamer d&eacute;tenir leur pouvoir du peuple et non plus de Dieu, au risque de disparaitre. Finalement, ces id&eacute;aux des Lumi&egrave;res inspir&eacute;s par l&rsquo;&eacute;lan philosophique de la Renaissance firent remonter &agrave; la surface des valeurs tr&egrave;s antiques en Occident&nbsp;: &eacute;galit&eacute; entre les Hommes, citoyennet&eacute; ou encore <em>res publica.<br /><br />&#8203;Benjamin Tonon&nbsp;</em><br />&nbsp;</div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[C'est moi qui vous livre vos sushis en vélo et ma vie est un enfer]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/cest-moi-qui-vous-livre-vos-sushis-en-velo-et-ma-vie-est-un-enfer]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/cest-moi-qui-vous-livre-vos-sushis-en-velo-et-ma-vie-est-un-enfer#comments]]></comments><pubDate>Fri, 24 Mar 2017 10:36:38 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/cest-moi-qui-vous-livre-vos-sushis-en-velo-et-ma-vie-est-un-enfer</guid><description><![CDATA[Qu&rsquo;ils travaillent aupr&egrave;s de Deliveroo, Foodora ou UberEats, les coursiers &agrave; v&eacute;lo ne sont pas satisfaits par leurs conditions de travail. Le mercredi 15 mars, ils se sont mobilis&eacute;s &agrave; Paris et &agrave; Lyon pour r&eacute;clamer une revalorisation de leurs tarifs, mais aussi des contrats en bonne et due forme. Marc, 27 ans, livreur de repas &agrave; v&eacute;lo, nous explique les raisons de cette col&egrave;re qui gronde.         En octobre 2016, j&rsquo;ai [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph"><font size="2"><em>Qu&rsquo;ils travaillent aupr&egrave;s de Deliveroo, Foodora ou UberEats, les coursiers &agrave; v&eacute;lo ne sont pas satisfaits par leurs conditions de travail. Le mercredi 15 mars, ils se sont mobilis&eacute;s &agrave; Paris et &agrave; Lyon pour r&eacute;clamer une revalorisation de leurs tarifs, mais aussi des contrats en bonne et due forme. Marc, 27 ans, livreur de repas &agrave; v&eacute;lo, nous explique les raisons de cette col&egrave;re qui gronde</em></font>.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/livreur_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">En octobre 2016, j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; livrer des repas en v&eacute;lo &agrave; Lyon. C&rsquo;est &agrave; la suite d&rsquo;un long voyage r&eacute;alis&eacute; en bicyclette que je me suis d&eacute;cid&eacute;&nbsp;: je voulais allier ma passion pour le deux-roues et la transformer en une activit&eacute; r&eacute;mun&eacute;r&eacute;e. Aujourd&rsquo;hui, il s&rsquo;agit de mon unique source de revenu.<br />Au d&eacute;part, j&rsquo;appr&eacute;ciais les libert&eacute;s et l&rsquo;ind&eacute;pendance que procure ce travail, mais plus les mois passent, et plus je r&eacute;alise que nous, livreurs de repas &agrave; v&eacute;lo, sommes en train de nous faire avoir comme des bleus. <br /><br /><font size="5"><span><strong>S'il m'arrive le moindre p&eacute;pin, c'est pour ma pomme</strong></span></font><br /><br />&Agrave; 27 ans, je suis auto-entrepreneur et je suis li&eacute; par des "contrats de prestation" aupr&egrave;s de Deliveroo et Foodora. En r&eacute;alit&eacute;, ces "contrats" n&rsquo;en sont pas dans la mesure o&ugrave; je ne dispose d&rsquo;aucune garantie. Je n&rsquo;ai ni cong&eacute;s, ni s&eacute;curit&eacute; sociale, ni mutuelle de sant&eacute;, ni assurance. Bref, je n&rsquo;ai pas de r&eacute;el statut et je vis avec une corde au cou.<br /><br />S&rsquo;il m&rsquo;arrive le moindre p&eacute;pin, que je tombe malade ou que j'ai un accident, c&rsquo;est pour ma pomme. J&rsquo;aurais beau pr&eacute;venir les plateformes, on me r&eacute;pondra simplement&nbsp;: "Bon r&eacute;tablissement". Pour avoir plus de s&eacute;curit&eacute;, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de souscrire &agrave; une assurance, m&ecirc;me si ce n'est absolument pas une obligation. Hier, elle m&rsquo;a &eacute;t&eacute; d&rsquo;une grande utilit&eacute; puisque je me suis fait voler mon v&eacute;lo.<br /><br />En tant qu&rsquo;auto-entrepreneur, je suis &eacute;galement pri&eacute; de reverser chaque mois 25% de mes rentr&eacute;es d&rsquo;argent. C&rsquo;est assez rageant de constater le nombre d&rsquo;obligations que nous avons &ndash; comme celle d&rsquo;avoir son propre mat&eacute;riel ou d&rsquo;avoir des accessoires &agrave; l&rsquo;effigie des marques &ndash; sans avoir de droits.<br />J&rsquo;ai bien conscience que notre profession est nouvelle, mais il est grand temps que les entreprises qui font appel &agrave; nous r&eacute;agissent.<br /><br /><br /><font size="5"><span><strong>Travailler&nbsp;50 heures par semaine pour un Smic</strong></span></font><br /><br />Quand j&rsquo;ai d&eacute;but&eacute;, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; s&eacute;duit par les primes propos&eacute;es par UberEats et j&rsquo;ai donc d&eacute;cid&eacute; de r&eacute;aliser des courses pour eux. Mais tr&egrave;s vite, quelques mois apr&egrave;s le lancement de la plateforme, l&rsquo;entreprise a r&eacute;alis&eacute; qu&rsquo;elle disposait d&rsquo;une "flotte" de coursiers suffisamment cons&eacute;quente. R&eacute;sultat&nbsp;: les primes se sont r&eacute;duites comme peau de chagrin et la plateforme a pu b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;une main d&rsquo;&oelig;uvre &agrave; moindre co&ucirc;t. J'ai donc d&eacute;cid&eacute; d'arr&ecirc;ter. Actuellement, je livre pour Foodora et Deliveroo, mais l&agrave; aussi, je dois faire preuve d&rsquo;une certaine gymnastique puisque je dois m&rsquo;adapter aux fonctionnements tr&egrave;s diff&eacute;rents de ces deux soci&eacute;t&eacute;s. Il n&rsquo;existe aucune uniformit&eacute;. Par exemple, Deliveroo propose des contrats entre 5,5 et 7,5 euros en fonction de la date de votre arriv&eacute;e. Avec Foodora, je suis pay&eacute; 7,5 euros par heure et 2 euros la course, mais les tarifs changent en fonction des besoins. Mes revenus sont tr&egrave;s variables, car ils d&eacute;pendent de mes cr&eacute;neaux horaires et des conditions tarifaires. J&rsquo;ai calcul&eacute; que pour gagner l&rsquo;&eacute;quivalent d&rsquo;un SMIC mensuel, je dois travailler environ 50 heures par semaine.<br /><br /><br /><br /><font size="5"><span><strong>Il faut toujours s'adapter</strong></span></font><br /><br />Pour &ecirc;tre s&ucirc;r de travailler, je dois syst&eacute;matiquement m&rsquo;inscrire sur les plannings qui se remplissent en une heure&nbsp;seulement. Si je loupe le coche, tant pis pour moi. En r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale, je travaille durant les cr&eacute;neaux du d&eacute;jeuner et du d&icirc;ner, c&rsquo;est-&agrave;-dire entre 11 et 14 heures et entre 18 et 23 heures. Parfois, je suis n&eacute;anmoins oblig&eacute; de jongler entre Foodora et Deliveroo dans la m&ecirc;me journ&eacute;e. Changer de tenue, penser &agrave; porter le bon t-shirt... S&rsquo;adapter n&rsquo;est pas toujours &eacute;vident. &Agrave; force, on s&rsquo;y perd.<br /><br />&Eacute;videmment, il y a aussi la contrainte de ne pas avoir de cong&eacute;s. D&eacute;cider d&rsquo;&ecirc;tre "off" une journ&eacute;e, c&rsquo;est faire l&rsquo;impasse sur la r&eacute;mun&eacute;ration.<br /><br /><br /><br /><font size="5"><span><strong>Un vrai contrat et un peu de consid&eacute;ration</strong></span></font><br /><br />Aujourd&rsquo;hui, de nombreux coursiers en ont marre de cette situation. Cela ne peut plus durer. C&rsquo;est pourquoi nous avons d&eacute;cid&eacute; de mettre en place cette mobilisation.&nbsp;<br />Nous souhaitons que les entreprises de livraisons reconnaissent les collectifs et syndicats que nous avons mis en place. Nous voulons &eacute;galement participer aux n&eacute;gociations tarifaires et &ecirc;tre concert&eacute;s lors de la mise en place des plannings. Toutes ces avanc&eacute;es ne seront possibles que si nous obtenons la mise en place d&rsquo;une nouvelle forme de contrat.&nbsp;<br /><br />Je crois que nos revendications ne sont pas si incroyables. Finalement, tout ce que nous demandons, c&rsquo;est un peu de consid&eacute;ration.<br /><br />Marc, livreur<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Ouvrage: Les Non Frères au Pays de L'égalité]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/ouvrage-les-non-freres-au-pays-de-legalite]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/ouvrage-les-non-freres-au-pays-de-legalite#comments]]></comments><pubDate>Tue, 21 Mar 2017 12:27:26 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/ouvrage-les-non-freres-au-pays-de-legalite</guid><description><![CDATA[       Un mythe &agrave; revisiterLa France, pays dit des droits de l&rsquo;homme, est-elle porteuse d&rsquo;une &eacute;galit&eacute; exemplaire&nbsp;?C&rsquo;est &agrave; r&eacute;pondre &agrave; cette question que s&rsquo;emploie R&eacute;jane S&eacute;nac, dans son ouvrage&nbsp; &laquo;&nbsp;Les non-fr&egrave;res au pays de l&rsquo;&eacute;galit&eacute;&nbsp;&raquo;* en analysant l&rsquo;&eacute;galit&eacute; &laquo;&nbsp;&agrave; la fran&ccedil;aise&nbsp;&raquo; comme un mythe.De fait, anal [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/galit_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong>Un mythe &agrave; revisiter</strong><br /><br />La France, pays dit des droits de l&rsquo;homme, est-elle porteuse d&rsquo;une &eacute;galit&eacute; exemplaire&nbsp;?<br />C&rsquo;est &agrave; r&eacute;pondre &agrave; cette question que s&rsquo;emploie R&eacute;jane S&eacute;nac, dans son ouvrage&nbsp; &laquo;&nbsp;<a target="_blank" href="http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?GCOI=27246100442000">Les non-fr&egrave;res au pays de l&rsquo;&eacute;galit&eacute;&nbsp;&raquo;</a>* en analysant l&rsquo;&eacute;galit&eacute; &laquo;&nbsp;&agrave; la fran&ccedil;aise&nbsp;&raquo; comme un mythe.<br />De fait, analyser cette &eacute;galit&eacute; comme un mythe, c&rsquo;est examiner les enjeux contemporains des h&eacute;ritages conscients et inconscients du triptyque &laquo;&nbsp;Libert&eacute;, &Eacute;galit&eacute;, Fraternit&eacute;&nbsp;&raquo;. Adopter cette d&eacute;marche, c&rsquo;est poser &nbsp;une question &agrave; la fois fondamentale et en angle mort&nbsp;: qui sont les fr&egrave;res et qui sont ceux qui ont &eacute;t&eacute; exclus de cette fraternit&eacute; r&eacute;publicaine &ndash; &nbsp;qualifi&eacute;s de &ldquo;non-fr&egrave;res&rdquo;&nbsp;?<br />Qualifier l&rsquo;&eacute;galit&eacute; &agrave; la fran&ccedil;aise de mythe, c&rsquo;est dire et d&eacute;noncer l&rsquo;id&eacute;alisation d&rsquo;un principe non r&eacute;alis&eacute;. C&rsquo;est aussi la comprendre comme une mythologie, dans le sens d&eacute;velopp&eacute; par Roland Barthes : c&rsquo;est-&agrave;-dire comme r&eacute;v&eacute;lant un univers de sens occult&eacute; et d&eacute;politis&eacute;.<br />Afin de lever le tabou sur le p&eacute;ch&eacute; originel fraternel de la R&eacute;publique fran&ccedil;aise, elle interroge l&rsquo;histoire, mais aussi la modernit&eacute; des fronti&egrave;res entre les &laquo;&nbsp;fr&egrave;res&nbsp;&raquo; et les &laquo;&nbsp;non-fr&egrave;res&nbsp;&raquo;. Ainsi, malgr&eacute; le fait que la R&eacute;publique se d&eacute;finisse comme &laquo; une et indivisible &raquo;, elle n&rsquo;a cess&eacute; de &nbsp;classifier et hi&eacute;rarchiser les citoyen.ne.s. Il appara&icirc;t donc n&eacute;cessaire de &nbsp;d&eacute;celer comment se manifeste aujourd&rsquo;hui ce paradoxe r&eacute;publicain.<br />Selon elle, les appels actuels &agrave; refaire fraternit&eacute; pour r&eacute;pondre &agrave; la peur de la segmentation de la population, &agrave; sa &ldquo;communautarisation&nbsp;&raquo;, sont significatifs de la c&eacute;cit&eacute; d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise qui continue &agrave; pr&ocirc;ner le lien et l&rsquo;unit&eacute; &agrave; travers un mot la fraternit&eacute;, qui charrie &nbsp;une conception exclusive de la d&eacute;mocratie<strong>.</strong><br /><br /><br /><strong>La tentation d&rsquo;une &eacute;galit&eacute; sous conditions de performance</strong><br />La diffusion dans le d&eacute;bat public d&rsquo;arguments tels que &laquo; les femmes font de la politique autrement&nbsp;&raquo;, &laquo; plus de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises, c&rsquo;est une valeur ajout&eacute;e&raquo; ou <em>&laquo; </em>la diversit&eacute;, c&rsquo;est bon pour le business &raquo; rel&egrave;ve-t-elle d&rsquo;un pragmatisme efficace et bienveillant &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des non-fr&egrave;res ou d&rsquo;une id&eacute;ologie conservatrice reconfigur&eacute;e dans une apparence plus respectable ?<br />R&eacute;jane S&eacute;nac r&eacute;pond &agrave; cette interrogation &agrave; travers l&rsquo;&eacute;tude de rapports, de discours, et d&rsquo;enqu&ecirc;tes qualitatives portant sur les justifications publiques des politiques d&rsquo;inclusion des &laquo;&nbsp;non-fr&egrave;res&nbsp;&raquo;&nbsp;&ndash; &nbsp;la promotion de la parit&eacute; pour les femmes et de la diversit&eacute; pour les &laquo;&nbsp;non-blanc.he.s&nbsp;&raquo;. Elle teste ainsi l&rsquo;hypoth&egrave;se de la modernisation crois&eacute;e du mythe de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; et de la compl&eacute;mentarit&eacute; des non-fr&egrave;res.<br />Selon elle, la dimension pragmatique de l&rsquo;injonction &agrave; la performance de la mixit&eacute; ne doit pas occulter son caract&egrave;re politique. Dans un contexte de crise et de d&eacute;fiance, la tentation est forte de porter les politiques d&rsquo;&eacute;galit&eacute; comme un investissement social, sans prendre conscience que l&rsquo;&eacute;galit&eacute; s&rsquo;en trouve sacrifi&eacute;e &agrave; la d&eacute;monstration de la performance de la diff&eacute;rence comme valeur moderne et pragmatique.<br />Pour d&eacute;passer cette tentation, R&eacute;jane S&eacute;nac analyse la continuit&eacute; entre un processus historique qui a exclu les &laquo;&nbsp;non-fr&egrave;res&nbsp;&raquo; au nom de leur pr&eacute;tendue &laquo; moins-value &raquo; naturelle (cf. les arguments justifiant l&rsquo;exclusion des femmes du droit de vote) et l&rsquo;inclusion qui leur est aujourd&rsquo;hui propos&eacute;e en raison de la performance de la mixit&eacute;. Elle montre comment et pourquoi il est rh&eacute;torique de croire que la fin justifie les moyens sans consid&eacute;rer que les moyens d&eacute;terminent la fin.<br /><br /><br /><strong>Le temps de la r&eacute;sistance&nbsp;: Lib&eacute;rer l&rsquo;&eacute;galit&eacute; de la fraternit&eacute; et du march&eacute;</strong><br />La justification des politiques d&rsquo;&eacute;galit&eacute; par l&rsquo;argument de la performance de la mixit&eacute; ou de la lutte contre les discriminations soul&egrave;ve en effet, selon elle, des interrogations en termes de rigueur scientifique, de port&eacute;e id&eacute;ologique, et de cons&eacute;quences concr&egrave;tes.<br />Les implications pratiques de ce type de justification sont de deux ordres. D&rsquo;une part, quand &nbsp;la performance de la mixit&eacute; est d&eacute;montr&eacute;e, les non-fr&egrave;res sont inclus comme compl&eacute;mentaires et non comme &eacute;gaux. D&rsquo;autre part, si la performance de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; ou de la lutte contre les discriminations n&rsquo;est pas d&eacute;montr&eacute;e, l&rsquo;&eacute;galit&eacute; deviendra une option irrationnelle.<br />Ainsi, d&rsquo;apr&egrave;s R&eacute;jane S&eacute;nac, au lieu de sacraliser la fraternit&eacute; et de vouloir la refonder, le moment est venu de la r&eacute;voquer parce qu&rsquo;elle est excluante. Il est en effet indispensable de penser une alternative pour porter une soci&eacute;t&eacute; de non-domination aussi bien au niveau individuel que collectif. Pour cela, &nbsp;le temps de la r&eacute;sistance est venu.: une double r&eacute;sistance qui demande de lib&eacute;rer l&rsquo;&eacute;galit&eacute; de la fraternit&eacute; et du march&eacute;.<br /><br /><a target="_blank" href="http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?GCOI=27246100442000">En savoir plus sur le livre de R&eacute;jane S&eacute;nac</a><br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L’enchantement divin de la vengeance]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/lenchantement-divin-de-la-vengeance]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/lenchantement-divin-de-la-vengeance#comments]]></comments><pubDate>Wed, 15 Mar 2017 11:15:22 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/lenchantement-divin-de-la-vengeance</guid><description><![CDATA[    La vengeance populaire après la prise de la Bastille / Auteur : Charles Paul Landon en 1794   &laquo; Quand naissent les blessures et humiliations de l&rsquo;&ecirc;tre, les frustrations et d&eacute;sillusions de la vie, laforce du d&eacute;sir individuel, outrepassant la mesure, se fait l'autre de la raison : alors la vengeancedevient d&eacute;sir furieux, &agrave; l'origine de repr&eacute;sailles punitives et belliqueuses. &raquo;Raymond Verdier, VengeanceD&eacute;finitionsLa notion de ve [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/vengeance-populaire-apr-s-la-prise-de-la-bastille-landon-img-2365_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">La vengeance populaire apr&egrave;s la prise de la Bastille / Auteur : Charles Paul Landon en 1794</div> </div></div>  <div class="paragraph" style="text-align:justify;"><em>&laquo; Quand naissent les blessures et humiliations de l&rsquo;&ecirc;tre, les frustrations et d&eacute;sillusions de la vie, la<br />force du d&eacute;sir individuel, outrepassant la mesure, se fait l'autre de la raison : alors la vengeance<br />devient d&eacute;sir furieux, &agrave; l'origine de repr&eacute;sailles punitives et belliqueuses. &raquo;</em><br /><br /><u>Raymond Verdier, Vengeance</u><br /><br /><strong><font size="5">D&eacute;finitions</font></strong><br /><br />La notion de vengeance fait partie de ces concepts dont on croit savoir &agrave; quoi il se r&eacute;f&egrave;re,<br />mais dont on ne saurait pr&eacute;cis&eacute;ment d&eacute;finir sa nature, son origine et ses aspects &eacute;thiques.<br />Lorsque l&rsquo;on pense &agrave; la vengeance, une autre notion appara&icirc;t de fait : celle de la revanche. Or, ces<br />deux concepts sont bel et bien distincts. S&rsquo;ils sont issus de la m&ecirc;me racine &eacute;tymologique - du latin<br />vindicare, r&eacute;clamer justice -, une variante s&rsquo;op&egrave;re dans le sens commun donn&eacute; &agrave; ces deux<br />concepts, et une distinction majeure appara&icirc;t lorsque l&rsquo;on &eacute;tudie la notion de vengeance &agrave; travers<br />diff&eacute;rents prismes, notamment religieux et antique.<br />Dans ses acceptions communes, la revanche est : 1) &laquo; l&rsquo;action de rendre la pareille pour un<br />mal que l&rsquo;on a re&ccedil;u &raquo; (Dictionnaire Larousse) et 2) la &laquo; seconde partie que l&rsquo;on joue pour donner<br />au perdant la possibilit&eacute; de gagner &agrave; son tour &raquo; (Dictionnaire Larousse). Des similitudes et<br />diff&eacute;rences peuvent &ecirc;tre not&eacute;es en comparaison de la d&eacute;finition de la vengeance : &laquo; action de<br />procurer la r&eacute;paration d&rsquo;une offense en punissant l&rsquo;auteur &raquo; (Dictionnaire Larousse). La vengeance<br />est donc issue d&rsquo;une offense re&ccedil;ue, &agrave; distinguer d&rsquo;un mal. L&rsquo;offense est une injure, c&rsquo;est-&agrave;-dire<br />qu&rsquo;elle trouve sa racine dans une mise &agrave; mal de l&rsquo;&eacute;go ou de l&rsquo;honneur, alors qu&rsquo;un mal est bien<br />plus g&eacute;n&eacute;ral et recouvre diff&eacute;rents champs. La vengeance implique alors un ch&acirc;timent, a contrario<br />de la revanche qui &laquo; rend la pareille &raquo;. Cela signifie que la mesure de la punition inflig&eacute;e est<br />subjective - elle d&eacute;pend de la libre appr&eacute;ciation de l&rsquo;offens&eacute; - et non pas objective comme l&rsquo;est<br />celle de la revanche - o&ugrave; elle est l&rsquo;&eacute;gale du mal re&ccedil;u. Si la d&eacute;finition de la vengeance se diff&eacute;rencie<br />de la premi&egrave;re d&eacute;finition de la revanche, il y a cependant de nombreuses similitudes avec la<br />seconde.<br />La vengeance n&rsquo;est donc pas tout &agrave; fait la revanche : elle se veut subjective et<br />d&eacute;pendante de la libre-volont&eacute; de l&rsquo;offens&eacute;, alors que la revanche est davantage objective et<br />ind&eacute;pendante.</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/goya_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><font size="5"><strong>Aspects du concept de vengeance dans l&rsquo;Antiquit&eacute; gr&eacute;co-latine</strong></font><br /><br />La vengeance est un concept tr&egrave;s ancien, il para&icirc;t donc juste de l&rsquo;&eacute;tudier dans un premier<br />temps &agrave; la lumi&egrave;re de l&rsquo;Antiquit&eacute; gr&eacute;co-latine. Celle-ci &eacute;tait m&ecirc;me personnifi&eacute;e, ou plut&ocirc;t d&eacute;ifi&eacute;e, en<br />la divinit&eacute; N&eacute;m&eacute;sis, d&eacute;esse de la juste col&egrave;re des dieux et de la r&eacute;tribution c&eacute;leste - &agrave; cet &eacute;gard,<br />une comparaison avec l&rsquo;Ep&icirc;tre aux Romains r&eacute;dig&eacute;e par l&rsquo;ap&ocirc;tre Paul sera faite dans la section<br />d&eacute;di&eacute;e au christianisme. Les mythes li&eacute;s &agrave; cette d&eacute;esse nous en apprennent en effet un peu plus<br />sur ce qu&rsquo;est la vengeance. Entre autres, celui du rituel &ldquo;Nemesia&ldquo; &agrave; Ath&egrave;nes. Selon Sophocle<br />(Electre), les morts avaient la puissance de punir les vivants si leur culte avait &eacute;t&eacute; n&eacute;glig&eacute;. Dans<br />cette optique, les Ath&eacute;niens rendaient hommage aux morts par cet office particulier attribu&eacute; de<br />mani&egrave;re latente &agrave; la d&eacute;esse de la vengeance, N&eacute;m&eacute;sis.<br />Les cons&eacute;quences de l&rsquo;utilisation de la vengeance par l&rsquo;homme sont donc manifestes. En<br />premier lieu, elle s&rsquo;av&egrave;re &ecirc;tre n&eacute;faste, voire destructrice, pour l&rsquo;homme. Au-del&agrave; du rituel sus-cit&eacute;,<br />H&eacute;siode, en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la d&eacute;esse de la vengeance N&eacute;m&eacute;sis, &eacute;crit dans sa Th&eacute;ogonie qu&rsquo;elle est le &laquo; fl&eacute;au des hommes mortels &raquo;. D&egrave;s lors, elle est vengeresse de crimes, elle est implacable, et<br />on ne peut y &eacute;chapper (d&rsquo;o&ugrave; son surnom Adrast&eacute;e). Plus commun&eacute;ment, la vengeance est &agrave;<br />double-face pour l&rsquo;hybris de l&rsquo;homme : elle est &agrave; la fois, bien souvent, 1 catalyseur de cette<br />caract&eacute;ristique propre aux h&eacute;ros, et &agrave; la fois punitive sous l&rsquo;aspect divin. <br />En effet :<br />1. La vengeance est action de l&rsquo;hybris de l&rsquo;homme, car le h&eacute;ros antique, dans l&rsquo;ivresse<br />de r&eacute;parer l&rsquo;injure qui lui a &eacute;t&eacute; faite, d&eacute;passe sa condition d&rsquo;homme pour tenter de<br />se hisser &agrave; une condition divine, proportionnelle au ch&acirc;timent qu&rsquo;il souhaite infliger.<br />Par exemple, En&eacute;e, chant&eacute; par Virgile (En&eacute;ide), lorsqu&rsquo;il venge ses compagnons<br />d&rsquo;armes.<br />2. La Vengeance - dans son aspect divin, sous N&eacute;m&eacute;sis ou les autres dieux - punit<br />pr&eacute;cis&eacute;ment cet hybris, au sens o&ugrave; le h&eacute;ros est remis &agrave; sa place de mortel, comme<br />en t&eacute;moignent les nombreuses trag&eacute;dies d&rsquo;Eschyle. D&rsquo;ailleurs, pour reprendre une<br />d&eacute;finition du dictionnaire d'Anatole Bailly, N&eacute;m&eacute;sis &eacute;tait &laquo; la d&eacute;esse de la justice<br />distributive, qui ch&acirc;tie l'exc&egrave;s de bonheur ou d&rsquo;orgueil [hybris] &raquo;.<br />En second lieu, et cela fait partie des paradoxes de la vengeance, elle &eacute;tait &eacute;galement<br />consid&eacute;r&eacute;e comme positive &agrave; Rome. N&eacute;m&eacute;sis &eacute;tait souvent v&eacute;n&eacute;r&eacute;e par les gladiateurs victorieux<br />ainsi que par les g&eacute;n&eacute;raux.<br />Pour plus de renseignements sur la vengeance dans l&rsquo;Antiquit&eacute;, l&rsquo;excellente analyse de<br />&Eacute;velyne Scheid-Tissinier dans Les R&eacute;gulations sociales dans l&rsquo;Antiquit&eacute; permet de comprendre<br />plus en profondeur ce concept.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/christoffer-wilhelm-eckersberg-ulysses-revenge-on-penelope-s-suitors-google-art-project_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">la vengeance d'Ulysse </div> </div></div>  <div class="paragraph"><br /><font size="5"><strong>Aper&ccedil;u de la vision chr&eacute;tienne de la vengeance</strong></font><br /><br />Comme cela est &eacute;crit plus haut, la vengeance &eacute;tait d&rsquo;aspect divin dans l&rsquo;Antiquit&eacute;. Mais il<br />en est de m&ecirc;me dans le christianisme. Tolstoy commence son chef-d&rsquo;oeuvre Anna Kar&eacute;nine -<br />figure de la vengeance f&eacute;minine &eacute;tudi&eacute;e plus tard - par cet &eacute;pigraphe extraits de l&rsquo;Ep&icirc;tre aux<br />Romains de l&rsquo;ap&ocirc;tre Paul : &laquo; C&rsquo;est &agrave; moi que la vengeance appartient, dit le Seigneur. C&rsquo;est moi<br />qui r&eacute;tribuerai. &raquo; (&laquo; Mihi Vindictam Ego Retribuam &raquo; en latin). Ce qui est int&eacute;ressant ici est moins<br />l&rsquo;attribution &agrave; Dieu de la capacit&eacute; de venger - que l&rsquo;on retrouve dans l&rsquo;&eacute;pisode biblique de l&rsquo;Arche<br />de No&eacute; par exemple - que le caract&egrave;re exclusif de la possession. En effet, cela sous-entend que<br />l&rsquo;homme n&rsquo;a pas le droit de venger. Dans le L&eacute;vitique (troisi&egrave;me des cinq livres de la Torah) il est<br />d&rsquo;ailleurs &eacute;crit : &laquo; Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de<br />ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-m&ecirc;me. Je suis l&rsquo;Eternel. &raquo; M&ecirc;me la vengeance<br />aveugle vis-&agrave;-vis d&rsquo;un meurtrier est proscrite : dans la Gen&egrave;se, alors que Ca&iuml;n a tu&eacute; son fr&egrave;re Abel,<br />&laquo; le Seigneur mit un signe sur Ca&iuml;n pour que quiconque le trouve ne le tue pas &raquo; afin qu&rsquo;Abel ne<br />soit pas veng&eacute; par un mortel soucieux de r&eacute;parer le tort fait &agrave; Abel.<br />A cette interdiction de vengeance est donc logiquement associ&eacute;e la punition si cette r&egrave;gle<br />est outrepass&eacute;e. L&rsquo;aspect punitif par les instances divines est donc commun entre l&rsquo;analyse de la<br />vengeance &agrave; travers l&rsquo;Antiquit&eacute; gr&eacute;co-latine et celle du christianisme. Toujours dans l&rsquo;&eacute;pisode du<br />meurtre d&rsquo;Abel par Ca&iuml;n, Dieu s&rsquo;exclame au moment o&ugrave; il se rend compte du crime commis :<br />&laquo; Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang<br />de ton fr&egrave;re. Quand tu travailleras le sol, il ne te donnera plus sa richesse. Tu seras errant et<br />vagabond sur la terre. &raquo; (Gen&egrave;se, 4.1-15).<br />Ainsi la vengeance selon le christianisme est-elle divine - elle appartient &agrave; Dieu -,<br />exclusive - &agrave; lui seulement -, et punitive - un ch&acirc;timent est r&eacute;serv&eacute; &agrave; l&rsquo;homme qui enfreint la<br />r&egrave;gle.<br /><br /><font size="5"><strong>Deux paradoxes psychologiques de la vengeance</strong></font><br /><br />D&rsquo;un point de vue passif, le paradoxe du spectateur de la vengeance. Il y a un certain<br />plaisir &agrave; vivre une vengeance par procuration - alors que celle-ci est proscrite - : les trag&eacute;dies<br />grecques, o&ugrave; s&rsquo;op&egrave;rent la catharsis, en sont les plus dignes ex&eacute;g&egrave;tes. Prenons, pour illustrer, la<br />trag&eacute;die Les Perses d&rsquo;Eschyle, &eacute;crite apr&egrave;s les victoires grecques de Salamine et de Plat&eacute;es. Elle<br />peint la victoire inesp&eacute;r&eacute;e des Grecs sur leurs ennemis de toujours, les Perses, lors de la<br />deuxi&egrave;me guerre m&eacute;dique. C&rsquo;est une v&eacute;ritable vengeance de la part des Grecs, apr&egrave;s avoir<br />essuy&eacute;s de nombreux affront de l&rsquo;empire perse. C'est donc en vivant cette vengeance par<br />procuration qu&rsquo;a lieu la catharsis (&laquo; purgation des passions &raquo;) en jouant avec les &eacute;motions des<br />spectateurs. La trame, les faits et la narration fascinent les spectateurs, alors que la souffrance<br />des Perses les r&eacute;jouit. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, cette souffrance repr&eacute;sent&eacute;e et imagin&eacute;e est repoussante et<br />amorale, mais, d&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, le spectateur a un int&eacute;r&ecirc;t personnel &agrave; cette contemplation, comme<br />l&rsquo;explique Luc Boltanski dans La souffrance &agrave; distance - Moral humanitaire, m&eacute;dias et politique<br />(1993) : &laquo; Adoptons maintenant la place du spectateur. Soit un spectateur contemplant &agrave; distance<br />un malheureux qui souffre et qu&rsquo;il ne conna&icirc;t pas, qui ne lui est rien, ni parent, ni ami, ni m&ecirc;me<br />ennemi. [&hellip;] Celui qui observe la souffrance d&rsquo;autrui sans indiff&eacute;rence et sans lever le petit doigt<br />pour la soulager s&rsquo;expose &agrave; l&rsquo;accusation de regarder pour son propre compte, par int&eacute;r&ecirc;t, parce<br />que &ccedil;a l&rsquo;int&eacute;resse, ou m&ecirc;me par plaisir. &raquo;<br />D&rsquo;un point de vue actif, le paradoxe de la ma&icirc;trise de la vengeance. En effet, s&rsquo;interroger<br />sur sa dimension psychologique, c&rsquo;est ind&eacute;niablement s&rsquo;interroger sur la place qu&rsquo;elle occupe au<br />sein du duo nature / culture de l&rsquo;homme. Mais elle trouverait son origine ni exclusivement dans<br />l&rsquo;une, ni dans l&rsquo;autre, mais puiserait sa source dans les deux. Concernant l&rsquo;ancrage dans la nature<br />de l&rsquo;&ecirc;tre humain, les neurologues pensent que le cerveau humain trouve du plaisir &agrave; la vengeance,<br />tout comme il en ressent lors d&rsquo;une addiction. Selon Michael McCullough, professeur de<br />psychologie &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Miami, le concept de vengeance est profond&eacute;ment ancr&eacute; dans<br />l&rsquo;&eacute;volution (Beyond Revenge : The Evolution of the Forgiveness Instinct, 2008). Pour autant, si elle<br />s&rsquo;ancre en partie dans la nature de l&rsquo;homme, comment se fait-il qu&rsquo;il lui est si difficile de la ma&icirc;triser<br />(culture) ? En effet, la vengeance est bien souvent connot&eacute;e n&eacute;gativement, mais quand vient le<br />moment de la refouler, l&rsquo;homme t&eacute;moigne d&rsquo;une grande faiblesse. Ce qu&rsquo;explique Michael<br />McCullough : &laquo; Avec tout [ce que nous savons], pardonner semble &ecirc;tre la chose raisonnable &agrave;<br />faire. Mais c&rsquo;est dur. Il est facile de confondre pardon et faiblesse, et c&rsquo;est la dure r&eacute;alit&eacute; de notre<br />univers social d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : l&rsquo;inaction est facile &agrave; confondre avec un manque de courage. &raquo;2 Une<br />des explications donn&eacute;es &agrave; ce paradoxe : la satisfaction personnelle que procure la vengeance.<br />Tolstoy, Dostoyevsky, Kafka : la vengeance en trois plumes<br />Le th&egrave;me de la vengeance est plus que jamais pr&eacute;sent dans la litt&eacute;rature. Cependant, des<br />aspects originaux de la vengeance, qui sortent des sentiers battus (comme la vengeance<br />passionnelle, la vengeance romantique, etc), ont pu &ecirc;tre trait&eacute;s par Dostoyevsky, Tolstoy et Kafka.<br />D&rsquo;abord, l&rsquo;&eacute;crivain russe du XIXe si&egrave;cle Fyodor Dostoyevsky avec son roman Les Carnets<br />du Sous-sol. Il s&rsquo;agit ici de vengeance maladive. Par vengeance maladive, il faut entendre celle<br />qui nous ronge de l&rsquo;int&eacute;rieur, qui change notre &ecirc;tre, qui devient profond&eacute;ment personnelle et que<br />l&rsquo;on ne peut gu&eacute;rir sans op&eacute;rer un travail sur soi d&rsquo;une grande ampleur. Bien souvent, elle s&eacute;vit<br />sous le joug de l&rsquo;irrationnel, et elle ne peut &ecirc;tre comprise par n&rsquo;importe qui d&rsquo;autre. Voici ici la<br />brillante analyse de Nikola Milosevic dans Nietzsche et Strindberg : psychologie de la<br />connaissance, &agrave; propos de la vengeance maladive du h&eacute;ros du roman de Dostoyevsky : &laquo; Le<br />h&eacute;ros de l&rsquo;Esprit souterrain tourne et retourne cette offense pendant des ann&eacute;es, en cherchant &agrave;<br />se venger, mais sans avoir assez de force pour en tirer vengeance. Il suit son tortionnaire,<br />d&eacute;couvre son adresse, &eacute;crit une satire dont cet officier est le protagoniste et le comble de sa<br />vengeance est que, apr&egrave;s une s&eacute;rie de tentatives manqu&eacute;es, il refuse de reculer devant lui dans la rue. Et, &agrave; la veille de cet &laquo; exploit &raquo; qu&rsquo;il envisage d&rsquo;accomplir, le h&eacute;ros de Dostoyevsky ne dort<br />pas pendant deux ou trois nuits en attendant &laquo; le r&egrave;glement de comptes &raquo; imminent. &raquo;<br />Ensuite, son compatriote Tolstoy &agrave; travers son oeuvre Anna Kar&eacute;nine, o&ugrave; il s&rsquo;agit, dans une<br />certaine optique, de refus de vengeance. En effet, pour Tolstoy : &laquo; Ne vous pr&eacute;occupez pas de la<br />vengeance lors de votre vie : deux torts n&rsquo;ont jamais donn&eacute; un bienfait. &raquo; Il s&rsquo;attache d&rsquo;ailleurs &agrave;<br />suivre la morale chr&eacute;tienne : peu importe &agrave; quel point Anna Kar&eacute;nine est coupable (d&rsquo;adult&egrave;re<br />notamment), ce n&rsquo;est pas &agrave; nous de la condamner, mais &agrave; Dieu. En ce sens, ceux qui se sont<br />senti, dans le roman, offens&eacute; ou humili&eacute; par Anna Kar&eacute;nine n&rsquo;ont pas &agrave; se venger d&rsquo;elle ; de<br />m&ecirc;me, le lecteur n&rsquo;a pas &agrave; la bl&acirc;mer pour son comportement qui va &agrave; l&rsquo;encontre des moeurs<br />russes de l&rsquo;&eacute;poque. Le refus de la vengeance, pour Tolstoy, est le d&eacute;but de l&rsquo;acceptation du<br />pardon.<br />Enfin, Franz Kafka et Le Proc&egrave;s, qui est remarquable dans notre &eacute;tude pour l&rsquo;impossibilit&eacute;<br />de la vengeance. Il s&rsquo;agit, peut-&ecirc;tre, de l&rsquo;un des pires aspects de la vengeance pour l&rsquo;offens&eacute; :<br />l&rsquo;impossibilit&eacute; de la r&eacute;aliser, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;incapacit&eacute; de r&eacute;parer le tort et de punir en retour. Le<br />th&egrave;me de la vengeance n&rsquo;est quasiment presque jamais associ&eacute;e &agrave; cette oeuvre de Kafka par les<br />sp&eacute;cialistes ; cependant, &agrave; mon sens, on peut en faire une lecture assez int&eacute;ressante qui met en<br />lumi&egrave;re cette notion d&rsquo;impossibilit&eacute; de la vengeance. L&rsquo;acharnement de la Justice et des huissiers,<br />d&eacute;crit par Kafka, envers le h&eacute;ros K. est le reflet d&rsquo;une atrocit&eacute; &eacute;thique et psychologique<br />absolument abominable. K. est donc tortur&eacute;, au sens litt&eacute;ral, moralement - voire physiquement, si<br />on prend en compte l&rsquo;&eacute;puisement physique du h&eacute;ros, qui est manifeste dans l&rsquo;oeuvre, pour<br />&eacute;chapper des griffes de cette Justice injuste. En plus de cela, la vie de K. est ruin&eacute;e. Compte-tenu<br />de toutes ces donn&eacute;es, il appara&icirc;t tout &agrave; fait l&eacute;gitime - nous reviendrons plus tard sur ce terme<br />lorsqu&rsquo;il est associ&eacute; &agrave; la vengeance - que K. aspire &agrave; se venger de cette Justice inique.<br />Cependant, Kafka d&eacute;crit avec brio l&rsquo;impossibilit&eacute; de K. d&rsquo;agir de quelques mani&egrave;res que ce soit<br />envers cette Justice invisible et inatteignable : il est condamn&eacute; &agrave; s&rsquo;y soumettre et &agrave; accepter sa<br />condition sans pouvoir se venger, tel Sisyphe condamn&eacute; &agrave; pousser sa pierre au sommet pour<br />l&rsquo;&eacute;ternit&eacute; sans autre action possible.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/maxresdefault_1_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><font size="5"><strong>Petite histoire de la vengeance institutionnalis&eacute;e</strong></font><br /><br />Ce qui est frappant &agrave; propos de la vengeance, c&rsquo;est qu&rsquo;elle &eacute;tait, d&rsquo;une certaine mani&egrave;re,<br />institutionnalis&eacute;e au sein des premi&egrave;res soci&eacute;t&eacute;s, avant qu&rsquo;elle ne soit progressivement refoul&eacute;e et<br />vue d&rsquo;un mauvais oeil - du moins en apparence - dans le monde contemporain.<br />La Loi du Talion est l&rsquo;une de ces premi&egrave;res formes institutionnelles de la vengeance ; elle<br />consiste &agrave; &laquo; rendre la pareille &raquo;, notamment pour &eacute;viter toute escalade de violence. D&eacute;j&agrave;, &laquo; les<br />premiers signes de la loi du talion sont trouv&eacute;s dans le Code de Hammurabi, en 1730 avant notre<br />&egrave;re, dans le royaume de Babylone &raquo; (Wikip&eacute;dia), mais on la retrouve aussi chez Eschyle dans ses<br />Cho&eacute;phores : &laquo; Qu&rsquo;un coup meurtrier soit puni d&rsquo;un coup meurtrier ; au coupable le ch&acirc;timent. &raquo;<br />Dans une optique religieuse, elle est pr&eacute;sente aussi bien dans le juda&iuml;sme (&laquo; Ton oeil sera sans<br />piti&eacute; : vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. &raquo; Deut&eacute;ronome)<br />que dans l&rsquo;islam, mais elle est au contraire proscrite par le christianisme (&laquo; Au contraire, si<br />quelqu&rsquo;un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l&rsquo;autre. &raquo; Matthieu 5,38-42), t&eacute;moignant donc<br />bien de sa pr&eacute;sence dans la vie sociale.<br />Une seconde forme institutionnelle de la vengeance est par exemple celle du duel<br />d&rsquo;honneur, apparaissant apr&egrave;s 1547 en France. Il est notamment codifi&eacute; en France apr&egrave;s la<br />R&eacute;volution, comme le montre Fran&ccedil;ois Guillet qui rapporte, dans La Mort en face, histoire du duel<br />de la R&eacute;volution &agrave; nos jours, cette codification : armes l&eacute;gales (&eacute;p&eacute;e, pistolet, sabre) ; choix de<br />l'offens&eacute; pour la date, le lieu et les armes du duel ; nombres de t&eacute;moins (deux pour le pistolet,<br />quatre pour l'&eacute;p&eacute;e ou le sabre) ; et types de duels (au premier sang ou &agrave; mort, au commandement,<br />au vis&eacute;, etc.). Le duel consiste bien &agrave; laver l&rsquo;affront re&ccedil;u en tentant de punir l&rsquo;auteur de cette<br />offense, si bien qu&rsquo;il refl&egrave;te une int&eacute;gration de la vengeance dans les moeurs de la soci&eacute;t&eacute;. La vendetta fait &eacute;galement partie de ces formes institutionnelles de la vengeance, bien que<br />l&eacute;g&egrave;rement diff&eacute;rente. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un mot d&rsquo;origine italienne qui signifie vengeance et qui<br />correspondait &agrave; une situation de guerre inter-familiale &agrave; caract&egrave;re priv&eacute;e. Par exemple, Dominque<br />Colas &eacute;voque dans son ouvrage Sociologie politique la particularit&eacute; de la vendetta corse o&ugrave;,<br />contrairement aux guerres modernes o&ugrave; des anonymes tuent des anonymes, on sait qui doit tuer<br />et qui doit &ecirc;tre tu&eacute;.<br />Pour autant, les formes institutionnelles de la vengeance ont &eacute;t&eacute; peu &agrave; peu d&eacute;pr&eacute;ci&eacute;. D&eacute;j&agrave;,<br />Francis Bacon &eacute;crivait dans ses Essais que &laquo; la vengeance est une justice sauvage &raquo;. Or, le<br />principe m&ecirc;me de la justice &eacute;tant le fait d&rsquo;&ecirc;tre propre &agrave; la soci&eacute;t&eacute; humaine, l&rsquo;association de ce<br />terme &agrave; celui de &laquo; sauvage &raquo; montre bien &agrave; quel point toute forme institutionnelle de vengeance<br />n&rsquo;en est que plus proscrite. Plus r&eacute;cemment, une des formes les plus extr&ecirc;mes de la vengeance<br />institutionnalis&eacute;e a disparu en France : la peine de mort. Elle consistait en la forme ultime de ce<br />type de vengeance, dans la mesure o&ugrave;, suivant la d&eacute;finition de la vengeance donn&eacute;e en ce d&eacute;but<br />d&rsquo;article, donner la mort est le ch&acirc;timent ultime qui implique la fin du processus de vengeance<br />entre deux personnes - on ne peut punir &agrave; mort l&rsquo;auteur de notre propre mort. Il pourrait donc &ecirc;tre<br />int&eacute;ressant de poser la question d&rsquo;une n&eacute;cessit&eacute; ou non d&rsquo;une vengeance institutionnalis&eacute;e au<br />sein de notre monde contemporain, alors que certaines formes latentes subsistent toujours - quid<br />de certaines guerres ?<br /><br /><font size="5"><strong>La qu&ecirc;te de la vengeance</strong></font><br />Qu&rsquo;est-ce donc qui nous pousse &agrave; poursuivre cette qu&ecirc;te de vengeance alors ? Si les<br />paradoxes et explications psychologiques pr&eacute;sent&eacute;s plus t&ocirc;t en sont une cause, cela ne<br />correspond pas &agrave; une &eacute;tiologie compl&egrave;te de la vengeance. Beaucoup de notions on &eacute;t&eacute; mentionn&eacute;<br />dans cet article, mais il manque cependant celle de l&rsquo;honneur, fondamentale dans notre explication<br />de qu&ecirc;te de la vengeance. Rousseau en a bien cern&eacute; les enjeux dans son Discours sur l&rsquo;origine et<br />les fondements de l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; parmi les hommes : &laquo; Chacun commen&ccedil;a &agrave; regarder les autres et &agrave;<br />vouloir &ecirc;tre regard&eacute;, et l&rsquo;estime publique eut un prix. [&hellip;] De ces pr&eacute;f&eacute;rences naquirent d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; la<br />vanit&eacute; et le m&eacute;pris, et de l&rsquo;autre la honte et l&rsquo;envie. &raquo; De l&agrave; na&icirc;t aussi la vengeance, dans la<br />mesure o&ugrave; si elle ne concernait que l&rsquo;individu offens&eacute; et l&rsquo;auteur de l&rsquo;offense, sans n&rsquo;avoir aucun<br />&eacute;cho au sein de la soci&eacute;t&eacute;, elle rev&ecirc;tirait bien souvent un caract&egrave;re absurde - il s&rsquo;agit, en quelque<br />sorte, du prix de la publicit&eacute;.<br />Ce qui nous am&egrave;ne &agrave; nous poser la question de la l&eacute;gitimit&eacute; de la vengeance. Si le cadre<br />l&eacute;gal de la vengeance se r&eacute;tr&eacute;cit voire dispara&icirc;t au fil des si&egrave;cles - comme cela a &eacute;t&eacute; mentionn&eacute;<br />plus haut -, il en est autrement de sa l&eacute;gitimit&eacute; qui se veut immuable. Mais comment l&rsquo;&eacute;valuer ? Ce<br />qui est l&eacute;gitime est ce qui est conforme &agrave; la loi, mais laquelle ? La loi positive (&eacute;tablie par la soci&eacute;t&eacute;<br />civile) ou bien la loi naturelle ? Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;un d&eacute;bat sans fin, compte-tenu de l&rsquo;absence de<br />d&eacute;finition pr&eacute;cise et d&rsquo;accord commun sur ce que sont les lois naturelles et leur degr&eacute; d&rsquo;application<br />au sein du droit positif. C&rsquo;est pourquoi le concept de vengeance est si int&eacute;ressant : on ne peut pas<br />en d&eacute;finir sa l&eacute;gitimit&eacute; - elle est n&eacute;cessaire pour l&rsquo;offens&eacute;, et une b&ecirc;tise pour un tiers neutre -, ce<br />que montre l&rsquo;&eacute;volution de son caract&egrave;re l&eacute;gal au fil des si&egrave;cles.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/prodigal-son_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><font size="4"><strong><br />Alternatives &agrave; la vengeance</strong></font><br />Trouver une alternative &agrave; la vengeance, c&rsquo;est se d&eacute;faire des griffes des remords lorsque<br />celle-ci n&rsquo;est pas totalement assum&eacute;e, ou, mieux, &eacute;viter le pire dans le cas d&rsquo;une vengeance<br />extr&ecirc;me et disproportionn&eacute;e. C&rsquo;est &eacute;galement transformer le ressentiment que l&rsquo;on &eacute;prouve face &agrave;<br />l&rsquo;auteur de l&rsquo;offense en un sentiment nettement plus fertile.<br />L&rsquo;une des deux alternatives effectives est, &eacute;videmment, le pardon, notamment dans sa<br />dimension chr&eacute;tienne. Le pardon est &agrave; la fois le refus de la vengeance - comme dans le cas suscit&eacute;<br />de Tolstoy - et &agrave; la fois sa destruction - pardonner, c&rsquo;est affecter durablement l&rsquo;auteur de<br />l&rsquo;offense. A ce titre, le pardon chr&eacute;tien est r&eacute;v&eacute;lateur. Dans la parabole du fils prodigue<br />(Lc 15. 11-32), si le pardon du p&egrave;re est le fruit de la repentance du fils, il n&rsquo;emp&ecirc;che que le p&egrave;re<br />abandonne toute id&eacute;e de vengeance envers son fils une fois pardonn&eacute;. Il convainc &eacute;galement son<br />fils ain&eacute;, qui ne comprend pas son comportement, des bienfaits de pardonner &agrave; son fr&egrave;re cadet.<br />Mieux, on retrouve ce refus de vengeance dans tous les aspects du christianisme, m&ecirc;me les plus<br />profonds : le pardon fait partie de la pri&egrave;re du Notre P&egrave;re (&laquo; Pardonne-nous nos offenses, comme<br />nous pardonnons aussi &agrave; ceux qui nous ont offens&eacute;s &raquo;). Ce refus de la vengeance est donc<br />c&eacute;l&eacute;br&eacute; dans le christianisme. D&rsquo;ailleurs, il porte &eacute;galement en lui la destruction de l&rsquo;acte de la<br />vengeance, dans la mesure o&ugrave; pardonner, c&rsquo;est briser la cha&icirc;ne chronologique de la<br />vengeance.<br />De m&ecirc;me que le pardon, l&rsquo;oubli peut &ecirc;tre une alternative &agrave; la vengeance. Oublier, c&rsquo;est<br />effacer volontairement ou involontairement les traces du pass&eacute; : il cr&eacute;&eacute; une discontinuit&eacute; dans le<br />temps. En ce sens, si la vengeance perd son motif - si l&rsquo;offense est oubli&eacute;e &agrave; d&eacute;faut d&rsquo;&ecirc;tre<br />pardonn&eacute;e -, alors elle n&rsquo;a plus de raisons d&rsquo;&ecirc;tre. Un retour dans la mythologie gr&eacute;co-latine<br />s&rsquo;impose ici. Hom&egrave;re raconte, dans l&rsquo;Odyss&eacute;e, le p&eacute;riple d&rsquo;Ulysse qui le conduit, avec ses<br />compagnons, sur l&rsquo;&icirc;le des Lotophages, c&rsquo;est-&agrave;-dire mangeurs de lotos, le &laquo; fruit de miel &raquo; qui<br />provoque un oubli artificiel permettant &agrave; ces indig&egrave;nes de vivre en paix. D&egrave;s lors, par le fait<br />d&rsquo;oublier les querelles internes, ces indig&egrave;nes ne connaissent pas la vengeance. Plus qu&rsquo;une<br />simple alternative donc, l&rsquo;oubli est la capacit&eacute; de se d&eacute;faire du joug de l&rsquo;&eacute;go pour vaincre<br />l&rsquo;envie de vengeance. Cependant, l&rsquo;oubli n&rsquo;est-il pas qu&rsquo;une forme plus &eacute;lev&eacute;e de la vengeance ?<br />C&rsquo;est ce que sugg&egrave;re du moins l&rsquo;&eacute;crivain espagnol du XVIIe si&egrave;cle, Baltasar Gracian : &laquo; Il n&rsquo;y a pas<br />de plus haute vengeance que l&rsquo;oubli &raquo; (L&rsquo;Homme de cour).<br />Conclusion<br />In fine, avoir &eacute;tudi&eacute; la vengeance sous ses aspects historiques, religieux, psychologiques,<br />litt&eacute;raires, institutionnels et l&eacute;gitimes permettent de la comprendre, si ce n&rsquo;est de mieux la<br />ma&icirc;triser. Quoiqu&rsquo;il en soit, cette &eacute;tude nous apprend que la vengeance ne nous appartient pas<br />totalement - elle &eacute;tait divine, elle devient juridique, puis se mue en interdit - mais qu&rsquo;on ne cesse,<br />pour autant, de la rechercher et de l&rsquo;ex&eacute;cuter. La vengeance serait donc, somme toute, le dernier<br />reliquat du sacr&eacute; en l&rsquo;homme : un enchantement divin pour contenir le d&eacute;senchantement du<br />monde.<br /><br />Tom Caillet <br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Droit de réponse: Cléo répond à l'article polémique de Rafik Chekkat "on n'est jamais mieux sali que par soi-même"]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/droit-de-reponse-cleo-repond-a-larticle-polemique-de-rafik-chekkat-on-nest-jamais-mieux-sali-que-par-soi-meme]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/droit-de-reponse-cleo-repond-a-larticle-polemique-de-rafik-chekkat-on-nest-jamais-mieux-sali-que-par-soi-meme#comments]]></comments><pubDate>Wed, 08 Mar 2017 10:46:37 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/droit-de-reponse-cleo-repond-a-larticle-polemique-de-rafik-chekkat-on-nest-jamais-mieux-sali-que-par-soi-meme</guid><description><![CDATA[ 	 	 		 		Flux RSS 	          Le titre de la chronique de Rafik Chekkat annonce d&eacute;j&agrave; qu'on est mal barr&eacute;. &laquo;&nbsp;On n'est jamais mieux sali que par soi-m&ecirc;me&nbsp;&raquo; s'intitule, tout en finesse, cette critique de Divines, premier long m&eacute;trage d'Houda Benyamina qui vient tout juste de rafler trois C&eacute;sars (meilleur espoir f&eacute;minin, meilleur second r&ocirc;le et meilleur premier film). 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Il convient d'abord de s'arr&ecirc;ter sur la notion de &laquo;&nbsp;souillure&nbsp;&raquo; qui sous-tend le titre de cette chronique extr&ecirc;mement violente, puisqu'elle appara&icirc;t comme le fil rouge de la critique op&eacute;r&eacute;e par Mr. Chekkat, qui semble ne pas se remettre du <em>manque de puret&eacute;</em> des femmes repr&eacute;sent&eacute;es dans l'univers fictif construit par Houda Benyamina. C'est depuis la &laquo;&nbsp;gauche radicale&nbsp;&raquo; et au nom du f&eacute;minisme et de la d&eacute;fense des racis&eacute;-e-s que Mr. Chekkat s'exprime. Celui-ci op&egrave;re, h&eacute;las, un dangereux renversement qui nous rappelle tristement qu'il est commun de se r&eacute;clamer de ces valeurs (de &laquo;&nbsp;gauche&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;f&eacute;ministe&nbsp;&raquo;, ind&eacute;pendamment de la vari&eacute;t&eacute; des spectres de chacun de ces mouvements de pens&eacute;e) et de n'avoir de radical qu'un dangereux dogmatisme. C'est en fait une succession de normes morales et fig&eacute;es qu'en tant que &laquo;&nbsp;f&eacute;ministe&nbsp;&raquo;, Mr. Chekkat semble exiger de la repr&eacute;sentation que l'on fait des femmes racis&eacute;-e-s &agrave; l'&eacute;cran, et plus encore qu'elles font d'elles-m&ecirc;me. Cette &laquo;&nbsp;le&ccedil;on de morale&nbsp;&raquo; sans rigueur dans son argumentation nous rappelle qu'il est toujours plus douloureux d'&ecirc;tre confront&eacute; &agrave; la b&ecirc;tise quand elle se r&eacute;clame de notre propre camp.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;<em>Obsc&eacute;nit&eacute;, exotisation et &eacute;rotisation des corps des femmes noires et arabes&nbsp;</em>&raquo;, tonne d'embl&eacute;e le chroniqueur. Ce sont les premiers mots qu'il aligne comme des cartouches pour descendre ce film de fiction qui met en sc&egrave;ne Dounia et Ma&iuml;mouna, deux jeunes adolescentes pr&ecirc;tes &agrave; tout, ensemble, pour s'extraire de la mis&egrave;re gluante de leur quotidien. D&egrave;s le d&eacute;part, il est clair que ce qui d&eacute;range Mr. Chekkat, c'est bien la repr&eacute;sentation de ces personnages f&eacute;minins, &agrave; qui il reproche dans une aga&ccedil;ante litanie d'&ecirc;tre &laquo;&nbsp;obsc&egrave;nes&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;exotis&eacute;es&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;&eacute;rotis&eacute;es&nbsp;&raquo; sans jamais expliquer pourquoi, ce qui nous am&egrave;ne &agrave; nous demander d'abord dans quel mesure un film est-il condamnable parce qu'il met en sc&egrave;ne des personnages f&eacute;minins <em>non-exemplaires</em>, si l'on conc&egrave;de au chroniqueur ces qualificatifs (en eux-m&ecirc;mes contestables) contraires &agrave; une certaine id&eacute;e de la morale. Il semblerait pour Mr. Chekkat que les femmes noires et arabes aient d&eacute;j&agrave; assez de probl&egrave;mes dans la vie pour qu'en plus elles soient repr&eacute;sent&eacute;es si <em>amorales</em>. Pourquoi la femme noire ou arabe n'aurait pas le droit d'&ecirc;tre obsc&egrave;ne ou &eacute;rotique - ou les deux &agrave; la fois &ndash; on ne sait pas. Sous pr&eacute;texte qu'il s'agit de minorit&eacute;s, doivent-elles &ecirc;tre exclusivement repr&eacute;sent&eacute;es conform&eacute;ment &agrave; une certaine morale qui semble &ecirc;tre &ndash; avant toute chose &ndash; celle de Mr. Chekkat ? Quand je pense aux deux personnages f&eacute;minins au c&oelig;ur de l'intrigue de <em>Divines</em>, c'est leur <em>puissance</em> qui me revient&nbsp; &nbsp;: &agrave; la mani&egrave;re de personnages de femmes des trag&eacute;dies antiques, je me souviens de leur force, de leur d&eacute;termination et de leur acharnement, qui m'ont boulevers&eacute;e autant que leur fragilit&eacute; et leur immaturit&eacute;. Dans <em>Divines</em>, ce sont des histoires de r&ecirc;ves, entre autres, que l'on nous raconte&nbsp;: ceux de deux adolescentes qui veulent sortir de leur ghetto, conscientes que la r&eacute;alisation de leur r&ecirc;ve d&eacute;pend d'une condition sine qua non&nbsp;: l'argent. La force du film tient pour beaucoup &agrave; la justesse avec laquelle il dessine les contradictions de l'adolescence, cet &acirc;ge charni&egrave;re de la vie si d&eacute;licat &agrave; repr&eacute;senter, celui des premiers troubles et des premi&egrave;res ivresses, celui o&ugrave; la lutte est toujours passionn&eacute;e et la passion parfois funeste.</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/divines3_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">&laquo;&nbsp;<em>Comment a-t-on pu encenser et donner une port&eacute;e politique et sociale &agrave; un film &agrave; ce point m&eacute;diocre, path&eacute;tique et sans espoir&nbsp;?</em>&nbsp;&raquo; questionne le chroniqueur, sur le mode de la plainte voire du g&eacute;missement strident. Mr. Chekkat s'insurge, sans chercher, justement, a comprendre ce qui, dans <em>Divines</em>, a pu plaire, et pla&icirc;t. On comprend bien qu'il ne trouve &agrave; <em>Divines</em> aucune qualit&eacute;, et aucune originalit&eacute;. Celui-ci ne cesse par la suite de se complaire dans son exasp&eacute;ration&nbsp;: c'est d'abord que c'est un film &laquo;&nbsp;path&eacute;tique&nbsp;&raquo; mais plus encore qu'il est &laquo;&nbsp;sans espoir&nbsp;&raquo;&nbsp;; et l&agrave;, on touche quelque chose d'important. Parce qu'il est sans espoir donc, <em>Divines</em> est condamnable. Mais pourquoi donc&nbsp;? On ne peut pas d&eacute;cemment croire que Mr. Chekkat n'accorde ses gr&acirc;ces qu'aux films qui d&eacute;livrent un message d'amour et d'esp&eacute;rance. Serait-ce parce qu'un film sur la banlieue, &ccedil;a doit faire esp&eacute;rer&nbsp;? Serait-ce donc qu'&agrave; ce pr&eacute;- requis de l'ordre de la <em>morale</em> lui aussi, le film ose &eacute;chapper&nbsp;? A&iuml;e a&iuml;e a&iuml;e, nous voila retomb&eacute;s dans un vieux d&eacute;bat vaste et st&eacute;rile cher aux moralistes de tous temps&nbsp;: l'art doit-il &ecirc;tre moral&nbsp;? La question que l'on peut poser ici naturellement, c'est aussi&nbsp;:&nbsp; la banlieue a-t-elle le droit d'&ecirc;tre <em>d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e</em>&nbsp;? Pour le chroniqueur, c'est un non vindicatif. Explications.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;<em>Aucun qualificatif n'est pourtant assez dur pour exprimer ce que l'on ressent face &agrave; un tel spectacle, au cours duquel la r&eacute;alisatrice enfile les clich&eacute;s les uns apr&egrave;s les autres</em>&nbsp;&raquo;. Face &agrave; tant d'immoralit&eacute;, donc, c'est par la &laquo;&nbsp;duret&eacute;&nbsp;&raquo; qu'il faut r&eacute;pondre, ass&egrave;ne Mr. Chekkat en vrai garant de la morale publique. L'&nbsp;&laquo;&nbsp;obsc&eacute;nit&eacute;&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;l'&eacute;rotisme&nbsp;&raquo; suppos&eacute; de <em>Divines</em>, il faut le r&eacute;primer voire le punir. <em>Divines</em> est un film &laquo;&nbsp;ringard&nbsp;&raquo;, compos&eacute; d'une succession de sc&egrave;nes qui non seulement sont &laquo;&nbsp;rat&eacute;es&nbsp;&raquo; (pourquoi et comment, on ne sait pas mais cela semble &eacute;vident &agrave; notre chroniqueur qui, par ailleurs jamais n'&eacute;voquera la forme du film, se cantonnant &agrave; ce qu'il en a per&ccedil;u du &laquo;&nbsp;fond&nbsp;&raquo;), mais aussi &laquo;&nbsp;g&ecirc;nantes&nbsp;&raquo; (retour aux bonnes m&oelig;urs <em>de facto</em>, donc). &laquo;&nbsp;<em>Sur fond d'histoire d'amour douteuse dans une cit&eacute; improbable, trois jeunes femmes ont pour unique pr&eacute;occupation de se faire de l'argent.&nbsp;</em>&raquo; Dounia, personnage f&eacute;minin au coeur de l'intrigue de <em>Divines</em>, est fascin&eacute;e par un jeune homme - vigile de jour et danseur dans son temps libre - , qu'elle va observer en secret pendant ses r&eacute;p&eacute;titions, submerg&eacute;e malgr&eacute; elle par un trouble violent qu'elle a du mal &agrave; ma&icirc;triser. Le jeune homme, qui d&eacute;couvre la voyeuse, n'est pas indiff&eacute;rent non plus &agrave; la myst&eacute;rieuse jeune fille qui s'&eacute;chappe d&egrave;s qu'elle est d&eacute;couverte. Cette histoire d'amour qui na&icirc;t est donc &laquo;&nbsp;<em>douteuse</em>&nbsp;&raquo;&nbsp;: mais de quoi doute-t-on&nbsp;? De son caract&egrave;re r&eacute;aliste&nbsp;? Le cin&eacute;ma et l'art en g&eacute;n&eacute;ral ont-t-il pour imp&eacute;ratif de repr&eacute;senter des histoires d'amour r&eacute;alistes&nbsp;? Non. Mais alors un film sur la banlieue, si&nbsp;? Et pourquoi donc, Mr. Chekkat, je vous le demande. Et si ce n'est pas le r&eacute;alisme qui est mis en doute, qu'est-ce donc alors&nbsp;? Myst&egrave;re. La cit&eacute; dans laquelle se d&eacute;roule l'intrigue est, elle, tax&eacute;e d'&laquo;<em>&nbsp;improbable</em>&nbsp;&raquo; (m&ecirc;me critique donc, puisqu'il s'agit d'attaquer le r&eacute;alisme de la cit&eacute;, d&eacute;cor de l'histoire d'amour &laquo;&nbsp;<em>douteuse</em>&nbsp;&raquo;, et du reste du film). Le plus scandaleux aux yeux de notre chroniqueur visiblement, c'est pourtant cela &nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>trois jeunes femmes ont pour unique pr&eacute;occupation de se faire de l'argent</em>&nbsp;&raquo;, alors l&agrave;, voila la morale frapp&eacute;e en plein c&oelig;ur. Comment &ccedil;a, des femmes de banlieue qui r&ecirc;vent d'argent&nbsp;? A-t-on bien vu et entendu&nbsp;? Pour Mr. Chekkat, r&ecirc;ver d'argent, c'est moche, ou plut&ocirc;t <em>sale</em>, comme il le dit. C'est un postulat tr&egrave;s contestable, et un peu hypocrite aussi. Il semblerait que r&ecirc;ver d'argent, aujourd'hui, soit plut&ocirc;t commun, et pas tr&egrave;s original. Ce qui me turlupine plus encore, c'est que derri&egrave;re ce constat outr&eacute;, il s'agit en fait pour Mr. Chekkat de dire que les jeunes noires et arabes, quand elles sont repr&eacute;sent&eacute;es &agrave; l'&eacute;cran, devraient avoir des aspirations plus pures. N'ont elles pas le droit elles aussi de r&ecirc;ver d'argent, de fric, de thune, de flouz, de bif, pour avoir une vie meilleure, comme beaucoup d'entre nous, Mr. Chekkat&nbsp;?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, les personnages f&eacute;minins de <em>Divines</em> ne manquent pas de noblesse. Plus encore, cette question nous ram&egrave;ne &agrave; un probl&egrave;me fondamental qui projette son ombre sur toute la r&eacute;flexion de notre chroniqueur&nbsp;: en Dounia et sa meilleure amie, Ma&iuml;mouna, celui-ci ne voit qu'une chose, qui l'aveugle&nbsp;: elles sont noires et arabes. La r&eacute;ussite de <em>Divines</em>, c'est pr&eacute;cis&eacute;ment de ne pas raconter la saga d'une femme noire et d'une femme arabe en banlieue, mais de deux jeunes adolescentes immatures et pleines de fougue qui r&ecirc;vent de renverser ce qui les entoure, pr&ecirc;tes &agrave; tout pour s'&eacute;chapper de leur condition sociale (et, de fait, elles sont racis&eacute;es et banlieusardes). Qu'est-ce qui est &laquo;&nbsp;le plus&nbsp;&raquo; constitutif de leur identit&eacute;&nbsp;? Etre femme&nbsp;? Racis&eacute;e&nbsp;? Banlieusarde&nbsp;? Adolescentes&nbsp;? Fran&ccedil;aises&nbsp;? Pauvres&nbsp;? Comme beaucoup d'adolescents, Ma&iuml;mouna et surtout Dounia, sont anim&eacute;es puissamment par un sentiment d'injustice qui leur donne envie de tout cramer. C'est au nom d'un certain f&eacute;minisme que Mr. Chekkat fustige <em>Divines</em> sans aucune d&eacute;licatesse. Je condamne le fait de ne voir en elles que des &laquo;&nbsp;racis&eacute;es&nbsp;&raquo; de &laquo;&nbsp;banlieue&nbsp;&raquo; ce qui est une fa&ccedil;on de n&eacute;gliger la dimension bien plus grande d'un film qui raconte, pour reprendre les mots de la r&eacute;alisatrice, l'&nbsp;&laquo;&nbsp;<em>&eacute;ducation sentimentale&nbsp;</em>&raquo; de son personnage principal.<br /><br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/divines2_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Plus loin, le chroniqueur semble se rattraper en r&eacute;alisant que la vraisemblance du film importe peu, conc&eacute;dant qu'il s'agit d'une &laquo;&nbsp;<em>&oelig;uvre de fiction</em>&nbsp;&raquo; et non d'un &laquo;&nbsp;<em>documentaire</em>&nbsp;&raquo;. C'est bien le seul point sur lequel Mr. Chekkat et moi sommes d'accord. Op&eacute;rant alors un virage dans son argumentation, il ass&egrave;ne que ce n'est pas le r&eacute;alisme du film qu'il faut fustiger, (ce qu'il n'a quand m&ecirc;me pas pu s'emp&ecirc;cher de faire) mais plut&ocirc;t &laquo;&nbsp;<em>l'intention de la r&eacute;alisatrice</em>&nbsp;&raquo; :&nbsp; &laquo;&nbsp;<em>Des femmes qui doivent se faire une place dans un univers masculin ultra violent, on a d&eacute;j&agrave; vu &ccedil;a des dizaines de fois au cin&eacute;ma.&nbsp;</em>&raquo; Mais comment le sujet est-il trait&eacute; dans <em>Divines</em>, avec quels moyens narratifs et cin&eacute;matographiques&nbsp;? Mr. Chekkat n'entre jamais dans les d&eacute;tails de la construction, &agrave; proprement parler, du film. &laquo;&nbsp;<em>Quel est l'int&eacute;r&ecirc;t aujourd'hui de nous montrer les p&eacute;rip&eacute;ties des dealeuses qui imposent leur loi au quartier et font jeu &eacute;gal en mati&egrave;re de violence avec les hommes&nbsp;?</em>&nbsp;&raquo; se demande-t-il encore&nbsp;? Le m&ecirc;me int&eacute;r&ecirc;t que celui de montrer des p&eacute;rip&eacute;ties de dealers hommes, et le m&ecirc;me int&eacute;r&ecirc;t encore que de montrer des p&eacute;rip&eacute;ties tout court, il me semble, ce qui est plut&ocirc;t fr&eacute;quent dans l'art en g&eacute;n&eacute;ral. Je me demande d'ailleurs pourquoi &laquo;&nbsp;<em>montrer les p&eacute;rip&eacute;ties des dealeuses qui imposent leur loi au quartier et font jeu &eacute;gal en mati&egrave;re de violence avec les hommes&nbsp;</em>&raquo; est si probl&eacute;matique. Pas parce que &ccedil;a manque de r&eacute;alisme donc, si l'on suit le d&eacute;veloppement de l'argumentaire du chroniqueur qui affirme que le r&eacute;alisme n'est pas la question. Parce que les femmes noires et arabes m&eacute;ritent d'&ecirc;tre repr&eacute;sent&eacute;es autrement, en personnages &laquo;&nbsp;moraux&nbsp;&raquo;, ni vulgaires ni obsc&egrave;nes, donc ?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;Il convient d&egrave;s lors de se demander ce qui aux yeux de Mr. Chekkat fait de Dounia, Ma&iuml;mouna et Rebecca des personnages &laquo;&nbsp;vulgaires&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;obsc&egrave;nes&nbsp;&raquo;&nbsp;: serait-ce leur fascination pour l'argent, ou encore leurs fr&eacute;quents jurons, combin&eacute; &agrave; leur rouge &agrave; l&egrave;vres rouge vif et &agrave; leurs robes moulantes quand elles s'incrustent dans une soir&eacute;e mondaine&nbsp;? La force de <em>Divines</em>, c'est de traiter ces personnages de jeunes filles au-del&agrave; du fait qu'elles soient racis&eacute;es, et c'est cela au fond qui f&acirc;che peut-&ecirc;tre notre chroniqueur. Combattre pour plus de justice pour les racis&eacute;-e-s signifie-t-il qu'il faille se cantonner &agrave; une repr&eacute;sentation &laquo;&nbsp;positive&nbsp;&raquo; et sympathique des noirs et des arabes&nbsp;? Et d'ailleurs est-on bien s&ucirc;r que ces personnages soient si antipathiques&nbsp;? Trait&eacute;es avec tendresse, autant dans le fond que dans la forme, Dounia, Ma&iuml;mouna et m&ecirc;me Rebecca la dealeuse sans piti&eacute;, sont berc&eacute;es de contradictions profond&eacute;ment humaines qui les rendent, non seulement admirables dans leur rage de vivre, mais aussi extr&ecirc;mement attachantes. La cam&eacute;ra rend justice &agrave; cet &eacute;clat dont elles sont toutes trois empreintes. &laquo;&nbsp;<em>Quel est le propos de Houda Benyamina et quel public ce propos vise-t-il&nbsp;? En un mot, pour qui ces filles sont elles divines&nbsp;?</em>&nbsp;&raquo; s'interroge encore Mr. Chekkat. Le titre du film, <em>Divines</em>, renvoie selon les propos de la r&eacute;alisatrice &agrave; l'importance du spirituel qui impr&egrave;gne le film&nbsp;: illustr&eacute; par la pregnance de la religion et des tiraillements qu'elle suscite en Dounia et Ma&iuml;mouna, mais aussi par des questionnements plus m&eacute;taphysiques qui traversent les deux amies en qu&ecirc;te de sens. &laquo;&nbsp;<em>Divines</em>&nbsp;&raquo; elles le sont, parce que profond&eacute;ment vivantes jusqu'au bout, et leurs rires et leurs sanglots, film&eacute;s de pr&egrave;s, cr&egrave;vent l'&eacute;cran et le coeur.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;<em>Parce qu'il est r&eacute;alis&eacute; et interpr&eacute;t&eacute; par des Arabes et des Noires et qu'il traite d'un sujet de soci&eacute;t&eacute;, le film a &eacute;t&eacute; qualifi&eacute; d'oeuvre courageuse,&nbsp; progressiste, et m&ecirc;me f&eacute;ministe. Un f&eacute;minisme que viendrait illustrer la fameuse r&eacute;plique &laquo;&nbsp;T'as du clitoris, j'aime bien&nbsp;!&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;&raquo; C'est pr&eacute;cis&eacute;ment, pour le chroniqueur, parce qu'il est r&eacute;alis&eacute; et interpr&eacute;t&eacute; par des racis&eacute;es que le film <em>aurait du </em>&ecirc;tre diff&eacute;rent. C'est l&agrave; la faille la plus flagrante de l'argumentation de Mr. Chekkat, obs&eacute;d&eacute; par ce que devrait &ecirc;tre une bonne repr&eacute;sentation des femmes racis&eacute;-e-s et donnant par l&agrave;, au passage, une le&ccedil;on morale &laquo;&nbsp;d'homme &agrave; femme racis&eacute;e&nbsp;&raquo; plut&ocirc;t cocasse. Selon moi, <em>Divines</em> parle de la banlieue comme d'une toile dans laquelle quand on est pris, il est presqu'impossible de sortir, quelle que soit la puissance avec laquelle on se d&eacute;bat, ce qui est le cas, d'ailleurs, de tous les &laquo;&nbsp;ghettos&nbsp;&raquo; quels qu'ils soient. Que les personnages masculins soient presque absents dans le film, comme le note le chroniqueur, n'est pas un argument pour faire du film un film &laquo;&nbsp;f&eacute;ministe&nbsp;&raquo;, c'est vrai. Au-del&agrave; de la fameuse r&eacute;plique du personnage de Rebecca, &laquo;&nbsp;T'as du clitoris, j'aime bien&nbsp;!&nbsp;&raquo;, dont la r&eacute;alisatrice revendique la maternit&eacute;, dans <em>Divines</em> s'op&egrave;re un ind&eacute;niable renversement des attributs de la &laquo;&nbsp;masculinit&eacute;&nbsp;&raquo; et de la &laquo;&nbsp;f&eacute;minit&eacute;&nbsp;&raquo; tels qu'ils sont construits et ancr&eacute;s dans notre soci&eacute;t&eacute;. Le paysage est presque lav&eacute; de la pr&eacute;sence masculine, les filles &ndash; et femmes &ndash; sont d&eacute;termin&eacute;es dans les qu&ecirc;tes qu'elles accomplissent sans les hommes, tandis que la seule histoire d'amour du film na&icirc;t (et ce n'est pas par hasard) entre un jeune homme blanc passionn&eacute; par la danse, que le personnage principal, Dounia, observe dans la posture de &laquo;&nbsp;voyeur&nbsp;&raquo;, dans un renversement du clich&eacute; on ne peut plus clair. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment en cela aussi que <em>Divines</em> est un film pr&eacute;cieux et politique&nbsp;: les hommes sont relay&eacute;s au second plan, ils sont accessoires, sortent du domaine du n&eacute;cessaire, de l'<em>essentiel</em>, et &ccedil;a fait du bien.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;<em>L'inversion des genres n'est qu'apparente. Rebecca, Ma&iuml;mouna et Dounia se comportent en r&eacute;alit&eacute; comme des caricatures de dealeurs de banlieue. Elles s'ach&egrave;tent des Air Max et r&ecirc;vent de beaux mecs (blonds), de Ferrari et de vacances &agrave; Phuket.</em>&nbsp;&raquo; &eacute;crit encore Mr. Chekkat. Qu'est-ce qui est si d&eacute;rangeant dans la repr&eacute;sentation de filles qui r&ecirc;vent d'Air Max et de mecs&nbsp; bodybuild&eacute;s&nbsp;? Le plus ali&eacute;n&eacute; d'entre tous n'est-ce pas celui qui s'insurge que des filles qui r&ecirc;vent aux m&ecirc;mes choses que certains gar&ccedil;ons&nbsp;? Que cette repr&eacute;sentation du r&ecirc;ve de banlieusard soit caricaturale, pourquoi pas, mais n'est-ce pas justement une partie de la jouissance que procure le film, que de voir ces filles capables de s'offrir tous les clich&eacute;s dont elles r&ecirc;vent comme leurs confr&egrave;res de la cit&eacute;&nbsp;? Aurait-il &eacute;t&eacute; plus &laquo;&nbsp;f&eacute;ministe&nbsp;&raquo; qu'elles r&ecirc;vent d'acheter un appartement et de partir en vacances dans un g&icirc;te en Vend&eacute;e, pour &laquo;&nbsp;briser les clich&eacute;s&nbsp;&raquo;&nbsp;? Si le chroniqueur consid&egrave;re que la r&eacute;alisatrice &laquo;&nbsp;<em>exotise</em>&nbsp;&raquo; les personnages de <em>Divines</em>, il est int&eacute;ressant de se demander &agrave; nouveau en quoi il est &laquo;&nbsp;exotisant&nbsp;&raquo; de r&ecirc;ver de Ferrari et d'Air max et si ces r&ecirc;ves l&agrave; sont seulement ceux des racis&eacute;-e-s de banlieue, ou bien plut&ocirc;t des r&ecirc;ves codifi&eacute;s port&eacute;s par toute une jeunesse fran&ccedil;aise, et toute une g&eacute;n&eacute;ration. Ind&eacute;pendamment des trois personnages de jeunes filles, &laquo;&nbsp;l<em>es seules figures f&eacute;minines que donnent &agrave; voir la r&eacute;alisatrice sont une fonctionnaire d&eacute;pressive, une prostitu&eacute;e et une sorci&egrave;re</em>&nbsp;&raquo;, r&eacute;sume grossi&egrave;rement Mr. Chekkat, d&eacute;signant par la la prof de lyc&eacute;e exasp&eacute;r&eacute;e que l'on voit tenter de canaliser la rage de Dounia sans succ&egrave;s, la m&egrave;re de Dounia (qualifi&eacute;e de &laquo;&nbsp;<em>prostitu&eacute;e</em>&nbsp;&raquo; parce qu'elle a des relations sexuelles avec plusieurs hommes dans le film, sans qu'&agrave; aucun moment soit mentionn&eacute; le fait qu'il s'agisse de relations tarif&eacute;es&nbsp;; raccourci int&eacute;ressant, donc) et la m&egrave;re de Ma&iuml;mouna, qualifi&eacute;e de &laquo;&nbsp;sorci&egrave;re&nbsp;&raquo; au pr&eacute;texte que Ma&iuml;mouna &eacute;voque les &laquo;&nbsp;sorts&nbsp;&raquo; que celle-ci lui aurait jet&eacute;e pour la punir. Ce qui se dit l&agrave; encore entre les lignes de cette chronique, c'est que les femmes ne devraient pas &ecirc;tre repr&eacute;sent&eacute;es si <em>laides&nbsp;</em>; d&eacute;pressives, l&eacute;g&egrave;res, ou encore inqui&eacute;tantes. Ces personnages de femmes adultes, asphixiant dans la mis&egrave;re &eacute;conomique et sociale dans laquelle elles progressent au ralenti, sont avant tout fragiles. C'est cette fragilit&eacute; l&agrave; que l'on retrouve aussi chez Dounia, Ma&iuml;mouna et Rebecca, les trois adolescentes. Qu'aucun &laquo;&nbsp;<em>r&ocirc;le f&eacute;minin positif</em>&nbsp;&raquo; ne soit mis en avant peut nous pousser &agrave; nous demander, une fois de plus, pourquoi un film devrait nous imposer des mod&egrave;les et surtout qui est l&eacute;gitime pour d&eacute;finir les crit&egrave;res de cette &laquo;&nbsp;mod&eacute;lit&eacute;&nbsp;&raquo;.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/divines5_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">&laquo;&nbsp;<em>Si un Blanc s'&eacute;tait amus&eacute; &agrave; compiler autant de clich&eacute;s racistes et sexistes dans un long-m&eacute;trage, &agrave; faire preuve d'une telle complaisance vis-&agrave;-vis de la violence, constamment euph&eacute;mis&eacute;e et esth&eacute;tis&eacute;e, beaucoup auraient cri&eacute; au scandale.</em>&nbsp;&raquo; Le probl&egrave;me de la r&eacute;ception de <em>Divines</em> n'est pas seulement qu'il est re&ccedil;u exclusivement comme un film sur la banlieue, mais aussi qu'il est re&ccedil;u exclusivement comme un film sur la banlieue <em>r&eacute;alis&eacute; par une femme racis&eacute;e de banlieue</em>. Cette incapacit&eacute; &agrave; recevoir l'oeuvre ind&eacute;pendamment de l'individu qui en est l'auteur, voire de ses intentions affich&eacute;es ou fantasm&eacute;es, doit h&eacute;las faire se retourner Barthes, Foucault et tous les autres, dans leur tombes. En d&eacute;pit des attaques personnelles faites &agrave; la r&eacute;alisatrice, c'est enfin la &laquo;&nbsp;le&ccedil;on&nbsp;&raquo; &agrave; tirer de <em>Divines</em> qu'il faut condamner selon le chroniqueur, puisque le &laquo;&nbsp;message&nbsp;&raquo; adress&eacute; aux racis&eacute;-e-s serait &agrave; ses yeux que le &laquo;&nbsp;<em>ticket d'entr&eacute;e {dans le monde du cin&eacute;ma}consiste le plus souvent &agrave; cracher sur sa communaut&eacute;, &agrave; r&eacute;pondre au cahier des charges raciste et sexiste&nbsp;</em>&raquo;. Analyse finale aberrante, qui n&eacute;glige tout ce qui fait que <em>Divines</em> est une &oelig;uvre d'art et non pas un pamphlet politique, un film et non pas un &laquo;&nbsp;message&nbsp;&raquo;. R&eacute;duire ce long-m&eacute;trage bien rythm&eacute;, &agrave; l'intrigue haletante et aux actrices admirablement dirig&eacute;es &agrave; un &laquo;&nbsp;crachat&nbsp;&raquo;, est &agrave; la fois extr&ecirc;mement violent et criant de mauvaise foi. Il n'en demeure pas moins que <em>Divines</em> a boulevers&eacute; le public parce qu'il raconte une histoire qui fonctionne, qui nous prend aux tripes, et nous laisse un peu de cette rage qui &eacute;clabousse l'&eacute;cran.<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cl&eacute;o Cohen<br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'Amour Est-Il Mort?]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/lamour-est-il-mort]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/lamour-est-il-mort#comments]]></comments><pubDate>Wed, 15 Feb 2017 13:19:45 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/lamour-est-il-mort</guid><description><![CDATA[    Gli Amanti Magritte   "Tomber amoureux, c'est rendre du relief aux choses, s'incarner dans l'&eacute;paisseur du monde." La soci&eacute;t&eacute; actuelle dans son ensemble est "hypersentimentale", mettant l'amour &agrave; toutes les sauces, s'imagine m&ecirc;me pouvoir devenir "une soci&eacute;t&eacute; de fr&egrave;res et d'amants".Finalement, nous dit Pascal Bruckner, personne n'a gagn&eacute; : ni ceux qui pr&eacute;tendaient lib&eacute;rer le d&eacute;sir sexuel, ni les d&eacute;fenseur [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/gliamanti-magritte_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Gli Amanti Magritte</div> </div></div>  <div class="paragraph"><em>"Tomber amoureux, c'est <a target="_blank" href="http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/troisieme-groupe/rendre/">rendre</a> du relief aux choses, s'<a target="_blank" href="http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/incarner/">incarner</a> dans l'&eacute;paisseur du <a href="http://www.lemonde.fr/afrique-monde/">monde</a>."</em> La soci&eacute;t&eacute; actuelle dans son ensemble est <em>"hypersentimentale"</em>, mettant l'amour &agrave; toutes les sauces, s'imagine m&ecirc;me <a target="_blank" href="http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/troisieme-groupe/pouvoir/">pouvoir</a> <a target="_blank" href="http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/troisieme-groupe/devenir/">devenir</a> <em>"une soci&eacute;t&eacute; de fr&egrave;res et d'amants"</em>.<br /><br />Finalement, nous dit Pascal Bruckner, personne n'a gagn&eacute; : ni ceux qui pr&eacute;tendaient <a target="_blank" href="http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/lib%C3%A9rer/">lib&eacute;rer</a> le d&eacute;sir sexuel, ni les d&eacute;fenseurs des bonnes moeurs qui escomptaient nous <a target="_blank" href="http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/ramener/">ramener</a> au statu quo ante. Si la volont&eacute; de faire table rase a &eacute;chou&eacute;, les plus r&eacute;trogrades ont &eacute;t&eacute; affect&eacute;s, eux aussi, par le changement. Chacun de nous r&eacute;unit les exp&eacute;riences de toutes les &eacute;poques : du libertinage du XVIIIe si&egrave;cle &agrave; la r&eacute;volution sexuelle du XXe, en passant par le romantisme du XIXe. <em>"La nouvelle femme est peut-&ecirc;tre l'addition de toutes les figures apparues au cours de l'<a href="http://www.lemonde.fr/histoire/">Histoire</a> : beaut&eacute; v&eacute;n&eacute;neuse et vierge froide, vamp perverse et m&egrave;re aimante, midinette et meneuse d'homme..."</em><br /><br /><strong><font size="5">L'Echec du mariage d'amour</font></strong><br /><br />Dans le mariage classique, l&rsquo;amour et la volupt&eacute; &eacute;taient bannis. Nos anc&ecirc;tres estimaient que le d&eacute;sir et le sentiment &eacute;taient trop fragiles pour fonder une union durable. Ils &eacute;taient moins prudes que prudents. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;amour est devenu obligatoire. La sexualit&eacute; est m&ecirc;me le barom&egrave;tre de la sant&eacute; du couple. Comme l&rsquo;&eacute;crivait d&eacute;j&agrave; Engels, dans <em>Les Origines de la famille</em><em>&thinsp;:</em> <em>&laquo;&nbsp;Seul le mariage d&rsquo;amour est moral et seul l&rsquo;est aussi le mariage o&ugrave; l&rsquo;amour persiste.&nbsp;&raquo;</em> Au XIXe&nbsp;si&egrave;cle, il y avait du courage &agrave; c&eacute;l&eacute;brer les vertus du sentiment dans un monde adonn&eacute; au culte de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t. &Agrave; notre &eacute;poque, c&rsquo;est une banalit&eacute;&thinsp;: l&rsquo;amour devait apporter la solution, il est devenu un probl&egrave;me. Le d&eacute;sir comme le c&oelig;ur sont soumis au r&eacute;gime de l&rsquo;intermittence. Le mariage fond comme peau de chagrin depuis 1970 (de 400&thinsp;000&nbsp;&agrave; 250&thinsp;000&nbsp;unions c&eacute;l&eacute;br&eacute;es, lesquelles finiront pour moiti&eacute; en divorces). Et si le concubinage et le pacs sont pl&eacute;biscit&eacute;s, c&rsquo;est qu&rsquo;ils proposent un lien r&eacute;vocable &agrave; tout instant. Nous voulons les avantages du couple sans les cons&eacute;quences qu&rsquo;il entra&icirc;ne.<br /><br /><font size="5"><strong>La fin du lien familial? </strong></font><br /><br />L&rsquo;enfant n&rsquo;est pas soumis &agrave; cette nature pl&eacute;biscitaire de l&rsquo;affection conjugale. On l&rsquo;aime d&rsquo;un amour inconditionnel. S&rsquo;il y a un nouveau d&eacute;sordre familial, il se trouve l&agrave;&thinsp;: dans le contraste entre la fragilit&eacute; du sentiment amoureux et la solidit&eacute; de la filiation. La sacralit&eacute; r&eacute;side dans le lien familial, la versatilit&eacute;, dans le lien conjugal. Lors d&rsquo;un divorce, l&rsquo;enfant est souvent l&rsquo;otage des dissensions. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;importance de r&eacute;ussir sa rupture autant que son mariage. Dans les familles recompos&eacute;es, la difficult&eacute; est de cohabiter avec les rejetons du nouveau conjoint, de sympathiser avec les ex. Ces fratries, pr&eacute;sent&eacute;es comme un mod&egrave;le d&rsquo;harmonie, me font penser aux appartements collectifs sovi&eacute;tiques o&ugrave; les gens &eacute;taient entass&eacute;s ensemble, contraints de faire bonne figure. Ce n&rsquo;est d&eacute;j&agrave; pas simple de supporter les siens &agrave; temps complet. Et ces nouvelles tribus &eacute;largies font peser sur les &eacute;paules de chacun des responsabilit&eacute;s accrues. Famille, je vous aime, mais pas tous les jours&hellip; La famille autoritaire nous soumettait &agrave; la loi d&rsquo;un tyran domestique, mais elle avait le b&eacute;n&eacute;fice de d&eacute;signer le chemin de la r&eacute;volte. Avec la famille d&rsquo;amour, c&rsquo;est plus compliqu&eacute;&thinsp;: comment se r&eacute;volter contre un c&acirc;lin&thinsp;?<br /><br /><font size="5"><strong>Quelles rem&egrave;des? </strong></font><br /><br />Nous devons apprendre &agrave; dissocier la famille et le couple. Parce que ce sont des r&eacute;gimes sentimentaux diff&eacute;rents. La construction de la famille est un acte qui engage compl&egrave;tement. On aime plusieurs fois dans sa vie. Mais on ne renie plus ses enfants comme au temps de Rousseau. On les choisit, on les ch&eacute;rit avant m&ecirc;me qu&rsquo;ils ne viennent au monde. En revanche, le couple est un dialogue constant entre la raison et les passions, entre l&rsquo;attachement &agrave; une personne pr&eacute;cise et la versatilit&eacute; du d&eacute;sir. Si l&rsquo;amour veut br&ucirc;ler, qu&rsquo;il s&rsquo;abandonne tout entier au d&eacute;sordre des sens, qu&rsquo;il se consume en quelques jours, quelques mois. S&rsquo;il veut durer, il doit consentir au temps, se b&acirc;tir &agrave; partir du quotidien et non contre lui. Aujourd&rsquo;hui, nous sommes sous l&rsquo;emprise du mythe fusionnel : nous aimons l&rsquo;amour plus que les &ecirc;tres. Si l&rsquo;autre ne vous inspire plus, il est coupable, vous le cong&eacute;diez sur le champ. Mais pourquoi l&rsquo;effervescence des premiers instants ne pourrait-elle se transformer en amiti&eacute; amoureuse ? Pourquoi ne pourrait-on cloisonner sa vie en diff&eacute;rents compartiments ? Vivre ensemble et s&eacute;par&eacute;s, recr&eacute;er une utopie intelligente de la distance ? En l&rsquo;absence d&rsquo;un mod&egrave;le et d&rsquo;un contre-mod&egrave;le faisant autorit&eacute;, il revient &agrave; chaque couple d&rsquo;emprunter toutes les recettes de sagesse disponibles. Enfin, en un temps qui c&eacute;l&egrave;bre la passion sauvage, je plaide pour assujettir les &eacute;lans du c&oelig;ur et de la chair au principe de d&eacute;licatesse. Pardonnons-nous nos faiblesses r&eacute;ciproques, ne nous blessons pas inutilement. Gardons-nous de ce travers contemporain : la muflerie.<br /><br />Pascal Brukner<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA["Proche de dieu loin des réacs" ]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/-proche-de-dieu-loin-des-reacs-le-temoignage-dune-jeune-catholique-favorable-au-mariage-pour-tous]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/-proche-de-dieu-loin-des-reacs-le-temoignage-dune-jeune-catholique-favorable-au-mariage-pour-tous#comments]]></comments><pubDate>Fri, 03 Feb 2017 10:41:24 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/-proche-de-dieu-loin-des-reacs-le-temoignage-dune-jeune-catholique-favorable-au-mariage-pour-tous</guid><description><![CDATA[       Anne Marie&nbsp;Premier jour de stage, je rencontre l'&eacute;quipe de stagiaires avec qui je vais partager six mois dans un petit bureau de la place parisienne. Lucas, grande gueule, d&eacute;tente, je sens qu'on va &ecirc;tre copains et Anne Marie, trop &agrave; l'aise et brusque. Elle se pr&eacute;sente comme la reine des stagiaires. Tu comprends on est une grosse bande de stagiaires, on se fait tout le temps des soir&eacute;es, tu vas te plaire ici. La premi&egrave;re semaine passe, l [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/catho_orig.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong>Anne Marie</strong><br />&nbsp;<br />Premier jour de stage, je rencontre l'&eacute;quipe de stagiaires avec qui je vais partager six mois dans un petit bureau de la place parisienne. Lucas, grande gueule, d&eacute;tente, je sens qu'on va &ecirc;tre copains et Anne Marie, trop &agrave; l'aise et brusque. Elle se pr&eacute;sente comme la reine des stagiaires. Tu comprends on est une grosse bande de stagiaires, on se fait tout le temps des soir&eacute;es, tu vas te plaire ici. La premi&egrave;re semaine passe, le travail est exigeant, les horaires lourdes mais le sujet passionnant.<br />&nbsp;<br />Au fil des pauses caf&eacute;, je commence &agrave; me faire une id&eacute;e plus pr&eacute;cise de mes deux coll&egrave;gues. Anne Marie porte une imposante chevali&egrave;re dor&eacute;e clinquante sur son auriculaire. Gloups. Quelle faute de go&ucirc;t, le genre noblesse de la derni&egrave;re heure, je ne raffole pas. Surtout, qu'Anne Marie vient d'un milieu modeste en banlieue. Besoin de para&icirc;tre. Elle me raconte que ses meilleures copines se marient cet &eacute;t&eacute;. Gloups. 21 ans, mariage arrang&eacute;, press&eacute;.<br />&nbsp;<br />Un soir, elle m'ajoute sur Twitter. J'avais d&eacute;j&agrave; re&ccedil;u une demande d'amiti&eacute; facebook le jour de mon arriv&eacute;e. Un poil oppressant. Je parcours son fil de tweets. Elle joue dans la cathosph&egrave;re, retweete paroles de pr&ecirc;tres et <em>punchlines</em> d'abb&eacute;s.<br />&nbsp;<br />Et puis, un matin, Anne Marie arrive au bureau et d&eacute;pose sa bible &agrave; quelques centim&egrave;tres de mon clavier. GLOUPS.<br />&nbsp;<br />Soudain, contexte oblige, je me mets &agrave; imaginer Anne Marie &agrave; la t&ecirc;te d'un de ces groupes qu'on a vu d&eacute;filer en 2013 au nom de la Manif pour tous. Banni&egrave;res &agrave; l'&eacute;paule, panneaux sous le bras, &eacute;talage de rose et bleu, criant les slogans lanc&eacute;s au micro par la Barjot. Cette pens&eacute;e m'agace. Pourquoi le lien entre foi catholique et Manif pour tous me parait-il si &eacute;vident ?<br />&nbsp;<br />Pourtant, &agrave; quelques jours du retour du gang des Barjots dans la rue, Anne Marie explique qu&rsquo;elle entend bien se rendre au rassemblement avec toute sa famille. Parce qu&rsquo;il faut d&eacute;fendre les enfants. Anne Marie ou le jumeau mal&eacute;fique de Frigide.<br />&nbsp;<br />Je passerais ici l&rsquo;argumentaire naus&eacute;abond d&rsquo;une Anne Marie partie en croisade contre son bon sens et ses pr&eacute;cieuses valeurs chr&eacute;tiennes. Car Anne Marie, tu te trompes&nbsp;: reconna&icirc;tre &agrave; tous le droit de se marier est une marque de tol&eacute;rance, d'amour et d'acceptation, des valeurs chr&eacute;tiennes, pr&eacute;cis&eacute;ment.<br />&nbsp;<br />Je veux convaincre Anne Marie que l'ouverture du mariage aux homosexuels n'est pas une menace pour sa foi mais une fa&ccedil;on de d&eacute;fendre les valeurs chr&eacute;tiennes. Forte de mes 18 ann&eacute;es d'&eacute;tudes pass&eacute;es dans un lyc&eacute;e priv&eacute; catholique, voici donc ce que j&rsquo;aimerais r&eacute;pondre &agrave; une Anne Marie en puissance&nbsp;:<br />&nbsp;<br /><strong>Prot&eacute;geons les enfants</strong><br />&nbsp;<br />Commen&ccedil;ons par les arguments "antis". Au c&oelig;ur de l&rsquo;argumentation de la Manif pour tous, il y a le souci de prot&eacute;ger les enfants. Les prot&eacute;ger de qui ? de quoi ? La protection des enfants est un argument malin parce que f&eacute;d&eacute;rateur. Quoi de plus adorable et fragile qu'un nourrisson. Cet argument place, a contrario, les opposants de la manif pour tous dans un r&ocirc;le de pers&eacute;cuteurs d'enfants. Une rh&eacute;torique d&eacute;magogique et pernicieuse.<br />&nbsp;<br /><strong>La th&eacute;orie du genre</strong><br />&nbsp;<br />Un p&egrave;re et une m&egrave;re donc, sont seuls n&eacute;cessaires au bon d&eacute;veloppement de l'enfant affirment les "antis" au nom de la protection des enfants &agrave; na&icirc;tre. A cela, certains r&eacute;pondent par la th&eacute;orie du genre. Qu'est-ce qu'un homme ? Qu'est-ce qu'une femme ? Si l'identit&eacute; sexuelle n'est qu'une construction sociale, si les codes de la f&eacute;minit&eacute; et de la virilit&eacute; sont superficiels, archa&iuml;ques et paternalistes, alors l'homme et la femme ne sont pas fondamentalement diff&eacute;rents. Et, avoir un m&egrave;re, un p&egrave;re, deux m&egrave;res ou deux p&egrave;res, cela reviendrait finalement au m&ecirc;me. Autant le dire tout de suite, je ne suis pas d'accord. Un homme, une femme, c'est diff&eacute;rent et c'est tant mieux. Donc non, avoir un p&egrave;re, une m&egrave;re, deux m&egrave;res ou deux p&egrave;res, ce sont des situations chaque fois diff&eacute;rentes. Pas mieux, pas moins bien, juste diff&eacute;rentes.<br />&nbsp;<br /><strong>L'argument du "moins pire que"</strong><br />&nbsp;<br />Hi&eacute;rarchiser ces situations n&rsquo;a pas de sens&nbsp;: aujourd&rsquo;hui, dans le hit-parade des familles, les familles h&eacute;t&eacute;ros devancent les familles homos, qui devancent les familles d&eacute;compos&eacute;es, qui devancent les familles pourries. Et en derni&egrave;re position pas de famille du tout. Non. Juste non.<br />&nbsp;<br />Certains affirment qu'un enfant pr&eacute;f&eacute;rera toujours &ecirc;tre &eacute;lev&eacute; par deux hommes que par un alcoolique et une m&egrave;re absente, qu'un orphelin pr&eacute;f&eacute;rera toujours des parents, m&ecirc;mes homos, que la solitude des foyers sociaux. Cette comparaison en forme de "moins pire que" n'est pourtant pas la r&eacute;ponse.<br />&nbsp;<br />Je suis convaincue que chaque famille est unique, car compos&eacute;e de plusieurs personnalit&eacute;s qui cr&eacute;ent ensemble des liens tr&egrave;s personnels. Ma famille ne ressemble &agrave; aucune autre. Elle a ses inconv&eacute;nients et ses avantages. La comparaison entre familles h&eacute;t&eacute;ro-parentales et homoparentales ne peut pas prendre la forme du "moins pire que". Il y a du bon et du moins bon &agrave; chaque situation et ce n'est pas mieux en soi d'avoir un p&egrave;re et une m&egrave;re, aussi parfaite la famille du bonheur puisse-t-elle para&icirc;tre.<br />&nbsp;<br /><strong>Une famille en or</strong><br />&nbsp;<br />Na&icirc;tre dans une famille homoparentale, vient avec une s&eacute;rie d'inconv&eacute;nients : discrimination, sentiment d'&ecirc;tre diff&eacute;rent, discrimination, moquerie, discrimination (encore)... Mais ces familles sont aussi pleines d'avantages. Oui oui des avantages. D'abord il y a l'ouverture d'esprit, la tol&eacute;rance et l'acceptation des autres. Mais aussi le respect et l'amour. Je m'explique. &nbsp;<br />&nbsp;<br />Un enfant qui na&icirc;t avec deux m&egrave;res ou deux p&egrave;res, apprend tr&egrave;s t&ocirc;t &agrave; comprendre et accepter les diff&eacute;rences. La tol&eacute;rance en somme. Et L'amour. Pourquoi l'amour ? Eh bien parce que pour braver les &eacute;preuves qui ponctuent la d&eacute;marche de fonder une famille, il faut beaucoup (beaucoup) d'amour. Ce parcours sem&eacute; d&rsquo;emb&ucirc;ches est une &eacute;preuve &eacute;motionnelle que seuls des couples suffisamment amoureux, attach&eacute;s et solides parviennent &agrave; traverser. Et cet amour &agrave; toute &eacute;preuve, transmet aux enfants un mod&egrave;le de couple, aimant et &eacute;quilibr&eacute;. Rien que &ccedil;a.<br />&nbsp;<br /><strong>Le message d'amour</strong><br />&nbsp;<br />Le message de Dieu, je l'ai entendu pendant 18 ans, tous les jeudis au cat&eacute;chisme. Ce que j'ai retenu : Dieu est amour. L'amour aussi original soit-il, suivra toujours le message de Dieu, car Dieu accepte les Hommes pour ce qu'ils sont.<br />&nbsp;<br />J'ai fait un lien h&acirc;tif et faux entre le message chr&eacute;tien et la Manif pour tous. Si la Manif pour tous l&eacute;gitime son discours de haine en l'embaumant de morale chr&eacute;tienne, ce n'est rien d'autre que de la manipulation. Et la manipulation c'est mal. Mathieu 22:38 : Tu n&rsquo;invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.<br />&nbsp;<br /><strong>Hom&eacute;lie</strong><br />&nbsp;<br />Anne Marie,<br />Reconna&icirc;tre &agrave; tous le droit de faire officialiser son amour par le mariage est une fa&ccedil;on d'affirmer le message de Dieu.<br />Reconna&icirc;tre &agrave; des couples qui s'aiment, d'un amour pur et solide, le droit d'avoir des enfants infiniment d&eacute;sir&eacute;s et choy&eacute;s, est la meilleure fa&ccedil;on de porter haut les valeurs chr&eacute;tiennes, de tol&eacute;rance, d'amour et de charit&eacute;.&nbsp;<br /><br />Charlotte Hector<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Monde Arabe: Un passé magnifié qui hante les esprits (2/3)]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/january-23rd-2017]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/january-23rd-2017#comments]]></comments><pubDate>Mon, 23 Jan 2017 14:08:34 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/january-23rd-2017</guid><description><![CDATA[       L&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique est une p&eacute;riode de six si&egrave;cles (VIIIe &ndash; XIIIe) extr&ecirc;mement riche sur les plans scientifique, culturel, philosophique, technologique&hellip;&nbsp;M&ecirc;me contest&eacute;e sur plusieurs points, la grandeur de cette p&eacute;riode fut un catalyseur indispensable pour le d&eacute;veloppement du Moyen Orient, mais aussi de l&rsquo;Occident. Le Moyen-Orient&nbsp;peut-il aujourd&rsquo;hui, ou dans les temps &agrave;&nbsp;venir,  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/published/mondearabe.png?1485180783" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><em>L&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique est une p&eacute;riode de six si&egrave;cles (VIIIe &ndash; XIIIe) extr&ecirc;mement riche sur les </em><em>plans scientifique, culturel, philosophique, technologique&hellip;&nbsp;M&ecirc;me contest&eacute;e sur plusieurs points, la grandeur de cette p&eacute;riode fut un catalyseur indispensable pour le d&eacute;veloppement du Moyen Orient, mais aussi de l&rsquo;Occident. Le Moyen-Orient&nbsp;peut-il aujourd&rsquo;hui, ou dans les temps &agrave;&nbsp;venir, retrouver un semblant d&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or et inspirer le reste du monde, ou est-il condamn&eacute; &agrave; un &Acirc;ge de fer ?</em><br /><br /><br /><a href="http://www.mondorient.com/2016/10/19/le-moyen-orient-contemporain-terreau-dun-nouvel-age-de-fer-13/">M&ecirc;me si la&nbsp;p&eacute;riode travers&eacute;e par le&nbsp;Moyen-Orient peut &ecirc;tre compar&eacute;e &agrave; une relecture de l&rsquo;Age de fer de H&eacute;siode</a>, il est cependant&nbsp;certain que le pass&eacute; magnifi&eacute; de cette r&eacute;gion reste dans les m&eacute;moires. Selon le&nbsp;philosophe, voici &agrave; quoi ressemble un &Acirc;ge d&rsquo;or :<br /><br />&laquo; Les mortels vivaient comme les dieux, ils &eacute;taient libres d&rsquo;inqui&eacute;tudes, de travaux et de<br />souffrances ; [&hellip;] loin de tous les maux, ils se r&eacute;jouissaient au milieu des festins. [&hellip;] La terre fertile&nbsp;produisait d&rsquo;elle-m&ecirc;me d&rsquo;abondants tr&eacute;sors ; libres et paisibles, ils partageaient leurs richesses avec&nbsp;une foule de vertueux amis. &raquo;<br /><br />Il s&rsquo;agit d&rsquo;un &eacute;panouissement personnel coupl&eacute; &agrave; celui de la soci&eacute;t&eacute;, o&ugrave; chaque&nbsp;individu s&rsquo;enrichit paisiblement de ce qu&rsquo;il donne et re&ccedil;oit de la communaut&eacute;. Dans le cas qui nous&nbsp;int&eacute;resse, les synergies qui ont eu lieu entre le VIIIe et XIIIe si&egrave;cle au Moyen-Orient ont pleinement&nbsp;particip&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;laboration de cet &Acirc;ge d&rsquo;or :<br /><br />&laquo;<em> Les artistes et scientifiques musulmans, les princes et&nbsp;les travailleurs ont fabriqu&eacute; ensemble une culture unique qui a directement et indirectement&nbsp;influenc&eacute; les soci&eacute;t&eacute;s sur les autres continents. </em>&raquo; (Howard R. Turner, Science in Medieval Islam)<br /><br />Mais quels sont les h&eacute;ritages de cette p&eacute;riode faste ? Pour les techniques, ce sont le&nbsp;d&eacute;veloppement de la calligraphie, l&rsquo;usage accrue du papier ou encore l&rsquo;&eacute;mergence des arts du feu&nbsp;(verre, m&eacute;tallurgie fine) ; pour les math&eacute;matiques, ce sont le d&eacute;veloppement de la trigonom&eacute;trie&nbsp;moderne, la compr&eacute;hension de l&rsquo;astronomie ou encore la traduction de livres math&eacute;matiques ;&nbsp;pour les arts, ce sont l&rsquo;&eacute;dification de grandes mosqu&eacute;es ou la cr&eacute;ation de nouveaux courants&nbsp;architecturaux.<br /><br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/espagne-maroc-014_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Vue sur le patio de las Doncellas, &agrave; l&rsquo;Alcazar de S&eacute;ville, construit d&egrave;s 844 par les Omeyyades d&rsquo;Espagne, pendant la p&eacute;riode musulmane.</div> </div></div>  <div class="paragraph">Cependant, le plus bel h&eacute;ritage que peut laisser un &Acirc;ge d&rsquo;or, c&rsquo;est justement le concept du&nbsp;legs, l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;il faut le perp&eacute;tuer, le refaire vivre &agrave; tout prix d&egrave;s que l&rsquo;occasion se pr&eacute;sente. Cet&nbsp;h&eacute;ritage peut constituer le vecteur d&rsquo;identit&eacute; d&rsquo;une communaut&eacute; humaine. Il y a donc l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une&nbsp;tradition qui est &agrave; la fois une m&eacute;moire et un projet. En un mot, une conscience collective : le&nbsp;souvenir de ce qui a &eacute;t&eacute;, avec le devoir de le transmettre et de l&rsquo;enrichir.<br /><br />Mais que veut dire h&eacute;riter&nbsp;de l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique ? Comment recevoir et perp&eacute;tuer la tradition comme telle, sans la trahir, si&nbsp;elle engage ceux qui en h&eacute;ritent &agrave; perp&eacute;tuer un pass&eacute; dont le pr&eacute;sent ne veut peut-&ecirc;tre plus, et&nbsp;parfois non sans raison ?<br /><br />Lors des derniers si&egrave;cles, le souvenir de cet &Acirc;ge d&rsquo;or hantait les partisans du panarabisme,&nbsp;les scientifiques exil&eacute;s, les grands hommes politiques ou encore les universitaires, nostalgiques de&nbsp;cette p&eacute;riode ensevelie. Prenons l&rsquo;exemple du panarabisme, qui marque d&rsquo;une certaine mani&egrave;re la&nbsp;volont&eacute; de cr&eacute;er une soci&eacute;t&eacute; en &eacute;cho &agrave; celle qui subsistait pendant l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or. Id&eacute;ologiquement, ce&nbsp;mouvement se fonde sur la Nahda (mouvement de renaissance arabe moderne de la premi&egrave;re&nbsp;moiti&eacute; du XIXe si&egrave;cle). Il vise &agrave; refaire vivre l&rsquo;unit&eacute; arabe du VIIe si&egrave;cle ayant eu lieu sous la&nbsp;dynastie des Omeyyades, pilier de l&rsquo;h&eacute;ritage de l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique. Son principal avantage est&nbsp;qu&rsquo;il se revendique la&iuml;que compte-tenu de la diversit&eacute; religieuse de ses th&eacute;oriciens (chr&eacute;tiens,&nbsp;musulmans).<br /><br />Si ce legs hante les esprits, il n&rsquo;a pas su se concr&eacute;tiser &agrave; cause de<a href="http://www.mondorient.com/2016/05/16/sykes-picot-le-suspect-ideal-des-tourments-du-moyen-orient/"> la division engendr&eacute;e par&nbsp;les accords Sykes-Picot et par les lendemains tumultueux de la Premi&egrave;re Guerre mondiale</a>. Pour&nbsp;autant, certains mouvements ont vu le jour apr&egrave;s 1945, notamment avec le parti Baas et le&nbsp;Nass&eacute;risme. Mais les diff&eacute;rends id&eacute;ologiques, les conflits politico-religieux, les al&eacute;as &eacute;conomiques&nbsp;et les tensions g&eacute;opolitiques ont tu&eacute; dans l&rsquo;oeuf les volont&eacute;s nationales et r&eacute;gionales de refaire&nbsp;vivre un pass&eacute; magnifi&eacute;.<br /><br />Ainsi c&rsquo;est davantage le souvenir d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; unifi&eacute;e de l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique qui est la&nbsp;plus pr&eacute;sente dans les esprits, comme l&rsquo;ont montr&eacute; les mouvements n&eacute;s de la Nahda. Pour autant,&nbsp;cela signifie-t-il que la prosp&eacute;rit&eacute; &eacute;conomique, corr&eacute;lative &agrave; l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or, est impossible ? Aujourd&rsquo;hui,&nbsp;elle est beaucoup trop h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne pour v&eacute;ritablement parler d&rsquo;une prosp&eacute;rit&eacute; r&eacute;gionale : en PIB&nbsp;par habitant (PPA), le Qatar, le Koweit, les &Eacute;mirats Arabes Unis, l&rsquo;Arabie saoudite et le Bahre&iuml;n&nbsp;occupent respectivement la 1ere, 5e, 7e, 10e et 11e place, alors que l&rsquo;Irak, l&rsquo;&Eacute;gypte et le Y&eacute;men&nbsp;occupent respectivement la 76e, 94e et 137e place (selon le FMI). M&ecirc;me sans prendre en compte&nbsp;les disparit&eacute;s &eacute;conomiques internes, les diff&eacute;rences de d&eacute;veloppement entre pays sont telles qu&rsquo;il&nbsp;est pratiquement impossible de parler d&rsquo;une prosp&eacute;rit&eacute; &eacute;conomique g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e (signe d&rsquo;un &Acirc;ge&nbsp;d&rsquo;or) au Moyen-Orient.<br /><br />N&eacute;anmoins, si les difficult&eacute;s sont manifestes, nous avons vu que le souvenir de l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or&nbsp;est bel et bien pr&eacute;sent. Mais comment se manifeste-t-il concr&egrave;tement aujourd&rsquo;hui ? Quels sont les&nbsp;obstacles &agrave; surmonter et les d&eacute;fis &agrave; faire face ? R&eacute;ponses dans la troisi&egrave;me et derni&egrave;re partie du&nbsp;dossier &laquo; L&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique est-il d&eacute;finitivement perdu ? &raquo;.<br /><br /><strong>Tom Caillet</strong><br /><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le Moyen-Orient contemporain, terreau d’un nouvel Âge de fer (1/3)]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/le-moyen-orient-contemporain-terreau-dun-nouvel-age-de-fer-13]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/le-moyen-orient-contemporain-terreau-dun-nouvel-age-de-fer-13#comments]]></comments><pubDate>Fri, 20 Jan 2017 09:39:39 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/le-moyen-orient-contemporain-terreau-dun-nouvel-age-de-fer-13</guid><description><![CDATA[       &rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique est une p&eacute;riode de six si&egrave;cles (VIIIe &ndash; XIIIe) extr&ecirc;mement riche sur les plans scientifique, culturel, philosophique, technologique&hellip;&nbsp;M&ecirc;me contest&eacute;e sur plusieurs points, la grandeur de cette p&eacute;riode fut un catalyseur indispensable pour le d&eacute;veloppement du Moyen-Orient, mais aussi de l&rsquo;Occident. Le Moyen-Orient&nbsp;peut-il aujourd&rsquo;hui, ou dans les temps &agrave;&nbsp;venir, r [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/published/tom.png?1484905282" alt="Photo" style="width:431;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><em>&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique est une p&eacute;riode de six si&egrave;cles (VIIIe &ndash; XIIIe) extr&ecirc;mement riche sur les </em></strong><em><strong>plans scientifique, culturel, philosophique, technologique&hellip;&nbsp;M&ecirc;me contest&eacute;e sur plusieurs points, la grandeur de cette p&eacute;riode fut un catalyseur indispensable pour le d&eacute;veloppement du Moyen-Orient, mais aussi de l&rsquo;Occident. Le Moyen-Orient&nbsp;peut-il aujourd&rsquo;hui, ou dans les temps &agrave;&nbsp;venir, retrouver un semblant d&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or et inspirer le reste du monde, ou est-il condamn&eacute; &agrave; un &Acirc;ge de fer ?<br /></strong><br /></em>Si le mythe de l&rsquo;&Acirc;ge de fer est d&rsquo;origine grecque, il n&rsquo;est pas absurde de le transposer &agrave; la p&eacute;riode que traverse actuellement le Moyen-Orient. C&rsquo;est en effet dans <em>Les Travaux et les Jours</em>&nbsp;que H&eacute;siode expose les diff&eacute;rents &acirc;ges de l&rsquo;humanit&eacute; : l&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;or, l&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;argent, l&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;airain et l&rsquo;&acirc;ge de fer. Ce dernier se caract&eacute;rise par un chaos empli d&rsquo;exc&egrave;s et de crimes, o&ugrave; la justice est absente :<br /><span></span>&laquo; L&rsquo;un ravagera la cit&eacute; de l&rsquo;autre ; on ne respectera ni la foi des serments, ni la justice, ni la vertu ; on&nbsp;honorera de pr&eacute;f&eacute;rence l&rsquo;homme vicieux et insolent ; l&rsquo;&eacute;quit&eacute; et la pudeur ne seront plus en usage ; le m&eacute;chant outragera le mortel vertueux par des discours pleins d&rsquo;astuce auxquels il joindra le parjure [&hellip;] ; il ne restera plus aux mortels que les chagrins d&eacute;vorants, et leurs maux seront irr&eacute;m&eacute;diables. &raquo;<br /><span></span>Bien que ce parall&egrave;le soit &agrave; nuancer, on peut en tirer plusieurs enseignements et, surtout, &nbsp;&eacute;tudier en quoi la situation contemporaine du Moyen-Orient y fait &eacute;cho.<br />En premier lieu, si l&rsquo;on adopte le point de vue d&eacute;mocratique occidental &ndash; qui est partag&eacute; par &nbsp;une partie non n&eacute;gligeable de la population locale, comme l&rsquo;ont rappel&eacute; entre autre les &nbsp;Printemps arabes -, la naissance de l&rsquo;Organisation &Eacute;tat islamique (OEI), son expansion et sa capacit&eacute; &agrave; entrer en conflit avec &nbsp;les valeurs d&eacute;fendues par l&rsquo;Occident en font la raison majeure de ce retour au chaos d&eacute;crit par H&eacute;siode.<br /><span></span>La destruction de cit&eacute;s par l&rsquo;OEI (Palmyre, Nimroud, Mossoul&hellip;) s&rsquo;inscrit en effet pleinement dans la n&eacute;gation de l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or. Ces villes, symboles d&rsquo;une richesse culturelle, scientifique et humaine, &eacute;taient les places fortes des diff&eacute;rents empires de la p&eacute;riode faste de la r&eacute;gion.<br /><span></span>La ville de Hatra, d&eacute;truite, &eacute;tait par exemple class&eacute;e au patrimoine mondial de l&rsquo;Unesco et avait &laquo;<em> des vestiges [qui] t&eacute;moignaient de la grandeur de sa civilisation &raquo;</em> (Unesco). Si les villes-symboles sont d&eacute;truites, ce sont &eacute;galement des n&oelig;uds sociaux qui se d&eacute;litent, l&rsquo;appauvrissement des relations sociales qui appara&icirc;t, et la perte d&rsquo;une chance unique de faire vivre une effervescence scientifique, philosophique et culturelle (Palmyre, l&rsquo;irrempla&ccedil;able tr&eacute;sor, Paul Veyne).<br /><br /><span></span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/palmyre_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Ruines de Palmyre</div> </div></div>  <div class="paragraph">Un autre aspect d&eacute;crit par H&eacute;siode est le conflit religieux joint &agrave; la n&eacute;gation de la justice. En cela, les exemples contemporains sont malheureusement tr&egrave;s &ndash; trop &ndash; nombreux : les tensions frontali&egrave;res entre l&rsquo;Irak et l&rsquo;Iran durant la Guerre du Golfe du temps de Saddam Hussein, les conflits internes &agrave; l&rsquo;Arabie saoudite entre le pouvoir sunnite et les chiites duod&eacute;cimains de la province du Hasa, l&rsquo;&eacute;mergence de milices claniques ou politiques&hellip; Cette &eacute;num&eacute;ration pourrait s&rsquo;allonger, mais elle t&eacute;moigne d&eacute;j&agrave; de l&rsquo;importance de la religion et des croyances dans le d&eacute;sordre qui s&eacute;vit au Moyen-Orient actuellement (d&eacute;montr&eacute; notamment par Gilles Kepel).<br /><span></span>Compte tenu des difficult&eacute;s &agrave; r&eacute;soudre ces conflits, ou du moins &agrave; les apaiser, ces tensions semblent insolubles et compliquent un peu plus la situation moyen-orientale contemporaine : l&rsquo;impossible paix isra&eacute;lo-palestinienne, les cessez-le-feu non appliqu&eacute;s en Syrie (notamment celui de f&eacute;vrier 2016), l&rsquo;escalade diplomatique entre l&rsquo;Arabie saoudite et l&rsquo;Iran (suite &agrave; l&rsquo;incident de la Mecque), etc.<br /><span></span>Quant &agrave; la n&eacute;gation de la justice, elle va de pair avec l&rsquo;absence d&rsquo;&Eacute;tat de droit &ndash; voire m&ecirc;me &agrave; la pr&eacute;sence d&rsquo;&Eacute;tats faillis. La stabilisation d&rsquo;une r&eacute;gion, o&ugrave; r&egrave;gne l&rsquo;ordre et la justice &ndash; qui demeure n&eacute;anmoins relative &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat -, est une condition <em>sine qua non</em> pour parvenir &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un &Acirc;ge d&rsquo;or :<br /><span></span>&laquo; Facteur stabilisateur, l&rsquo;&Eacute;tat forme une institution qui contribue au maintien d&rsquo;un ordre &agrave; la fois g&eacute;ographique, social, politique et juridique. &raquo; (<em>Les &Eacute;tats faillis et le terrorisme transnational</em>, Kamal&nbsp;Bayramzadeh)<br /><span></span>Or, les &Eacute;tats moyen-orientaux actuellement les plus en difficult&eacute;s, et o&ugrave; le d&eacute;sordre r&egrave;gne, sont sans aucun doute ceux o&ugrave; la justice est arbitraire voire inexistante, notamment en Syrie et en Irak. L&rsquo;&Eacute;tat repr&eacute;sente avant tout la personnification juridique d&rsquo;une nation et est garant de la justice. L&rsquo;&Eacute;tat failli est donc un frein &agrave; un &Acirc;ge d&rsquo;or islamique et bien le terreau &agrave; l&rsquo;&Acirc;ge de fer&nbsp;selon les crit&egrave;res propos&eacute;s par H&eacute;siode.<br /><span></span>Dans sa d&eacute;finition de l&rsquo;&Acirc;ge de fer, H&eacute;siode parle des <em>&laquo; chagrins d&eacute;vorants &raquo;</em>. L&agrave; encore, ce sombre tableau trouve ses couleurs dans les &eacute;v&eacute;nements contemporains du Moyen-Orient. Les r&eacute;fugi&eacute;s, les d&eacute;plac&eacute;s, les victimes de guerre, les civils et les familles en deuil en sont des exemples.<br /><span></span>R&eacute;fugi&eacute;s syriens &agrave; Erbil dans le Kurdistan irakien / Flickr<br /><span></span>De<em> &laquo; l&rsquo;impossible comptage des victimes &raquo;</em> en Syrie (Lib&eacute;ration) au presque 20 millions de personnes d&eacute;plac&eacute;es par les conflits en Syrie, Y&eacute;men et Irak, ces chagrins innombrables fruits des guerres et des tensions sont propices &agrave; un climat o&ugrave; r&egrave;gnent la peur, la tristesse et le d&eacute;sespoir. Aujourd&rsquo;hui, le Moyen-Orient est la r&eacute;gion du monde qui concentre le plus &nbsp;de ces maux avec l&rsquo;Afrique.<br /><span></span>Autant de caract&eacute;ristiques, donc, que l&rsquo;on retrouve dans la description de l&rsquo;&Acirc;ge de fer propos&eacute;e par H&eacute;siode.&nbsp;Enfin, les nombreuses ing&eacute;rences et influences &eacute;trang&egrave;res au Moyen-Orient constituent une autre faiblesse caract&eacute;ristique d&rsquo;un &Acirc;ge de fer red&eacute;fini. Ne pouvant se suffire &agrave; lui-m&ecirc;me, ne pouvant g&eacute;rer et r&eacute;soudre les probl&egrave;mes auxquels il doit faire face, le Moyen-Orient est en proie &agrave; la pr&eacute;dation d&rsquo;acteurs exog&egrave;nes qui influent sur son destin : l&rsquo;Europe &agrave; travers les accords Sykes-Picot, les &Eacute;tats-Unis dans les ann&eacute;es 1990 et 2000, le retour de la Russie r&eacute;cemment, etc.&nbsp;Ainsi, Kamal Bayramzadeh r&eacute;sume de la sorte la situation actuelle que nous avons qualifi&eacute; d&rsquo; &laquo; &Acirc;ge de fer &raquo; :<br /><span></span>&laquo; Le Moyen-Orient se trouve dans une situation de crise profonde marqu&eacute;e par la d&eacute;stabilisation de plusieurs pays, l&rsquo;aggravation de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; r&eacute;gionale, le risque de conflits religieux et, finalement, une possibilit&eacute; de balkanisation. &raquo;<br /><span></span>Pour autant, ce tableau noir ne doit pas rel&eacute;guer dans l&rsquo;oubli certains aspects louables :<br /><span></span>&laquo; Toutefois quelques biens se m&ecirc;leront &agrave; tant de maux. &raquo; (Les Travaux et les Jours, H&eacute;siode)<br /><span></span>En effet, il s&rsquo;agit d&rsquo;apporter un regard critique sur la situation du Moyen-Orient que nous avons d&eacute;fini : s&rsquo;il se trouve en effet dans une mauvaise passe qualifi&eacute;e d&rsquo;&Acirc;ge de fer, il ne fait pas l&rsquo;ombre d&rsquo;un doute que le souvenir de l&rsquo;&Acirc;ge d&rsquo;or islamique hante de nombreux acteurs de cette r&eacute;gion. Il reste ainsi l&rsquo;un des fondements de l&rsquo;id&eacute;ologie contemporaine du panislamisme ou du panarabisme. D&egrave;s lors, regarder la situation du Moyen-Orient &agrave; la lumi&egrave;re de l&rsquo;analyse occidentale de H&eacute;siode permet en effet d&rsquo;y d&eacute;celer des dynamiques qui passeraient inaper&ccedil;ues autrement.<br /><span></span>Tom Caillet<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[LIBRES! ET SI, EN 2017, L'ETAT ARRÊTAIT DE NOUS « EMM… » ?]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/libres-et-si-en-2017-letat-arretait-de-nous-emm]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/libres-et-si-en-2017-letat-arretait-de-nous-emm#comments]]></comments><pubDate>Thu, 05 Jan 2017 09:46:49 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/libres-et-si-en-2017-letat-arretait-de-nous-emm</guid><description><![CDATA[       Puisqu'il est de coutume de dresser le bilan de l'ann&eacute;e pass&eacute;e, voyons un peu combien de libert&eacute;s nous avons perdues en 2016. Je ne parle pas des grandes libert&eacute;s civiles, d&eacute;j&agrave; gravement mises &agrave; mal par la loi renseignement ou l'&eacute;tat d'urgence, mais des petites libert&eacute;s quotidiennes qui font le charme de la vie en soci&eacute;t&eacute;.Nos sagaces repr&eacute;sentants ont ainsi d&eacute;cid&eacute; de nous interdire, dans le d [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/capture-d-e-cran-2017-01-05-a-10-56-43_orig.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><br />Puisqu'il est de coutume de dresser le bilan de l'ann&eacute;e pass&eacute;e, voyons un peu combien de libert&eacute;s nous avons perdues en 2016. Je ne parle pas des grandes libert&eacute;s civiles, d&eacute;j&agrave; gravement mises &agrave; mal par la loi renseignement ou l'&eacute;tat d'urgence, mais des petites libert&eacute;s quotidiennes qui font le charme de la vie en soci&eacute;t&eacute;.<br /><br />Nos sagaces repr&eacute;sentants ont ainsi d&eacute;cid&eacute; de nous interdire, dans le d&eacute;sordre&nbsp;: les vitres teint&eacute;es pour les voitures (d&egrave;s lors&nbsp;que le taux de transparence, pr&eacute;cise le d&eacute;cret, est inf&eacute;rieur &agrave; 70&nbsp;%)&nbsp;; la fess&eacute;e pour les enfants (et m&ecirc;me&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;tout&nbsp;<a href="http://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_recours.html#xtor=SEC-3168">recours</a>&nbsp;aux violences corporelles&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;: quid alors des emmaillotages de nouveau-n&eacute;s&nbsp;?)&nbsp;; la moto sans gants (pour savoir quels gants sont homologu&eacute;s, pri&egrave;re de vous r&eacute;f&eacute;rer &agrave; la directive CE 89/686, sans quoi vous perdrez 1&nbsp;point de permis)&nbsp;; les sacs de caisse en plastique (d'une &eacute;paisseur inf&eacute;rieure &agrave; 50&nbsp;microns, merci de v&eacute;rifier &agrave; l'aide d'un microscope)&nbsp;; les v&eacute;hicules anciens dans les&nbsp;rues de Paris (immatricul&eacute;s avant le 1<span>er</span>&nbsp;janvier 1997&nbsp;: place aux Millennials)&nbsp;; la cigarette &eacute;lectronique sur le lieu de travail (car, comprenez-vous, le geste&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;rappelle celui de fumer&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;et&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;pourrait devenir un point d'entr&eacute;e vers le tabagisme&nbsp;&raquo;</em>, nous dit le l&eacute;gislateur)&nbsp;; et, &laquo;&nbsp;last but not least&nbsp;&raquo;, l'achat d'actes sexuels (mais pas leur vente&nbsp;: comprenne qui pourra&nbsp;!). Ce n'est plus l'Etat-nounou, mais l'Etat Folcoche, comme la mar&acirc;tre de &laquo;&nbsp;Vip&egrave;re au poing&nbsp;&raquo;.<br /><br />Ce sont des d&eacute;tails, me direz-vous&nbsp;! Justement. Ainsi que l'&eacute;crit Tocqueville dans les derniers chapitres, fameux et h&eacute;las toujours aussi pertinents, de son livre &laquo;&nbsp;De la d&eacute;mocratie en Am&eacute;rique&nbsp;&raquo;,&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;on oublie que c'est surtout dans le detail qu'il est dangereux d'asservir les hommes&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;: ils perdent peu &agrave; peu la pratique de la libert&eacute;, et le go&ucirc;t de la d&eacute;fendre. C'est pour notre bien, me direz-vous&nbsp;: n'est-il pas pr&eacute;f&eacute;rable pour les enfants d'&eacute;chapper &agrave; la baffe, pour la nature d'&ecirc;tre pr&eacute;serv&eacute;e des plastiques et des pots d'&eacute;chappement, pour les femmes (et les hommes) de ne pas &ecirc;tre trait&eacute;(e)s en objets sexuels, et pour la police de pouvoir observer les conducteurs de 4&nbsp;&times;&nbsp;4 suspects&nbsp;? Justement. Tocqueville voyait &eacute;merger avec frayeur au-dessus des citoyens ce&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;pouvoir immense et tut&eacute;laire&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;qui&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;travaille volontiers &agrave; leur bonheur&nbsp;; mais il veut en etre l'unique agent et le seul arbitre&nbsp;; il pourvoit a leur securite, prevoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, [...] que ne peut-il leur oter entierement le trouble de penser et la peine de vivre&nbsp;?&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;Nous abandonnons ann&eacute;e apr&egrave;s ann&eacute;e des libert&eacute;s trop fatigantes, en nous rapprochant toujours davantage de ce &laquo;&nbsp;despotisme d&eacute;mocratique&nbsp;&raquo; redout&eacute; par&nbsp;le lumineux philosophe il y a pr&egrave;s de deux si&egrave;cles.<br /><br />En d&eacute;pit de nos badineries sur les moeurs et de nos pr&eacute;tentions progressistes, nous avons d&eacute;velopp&eacute; collectivement une forme de morale d'Etat plus r&eacute;pressive et ubiquiste que le clerg&eacute; de jadis. Comme toute morale, elle g&eacute;n&egrave;re une redoutable hypocrisie, qui pourchasse les vices des faibles plut&ocirc;t que de d&eacute;noncer les crimes des forts. On impose des paquets neutres aux fumeurs, mais on d&eacute;ploie des tr&eacute;sors de diplomatie pour vendre nos Rafales sans images dissuasives de villes sous les bombes". On refuse aux vieilles guimbardes l'entr&eacute;e de Paris, mais on continue &agrave; subventionner massivement les &eacute;nergies fossiles. On invoque la dignit&eacute; humaine, mais on d&eacute;nie aux prostitu&eacute;(e)s les garanties l&eacute;gales qui leur permettraient d'exercer correctement un m&eacute;tier difficile. Tartuffes&nbsp;!<br /><br />A la symbolique de la sanction, il serait pourtant possible de substituer une &eacute;thique de la responsabilit&eacute;. En instaurant une taxe carbone pour prot&eacute;ger notre environnement. En faisant payer, via des m&eacute;canismes d'assurance, ceux qui viennent engorger les h&ocirc;pitaux pour avoir conduit une moto sans protection ad&eacute;quate. En l&eacute;galisant et r&eacute;gulant les activit&eacute;s prostitutionnelles pour mieux s&eacute;vir contre la traite et l'exploitation. En appliquant l'article du Code p&eacute;nal qui condamne &agrave; juste titre la maltraitance &agrave; l'&eacute;gard des enfants. Bref, en &eacute;laborant des politiques publiques qui nous traitent en adultes. Faute de quoi, les trois quarts de Fran&ccedil;ais qui, selon l'institut Viavoice, estiment souffrir d'un trop grand nombre d'interdits, risquent bien de se rebeller.<br /><br />Je propose donc une bonne r&eacute;solution &agrave; nos responsables politiques pour 2017, facile &agrave; tenir, et inspir&eacute;e de notre pr&eacute;sident-po&egrave;te Georges Pompidou&nbsp;: &laquo;&nbsp;Arr&ecirc;tez de nous emmerder.&nbsp;&raquo;<br />Gaspard Koenig<br /><br />Publi&eacute; dans les Echos</div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La Mort Des Grands Hommes Politiques]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-mort-des-grands-hommes-politiques]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-mort-des-grands-hommes-politiques#comments]]></comments><pubDate>Wed, 04 Jan 2017 08:58:56 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-mort-des-grands-hommes-politiques</guid><description><![CDATA[       Auguste, Louis XIV, Le&#769;nine, Churchill : des noms qui, parmi tant d&rsquo;autres, sont des e&#769;tiquettes que l&rsquo;on pose sur des e&#769;poques ou des doctrines politiques bien diffe&#769;rentes ; pour autant, au moins un point commun les relie entre eux : ils appartiennent a&#768; des grands hommes politiques. Cependant, en cherchant dans le monde contemporain, on peine a&#768; en trouver de semblables (concernant Barack Obama, l&rsquo;Histoire de&#769;cidera s&rsquo;il en est [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/capture-d-e-cran-2017-01-04-a-10-19-17_orig.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><br /><span>Auguste, Louis XIV, Le&#769;nine, Churchill : des noms qui, parmi tant d&rsquo;autres, sont des e&#769;tiquettes que l&rsquo;on pose sur des e&#769;poques ou des doctrines politiques bien diffe&#769;rentes ; pour autant, au moins un point commun les relie entre eux : ils appartiennent a&#768; des </span><span>grands hommes politiques</span><span>. Cependant, en cherchant dans le monde contemporain, on peine a&#768; en trouver de semblables (concernant Barack Obama, l&rsquo;Histoire de&#769;cidera s&rsquo;il en est un ou non ; pour Vladimir Poutine, nous y reviendrons plus bas).<br />&#8203;</span><br /><span>Avant toute chose, il convient de de&#769;finir ce que peut e&#770;tre un grand homme. Si ses actes prennent sens de son vivant, il se de&#769;finit aussi au moment et apre&#768;s sa mort, au sens ou&#768; un grand homme est un grand mort, c'est-a&#768;-dire qu'il assurera une certaine permanence au groupe auquel il appartient : il est immortel. L&rsquo;autre aspect du grand homme est qu&rsquo;il comprend mieux que quiconque la culture a&#768; laquelle il appartient. Condamne&#769; par le groupe, il n'e&#769;vite jamais les sanctions de celui-ci ; il accepte la sentence de ceux qui le condamnent. On pourrait dire que la cigue&#776; a fait Socrate, et que Ponce Pilate a fait Je&#769;sus. Donc, d'une part, le grand homme est celui qui persuade le groupe qu'il est un grand homme et surtout qu'il fera un grand mort, qu'il lui donnera une sorte de continuite&#769;, et, d'autre part, c'est celui qui le confronte mais l'accepte, ce n'est pas quelqu'un qui se de&#769;robe a&#768; la loi du groupe. Enfin, celui qui devient grand homme est caracte&#769;rise&#769; intrinse&#768;quement par l&rsquo;</span><span>hubris</span><span>, cette de&#769;mesure propre aux he&#769;ros et dieux grecs, au sens ou&#768; &laquo; la gloire est le soleil des morts &raquo; (Balzac).&nbsp;</span><br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/les-grands-hommes-de-montpellier-1_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Grands Hommes ou Dicatateurs</div> </div></div>  <div class="paragraph"><br /><span>Ainsi la mort des grands hommes n&rsquo;est-elle que l&rsquo;alle&#769;gorie de leur rare&#769;faction, a&#768; plus forte raison de celle des grands hommes politiques : De Gaulle, Churchill, Mao, Le&#769;nine... Si certains d&rsquo;entre eux sont controverse&#769;s, on ne peut nier leur appartenance a&#768; la cate&#769;gorie des </span><span>grands hommes politiques </span><span>si l&rsquo;on s&rsquo;en tient a&#768; la de&#769;finition pre&#769;ce&#769;dente. </span><br /><span></span><span>Leur disparition ou rare&#769;faction est corre&#769;lative a&#768; celle du charisme en politique. Laissons place, ici, a&#768; ces extraits re&#769;ve&#769;lateurs de </span><span>L&rsquo;Empire Gre&#769;co-Romain </span><span>de Paul Veyne : </span><br /><span></span><span>&laquo; Ce qui ressort du livre de Zanker [</span><span>Augustus und die Macht der Bilder</span><span>] est un </span><span>tertium quid </span><span>: ni propagande, ni faste, mais charisme. [...] Auguste a e&#769;te&#769; l'objet d'une exaltation </span><span>sui generis</span><span>, celle que vouent au chef d'une croisade ceux qui suivent son entreprise avec enthousiasme, celle que de&#769;signe le mot &ldquo;charisme&ldquo;, si souvent employe&#769; a&#768; tort. </span><br /><span></span><span>Un chef charismatique doit e&#769;viter de de&#769;ployer trop de faste [...]. Auguste n'en de&#769;ployait gue&#768;re ; son ve&#770;tement e&#769;tait aussi modeste que son logis. ll mit de l'e&#769;clat non sur sa personne ni sur sa couronne, mais sur sa mission et sur sa dynastie. [...] Ainsi s'est mis en place ce qui restera l'originalite&#769; unique (bien plus que la &laquo; couverture ide&#769;ologique &raquo;) du ce&#769;sarisme pendant quatre sie&#768;cles : le prince est un bon citoyen qui a pu se mettre en avant pour prendre en main les inte&#769;re&#770;ts de ce qui s&rsquo;appellera jusqu'a&#768; la fin la Re&#769;publique. </span><br /><span></span><span>L'autorite&#769; d'Auguste fut celle d'un champion de la Re&#769;publique qui devait son autorite&#769; a son me&#769;rite ; il avait e&#769;te&#769; e&#769;lu par les dieux pour remplir une mission patriotique : re&#769;ge&#769;ne&#769;rer Rome ou du moins lui rendre un visage moral et religieux qui fu&#770;t digne d'elle [...] et ouvrir en espoir, en intention, un a&#770;ge de paix et de prospe&#769;rite&#769;. </span><br /><span></span><span>Cette exaltation d'un chef de croisade par ses croise&#769;s est de tous les temps ; ce charisme, personnel par de&#769;finition, est bien diffe&#769;rent de l'attachement, aussi machinal que le faste, qui entourait jadis chaque souverain, ses pre&#769;de&#769;cesseurs et ses successeurs. &raquo; </span><br /><span></span><span>Pourtant, doit-on les regretter, ou du moins se morfondre dans ce passe&#769; ou&#768; le charisme, en plus des autres caracte&#769;ristiques propres aux grands hommes, e&#769;tait pre&#769;sent dans les hautes sphe&#768;res de la </span><span>polis </span><span>? </span><br /><span></span><span>Certains l&rsquo;affirmeront et y verront la de&#769;liquescence du monde politique et de ses dirigeants, l&rsquo;ave&#768;nement de ce qu&rsquo;ils appellent la mesquinerie politique, la perte du pouvoir citoyen, la technocratie. Ne&#769;anmoins, ici se&#769;vit le sympto&#770;me du pouvoir aveuglant qui n&rsquo;est plus a&#768; la mesure de ses sujets. Ce pouvoir est devenu trop lourd a&#768; porter en ces temps incertains. Certains proposeront une alternative citoyenne, pensant qu&rsquo;elle serait apte a&#768; re&#769;soudre les proble&#768;mes aussi bien nationaux (crise e&#769;conomique, cho&#770;mage, injustices sociales) qu&rsquo;internationaux (passivite&#769; de l&rsquo;ONU, guerres a&#768; re&#769;pe&#769;tition). </span><br /><span></span><span>Mais la disparition du grand homme ne serait-il pas moins qu&rsquo;un autre mythe politique ? Raoul Girardet, dans </span><span>Mythes et mythologies politiques </span><span>(1986), en identifie quatre : la conspiration, le sauveur, l&rsquo;a&#770;ge d&rsquo;or et l&rsquo;unite&#769;. Le mythe du sauveur est ici celui qui nous inte&#769;resse. Selon Raoul Girardet, la &laquo; constellation &raquo; du sauveur se structure autour de quatre types : le mode&#768;le de Cincinnatus, c&rsquo;est-a&#768;-dire celui du vieil homme expe&#769;rimente&#769;, qui, apre&#768;s avoir autrefois rendu service a&#768; la nation, s&rsquo;est retire&#769;, et qu&rsquo;on rappelle pour faire face a&#768; un nouveau danger (Philippe Pe&#769;tain) ; le mode&#768;le d&rsquo;Alexandre le Grand, dont la le&#769;gitimite&#769; est ancre&#769;e dans le pre&#769;sent imme&#769;diat, et qui connai&#770;t le temps d&rsquo;un e&#769;clair une gloire e&#769;tincelante avant d&rsquo;e&#770;tre foudroye&#769; (Napole&#769;on) ; celui de Solon, c&rsquo;est- a&#768;-dire du pe&#768;re fondateur, dont la sagesse fait la le&#769;gitimite&#769; ; et celui de Moi&#776;se, le prophe&#768;te, le guide, tel Napole&#769;on prophe&#769;tisant la libe&#769;ration des peuples a&#768; Sainte-He&#769;le&#768;ne, ou De Gaulle en 1958. Si ces quatre mode&#768;les forment des types distincts, ils permettent aussi de relever des permanences, des structures paralle&#768;les. Ainsi le &laquo; processus d&rsquo;he&#769;roi&#776;sation &raquo; se de&#769;coupe-t-il toujours en trois phases : l&rsquo;appel, l&rsquo;ave&#768;nement, puis les relectures poste&#769;rieures de l&rsquo;action du sauveur. </span><br /><span></span><span>Si certains ne seront que des grands hommes nationaux (Vladimir Poutine pour une majorite&#769; de Russes par exemple), il est sans conteste e&#769;vident que les bouleversements politiques auxquels nous assistons (e&#769;lection de Donald Trump aux Etats-Unis, monte&#769;e des populismes en Europe) trahissent trop le vide de grands hommes qui est comble&#769; par ceux qui ont le courage d&rsquo;entrer dans le monde politique mais qui ont la peur de faire du politique. </span><br /><span></span><span>C&rsquo;est donc en analysant l&rsquo;exercice du pouvoir par les grands hommes politiques que l&rsquo;on remarque que tous, sans exception, ont une mai&#770;trise du pouvoir, au sens ou&#768; il le </span><span>posse&#768;de</span><span>. Il faut alors, au lieu de le limiter et de le se&#769;parer, redonner le pouvoir a&#768; l&rsquo;homme politique, a&#768; la figure du dirigeant contemporain, c&rsquo;est-a&#768;-dire jouer avec prudence (au sens e&#769;tymologique, c&rsquo;est-a&#768;-dire avec sagesse) sur la ligne qui se&#769;pare le </span><span>pouvoir e&#769;clate&#769; </span><span>du </span><span>pouvoir concentre&#769;</span><span>. En effet, c&rsquo;est que le pouvoir a e&#769;te&#769; de plus en plus contraint au fil de l&rsquo;Histoire, avec davantage de limites qui nuisent a&#768; l&rsquo;ave&#768;nement et aux actions des grands hommes que l&rsquo;on che&#769;rit tant et que l&rsquo;on aimerait voir revenir.&nbsp;<br /><br />Tom Caillet</span><br /><br /><span></span></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Après Alep]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/apres-alep]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/apres-alep#comments]]></comments><pubDate>Tue, 27 Dec 2016 13:42:37 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/apres-alep</guid><description><![CDATA[       Irons-nous mourir pour Dantzig, demandait Marcel D&eacute;at lorsque le IIIe Reich revendiquait cette ville libre en partie peupl&eacute;e par des allemands. C&rsquo;est toujours sur les villes libres que s&rsquo;abattent la barbarie et la dictature des puissants, ceux-l&agrave; m&ecirc;me qui ne reculent pas devant les martyrs. Et c&rsquo;est dans ces villes symboles qu&rsquo;intellectuels, politiques, peuples et id&eacute;es humaines se cachent derri&egrave;re les murailles de leur prop [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/capture-d-e-cran-2016-12-27-a-14-46-31_orig.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Irons-nous mourir pour Dantzig, demandait Marcel D&eacute;at lorsque le IIIe Reich revendiquait cette ville libre en partie peupl&eacute;e par des allemands. C&rsquo;est toujours sur les villes libres que s&rsquo;abattent la barbarie et la dictature des puissants, ceux-l&agrave; m&ecirc;me qui ne reculent pas devant les martyrs. Et c&rsquo;est dans ces villes symboles qu&rsquo;intellectuels, politiques, peuples et id&eacute;es humaines se cachent derri&egrave;re les murailles de leur propre l&acirc;chet&eacute;. L&rsquo;humanit&eacute; se terre derri&egrave;re les murailles qu&rsquo;elle croit in&eacute;branlable. L&rsquo;humanit&eacute; a quitt&eacute; Alep. Elle a trop peur.<br /><br />Nos immobilismes, &agrave; l&rsquo;abri des bombes, papillonnent sous les lumi&egrave;res tamis&eacute;es de No&euml;l et sur les pav&eacute;s r&eacute;chauff&eacute;s par la cannelle et le vin chaud. Comme toujours, la France et les Fran&ccedil;ais se sont gav&eacute;s de leur pr&eacute;tention historique &agrave; &ecirc;tre meilleurs que les anciens. Les uns pensaient que le courage &eacute;tait h&eacute;r&eacute;ditaire et se riaient bien de ces Fran&ccedil;ais ayant v&eacute;cu entre 39 et 45 comme si le monde ne s&rsquo;&eacute;tait pas effondr&eacute;. Les autres observaient leurs a&iuml;eux d&rsquo;un air constern&eacute;, ne cessant de se demander comment l&rsquo;Humanit&eacute; avait pu dispara&icirc;tre de la surface du globe pendant de si longues ann&eacute;es. Si tous les crimes et toutes les compromissions &eacute;taient justifiables au nom de la lutte contre le communisme, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui la lutte contre Daech qui vient excuser les plus grandes atrocit&eacute;s. L&rsquo;Histoire a frapp&eacute; une nouvelle fois notre g&eacute;n&eacute;ration sans qu&rsquo;elle ne s&rsquo;en rende compte. Ses enfants jugeront son silence, attendant patiemment que leur l&acirc;chet&eacute; n&rsquo;arrive &agrave; son tour.<br /><br />Il fut un temps o&ugrave; Alep &eacute;tait comme Paris, ce soir, apr&egrave;s l&rsquo;Op&eacute;ra. Il y avait &agrave; Alep les lumi&egrave;res des hommes heureux. Il y avait &agrave; Alep ces couples avan&ccedil;ant bras dessus bras dessous, dans les rues chaudes et dans le r&eacute;confort du calme et de la paix. Il y avait &agrave; Alep ces enfants qui courraient, malicieux, dans les rues peupl&eacute;es et vivantes de l&rsquo;inconscience &eacute;tourdie. Mais nous sommes rest&eacute;s sourds face &agrave; ces m&ecirc;mes cris qui insupportaient nos &acirc;mes au Bataclan, &agrave; Nice, &agrave; l&rsquo;Hyper-Cacher, &agrave; Hozar-Atorah ou dans les locaux de Charlie. L&rsquo;humanit&eacute; avait pourtant besoin d&rsquo;Alep heureuse.<br />Non, nous n&rsquo;avons pas entendu l&rsquo;Humanit&eacute; g&eacute;mir au fond d&rsquo;un trou, nous avons &eacute;cout&eacute; bouchers et criminels justifiant tout par la &laquo;&nbsp;g&eacute;opolitique&nbsp;&raquo;. Non, nous n&rsquo;avons pas entendu les femmes et les enfants d&rsquo;Alep bastonn&eacute;s par les bottes des assassins. M&eacute;dias et journalistes ont cru bon d&rsquo;&eacute;clairer les choix de Poutine et d&rsquo;Assad par des consid&eacute;rations politiquement rationnelles. Effray&eacute;s par la libert&eacute;, ravag&eacute;s par l&rsquo;idiotie et remplis de ce que la France sait faire de plus d&eacute;gueulasse, des &eacute;lus sans l&eacute;gitimit&eacute; ont eu le culot de se faire photographier avec Assad comme des groupies avec leur ic&ocirc;ne. Quand Alep hurlait et implorait, la France &eacute;tait &agrave; Damas.<br /><br />Alep qui tombe, c&rsquo;est la France qui g&eacute;mit. Un peuple meurt devant nous sous les rafales de chasseurs qui vrillent dans les airs. L&rsquo;esprit de la France est si loin. La France s&rsquo;est &eacute;teint avec Alep. J&rsquo;esp&egrave;re qu&rsquo;un jour, la France redeviendra la France. Suffit-il de crier aux oreilles d&rsquo;un peuple endormi par l&rsquo;impuissance de croire en quoi que ce soit que la France existe&nbsp;? Il faudra peut-&ecirc;tre alors que politiciens et technocrates se taisent et que ce qui a fait la France redevienne la boussole d&rsquo;un peuple que je ne reconnais plus. Pour le moment, la France contemple d&rsquo;un &oelig;il s&eacute;nile les horreurs d&rsquo;un Poutine qu&rsquo;elle admire car elle le pense courageux quand il n&rsquo;a que le courage de l&rsquo;oppression des plus faibles. De Gaulle disait qu&rsquo;il y avait un pacte vingt fois s&eacute;culaire entre la grandeur de la France et la libert&eacute; des autres &hellip; Malraux ajoutait que notre pays ne trouvait son &acirc;me que lorsqu&rsquo;il la trouvait pour les autres. C&rsquo;est aux abimes que nous avons renvoy&eacute; notre &acirc;me, un par un. C&rsquo;est sans voix qu&rsquo;&agrave; mon tour je m&rsquo;indigne sans avoir rien fait pour sauver ces vies qui en valaient la peine.<br />&nbsp;<br />Ce soir, lorsque le soleil se couchera, Alep sera vide. Mill&eacute;naire, la ville n&rsquo;avait jamais connu le silence &eacute;ternel des cit&eacute;s mortes. Malgr&eacute; les guerres et les crimes, malgr&eacute; la barbarie et l&rsquo;horreur, Alep avait toujours d&eacute;fendu son droit &agrave; la vie. Il aura fallu attendre 2016, le progr&egrave;s, l&rsquo;Europe, les Droits de l&rsquo;Homme et l&rsquo;ONU pour voir son pavillon se baisser et renoncer face au silence complice de ceux qui ne voulaient pas entendre les larmes et les c&oelig;urs.<br />&#8203;<br />La mort, elle, continue son &oelig;uvre. Elle n&rsquo;&eacute;coute pas les sanglots des enfants prisonniers des d&eacute;combres et des vestiges des vies qu&rsquo;ils ne verront jamais. Non, la mort est trop occup&eacute;e &agrave; signer son passage d&rsquo;une mare de sang sur les ruines gisantes d&rsquo;Alep accabl&eacute;e.&nbsp;&nbsp;<br /><br /><br />&#8203;Lo&iuml;s Henry</div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Petite Histoire Du Père Noël Par Claude Lévi-Strauss]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/petite-histoire-du-pere-noel-par-claude-levi-strauss]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/petite-histoire-du-pere-noel-par-claude-levi-strauss#comments]]></comments><pubDate>Mon, 26 Dec 2016 13:31:35 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/petite-histoire-du-pere-noel-par-claude-levi-strauss</guid><description><![CDATA[Pourquoi voulons-nous que nos enfants croient au P&egrave;re No&euml;l ? Voici la r&eacute;ponse lumineuse du c&eacute;l&egrave;bre anthropologue, disparu le 30 octobre 2009.         Et si les Indiens Pueblo d&rsquo;Am&eacute;rique de l&rsquo;Ouest, avec leur croyance dans l&rsquo;esprit des morts, nous permettaient de comprendre la fonction du P&egrave;re No&euml;l&thinsp;? Voil&agrave; le d&eacute;tour &eacute;tonnant que propose Claude L&eacute;vi-Strauss et qui lui permet de pr&eacute;dire u [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div class="paragraph"><span style="color:rgb(102, 102, 102)">Pourquoi voulons-nous que nos enfants croient au P&egrave;re No&euml;l ? Voici la r&eacute;ponse lumineuse du c&eacute;l&egrave;bre anthropologue, disparu le 30 octobre 2009.</span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/levistrauss_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Et si les Indiens Pueblo d&rsquo;Am&eacute;rique de l&rsquo;Ouest, avec leur croyance dans l&rsquo;esprit des morts, nous permettaient de comprendre la fonction du P&egrave;re No&euml;l&thinsp;? Voil&agrave; le d&eacute;tour &eacute;tonnant que propose Claude L&eacute;vi-Strauss et qui lui permet de pr&eacute;dire un long avenir &agrave; ce &laquo;&nbsp;nouveau&nbsp;&raquo; rite pa&iuml;en. C&rsquo;&eacute;tait en 1952, dans un article intitul&eacute; &laquo;&nbsp;Le P&egrave;re No&euml;l supplici&eacute;&nbsp;&raquo; paru dans&nbsp;<em>Les Temps modernes.&nbsp;</em>Les catholiques br&ucirc;laient alors l&rsquo;effigie du P&egrave;re No&euml;l quand des intellectuels de gauche d&eacute;non&ccedil;aient un mythe cr&eacute;&eacute; par la soci&eacute;t&eacute; de consommation. Dans une magistrale le&ccedil;on d&rsquo;anthropologie structurale appliqu&eacute;e, L&eacute;vi-Strauss d&eacute;montre que la croyance au P&egrave;re No&euml;l n&rsquo;est pas seulement une mystification inflig&eacute;e par les adultes aux enfants, mais une forme d&rsquo;&eacute;change,&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;le r&eacute;sultat d&rsquo;une transaction fort on&eacute;reuse&nbsp;&raquo;</em>&thinsp;: en comblant les enfants de leur g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, les vivants r&egrave;glent leurs comptes avec les morts&thinsp;! Comme toujours chez l&rsquo;anthropologue, la comparaison des mythes a une fonction ultime qui est profond&eacute;ment philosophique. C&rsquo;est la raison pour laquelle nous avions demand&eacute; &agrave; Claude L&eacute;vi- Strauss l&rsquo;autorisation de publier des extraits de ce texte &agrave; la veille de No&euml;l. Il nous avait amicalement donn&eacute; son accord le 17&nbsp;octobre 2009. Aujourd&rsquo;hui, au lendemain de sa disparition survenue le 30&nbsp;octobre, c&rsquo;est une occasion redoubl&eacute;e pour nous de saluer l&rsquo;un des plus grands penseurs du si&egrave;cle.<br /><br /><span></span><strong>Les f&ecirc;tes de No&euml;l 1951 auront &eacute;t&eacute; marqu&eacute;es, en France, par une pol&eacute;mique &agrave; laquelle la presse et l&rsquo;opinion semblent s&rsquo;&ecirc;tre montr&eacute;es fort sensibles et qui a introduit dans l&rsquo;atmosph&egrave;re joyeuse habituelle &agrave; cette p&eacute;riode de l&rsquo;ann&eacute;e une note d&rsquo;aigreur inusit&eacute;e.&nbsp;</strong>Depuis plusieurs mois d&eacute;j&agrave;, les autorit&eacute;s eccl&eacute;siastiques, par la bouche de certains pr&eacute;lats, avaient exprim&eacute; leur d&eacute;sapprobation de l&rsquo;importance croissante accord&eacute;e par les familles et les commer&ccedil;ants au personnage du P&egrave;re No&euml;l. Elles d&eacute;non&ccedil;aient une &laquo;&nbsp;paganisation&nbsp;&raquo; inqui&eacute;tante de la f&ecirc;te de la Nativit&eacute;, d&eacute;tournant l&rsquo;esprit public du sens proprement chr&eacute;tien de cette comm&eacute;moration, au profit d&rsquo;un mythe sans valeur religieuse. Ces attaques se sont d&eacute;velopp&eacute;es &agrave; la veille de No&euml;l&thinsp;; avec plus de discr&eacute;tion sans doute, mais autant de fermet&eacute;, l&rsquo;&Eacute;glise protestante a joint sa voix &agrave; celle de l&rsquo;&Eacute;glise catholique. D&eacute;j&agrave;, des lettres de lecteurs et des articles apparaissaient dans les journaux et t&eacute;moignaient, dans des sens divers mais g&eacute;n&eacute;ralement hostiles &agrave; la position eccl&eacute;siastique, de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t &eacute;veill&eacute; par cette affaire. Enfin, le point culminant fut atteint le 24&nbsp;d&eacute;cembre, &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une manifestation dont le correspondant du journal&nbsp;<em>France-Soir</em>&nbsp;a rendu compte en ces termes&thinsp;:<br /><span></span><strong><em>Devant les enfants des patronages, le P&egrave;re No&euml;l a &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute; sur le parvis de la cath&eacute;drale de Dijon</em></strong><br /><span></span>Dijon, 24&nbsp;d&eacute;cembre (d&eacute;p.<em>&nbsp;France-Soir</em>)<br /><span></span><em>Le P&egrave;re No&euml;l a &eacute;t&eacute; pendu hier apr&egrave;s-midi aux grilles de la cath&eacute;drale de Dijon et br&ucirc;l&eacute; publiquement sur le parvis. Cette ex&eacute;cution spectaculaire s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute;e en pr&eacute;sence de plusieurs centaines d&rsquo;enfants des patronages. Elle avait &eacute;t&eacute; d&eacute;cid&eacute;e avec l&rsquo;accord du clerg&eacute; qui avait condamn&eacute; le P&egrave;re No&euml;l comme usurpateur et h&eacute;r&eacute;tique. Il avait &eacute;t&eacute; accus&eacute; de paganiser la f&ecirc;te de No&euml;l et de s&rsquo;y &ecirc;tre install&eacute; comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s&rsquo;&ecirc;tre introduit dans les &eacute;coles publiques d&rsquo;o&ugrave; la cr&egrave;che est scrupuleusement bannie.</em><br /><span></span><em>Dimanche &agrave; trois heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, le malheureux bonhomme &agrave; barbe blanche a pay&eacute; comme beaucoup d&rsquo;innocents une faute dont s&rsquo;&eacute;taient rendus coupables ceux qui applaudiront &agrave; son ex&eacute;cution. Le feu a embras&eacute; sa barbe et il s&rsquo;est &eacute;vanoui dans la fum&eacute;e. [&hellip;]</em><br /><span></span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/pere-noel_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <h2 class="wsite-content-title"><em><font color="#2a2a2a">&laquo; Il ne s'agit pas de justifier les raisons pour lesquelles le P&egrave;re No&euml;l pla&icirc;t aux enfants, mais bien celles qui ont pouss&eacute; les adultes &agrave; l'inventer &raquo;</font></em></h2>  <div class="paragraph">Le jour m&ecirc;me, le supplice du P&egrave;re No&euml;l passait au premier rang de l&rsquo;actualit&eacute;&thinsp;; pas un journal qui ne comment&acirc;t l&rsquo;incident [&hellip;]. Le ton de la plupart des articles est celui d&rsquo;une sensiblerie pleine de tact&thinsp;: il est si joli de croire au P&egrave;re No&euml;l, cela ne fait de mal &agrave; personne, les enfants en tirent de grandes satisfactions et font provision de d&eacute;licieux souvenirs pour l&rsquo;&acirc;ge m&ucirc;r, etc. En fait, on fuit la question au lieu d&rsquo;y r&eacute;pondre, car il ne s&rsquo;agit pas de justifier les raisons pour lesquelles le P&egrave;re No&euml;l pla&icirc;t aux enfants, mais bien celles qui ont pouss&eacute; les adultes &agrave; l&rsquo;inventer. [&hellip;] Nous sommes en pr&eacute;sence d&rsquo;une manifestation symptomatique d&rsquo;une tr&egrave;s rapide &eacute;volution des m&oelig;urs et des croyances, d&rsquo;abord en France, mais aussi sans doute ailleurs. Ce n&rsquo;est pas tous les jours que l&rsquo;ethnologue trouve ainsi l&rsquo;occasion d&rsquo;observer, dans sa propre soci&eacute;t&eacute;, la croissance subite d&rsquo;un rite, et m&ecirc;me d&rsquo;un culte&thinsp;; d&rsquo;en rechercher les causes et d&rsquo;en &eacute;tudier l&rsquo;impact sur les autres formes de la vie religieuse&thinsp;; enfin d&rsquo;essayer de comprendre &agrave; quelles transformations d&rsquo;ensemble, &agrave; la fois mentales et sociales, se rattachent des manifestations visibles sur lesquelles l&rsquo;&Eacute;glise &ndash; forte d&rsquo;une exp&eacute;rience traditionnelle en ces mati&egrave;res &ndash; ne s&rsquo;est pas tromp&eacute;e, au moins dans la mesure o&ugrave; elle se bornait &agrave; leur attribuer une valeur significative.<br /><span></span>Depuis trois ans environ, c&rsquo;est-&agrave;-dire depuis que l&rsquo;activit&eacute; &eacute;conomique est redevenue &agrave; peu pr&egrave;s normale, la c&eacute;l&eacute;bration de No&euml;l a pris en France une ampleur inconnue avant-guerre. Il est certain que ce d&eacute;veloppement, tant par son importance mat&eacute;rielle que par les formes sous lesquelles il se produit, est un r&eacute;sultat direct de l&rsquo;influence et du prestige des &Eacute;tats-Unis d&rsquo;Am&eacute;rique. Ainsi, on a vu simultan&eacute;ment appara&icirc;tre les grands sapins dress&eacute;s aux carrefours ou sur les art&egrave;res principales, illumin&eacute;s la nuit&thinsp;; les papiers d&rsquo;emballage histori&eacute;s pour cadeaux de No&euml;l&thinsp;; les cartes de v&oelig;ux &agrave; vignette, avec l&rsquo;usage de les exposer pendant la semaine fatidique sur la chemin&eacute;e du r&eacute;cipiendaire&thinsp;; les qu&ecirc;tes de l&rsquo;Arm&eacute;e du Salut suspendant ses chaudrons en guise de s&eacute;biles sur les places et dans les rues&thinsp;; enfin les personnages d&eacute;guis&eacute;s en P&egrave;re No&euml;l pour recevoir les suppliques des enfants dans les grands magasins.<br /><span></span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/perenoel2_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">[...] En second lieu, il ne faut pas oublier que, d&egrave;s avant la guerre, la c&eacute;l&eacute;bration suivait en France et dans toute l&rsquo;Europe une marche ascendante. Le fait est d&rsquo;abord li&eacute; &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration progressive du niveau de vie&thinsp;; mais il comporte aussi des causes plus subtiles. Avec les traits que nous lui connaissons, No&euml;l est essentiellement une f&ecirc;te moderne et cela malgr&eacute; la multiplicit&eacute; des caract&egrave;res archa&iuml;sants. L&rsquo;usage du gui n&rsquo;est pas, au moins imm&eacute;diatement, une survivance druidique, car il para&icirc;t avoir &eacute;t&eacute; remis &agrave; la mode au Moyen &Acirc;ge. Le sapin de No&euml;l n&rsquo;est mentionn&eacute; nulle part avant certains textes allemands du XVII<span>e</span>&nbsp;si&egrave;cle&thinsp;; il passe en Angleterre au XVIII<span>e</span>&nbsp;si&egrave;cle, en France au XIX<span>e</span>&nbsp;seulement. Littr&eacute; para&icirc;t mal le conna&icirc;tre, ou sous une forme assez diff&eacute;rente de la n&ocirc;tre puisqu&rsquo;il le d&eacute;finit comme se disant&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;dans quelques pays, d&rsquo;une branche de sapin ou de houx diversement orn&eacute;e, garnie surtout de bonbons et de joujoux pour donner aux enfants, qui s&rsquo;en font une f&ecirc;te&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;(art. No&euml;l). La diversit&eacute; des noms donn&eacute;s au personnage ayant le r&ocirc;le de distribuer des jouets aux enfants, P&egrave;re No&euml;l, saint Nicolas, Santa Claus, montre aussi qu&rsquo;il est le produit d&rsquo;un ph&eacute;nom&egrave;ne de convergence et non un prototype ancien partout conserv&eacute;.<br />[...]<br />Le P&egrave;re No&euml;l est v&ecirc;tu d&rsquo;&eacute;carlate&thinsp;: c&rsquo;est un roi. Sa barbe blanche, ses fourrures et ses bottes, le tra&icirc;neau dans lequel il voyage, &eacute;voquent l&rsquo;hiver. On l&rsquo;appelle &laquo;&nbsp;P&egrave;re&nbsp;&raquo; et c&rsquo;est un vieillard, donc il incarne la forme bienveillante de l&rsquo;autorit&eacute; des anciens. Tout cela est assez clair, mais dans quelle cat&eacute;gorie convient-il de le ranger, du point de vue de la typologie religieuse&thinsp;? Ce n&rsquo;est pas un &ecirc;tre mythique, car il n&rsquo;y a pas de mythe qui rende compte de son origine et de ses fonctions&thinsp;; et ce n&rsquo;est pas non plus un personnage de l&eacute;gende puisque aucun r&eacute;cit semi-historique ne lui est attach&eacute;. En fait, cet &ecirc;tre surnaturel et immuable, &eacute;ternellement fix&eacute; dans sa forme et d&eacute;fini par une fonction exclusive et un retour p&eacute;riodique, rel&egrave;ve plut&ocirc;t de la famille des divinit&eacute;s&thinsp;; il re&ccedil;oit d&rsquo;ailleurs un culte de la part des enfants, &agrave; certaines &eacute;poques de l&rsquo;ann&eacute;e, sous forme de lettres et de pri&egrave;res&thinsp;; il r&eacute;compense les bons et prive les m&eacute;chants. C&rsquo;est la divinit&eacute; d&rsquo;une classe d&rsquo;&acirc;ge de notre soci&eacute;t&eacute; (classe d&rsquo;&acirc;ge que la croyance au P&egrave;re No&euml;l suffit d&rsquo;ailleurs &agrave; caract&eacute;riser), et la seule diff&eacute;rence entre le P&egrave;re No&euml;l et une divinit&eacute; v&eacute;ritable est que les adultes ne croient pas en lui, bien qu&rsquo;ils encouragent leurs enfants &agrave; y croire et qu&rsquo;ils entretiennent cette croyance par un grand nombre de mystifications.<br /></div>  <div class="wsite-youtube" style="margin-bottom:10px;margin-top:10px;"><div class="wsite-youtube-wrapper wsite-youtube-size-auto wsite-youtube-align-center"> <div class="wsite-youtube-container">  <iframe src="//www.youtube.com/embed/c534A-1-eFs?wmode=opaque" frameborder="0" allowfullscreen></iframe> </div> </div></div>  <h2 class="wsite-content-title"><em><font color="#2a2a2a">&laquo; Le p&egrave;re No&euml;l est d'abord l'expression d'un statut diff&eacute;rentiel entre les petits enfants d'une part, les adolescents et les adultes de l'autre &raquo;</font></em></h2>  <div class="paragraph"><span style="color:rgb(51, 51, 51)">Le P&egrave;re No&euml;l est donc, d&rsquo;abord, l&rsquo;expression d&rsquo;un statut diff&eacute;rentiel entre les petits enfants d&rsquo;une part, les adolescents et les adultes de l&rsquo;autre. &Agrave; cet &eacute;gard, il se rattache &agrave; un vaste ensemble de croyances et de pratiques que les ethnologues ont &eacute;tudi&eacute;es dans la plupart des soci&eacute;t&eacute;s, &agrave; savoir les rites de passages et d&rsquo;initiation. Il y a peu de groupements humains, en effet, o&ugrave;, sous une forme ou sous une autre, les enfants (parfois aussi les femmes) ne soient exclus de la soci&eacute;t&eacute; des hommes par l&rsquo;ignorance de certains myst&egrave;res ou la croyance &ndash;&nbsp;soigneusement entretenue&nbsp;&ndash; en quelque illusion que les adultes se r&eacute;servent de d&eacute;voiler au moment opportun, consacrant ainsi l&rsquo;agr&eacute;gation des jeunes g&eacute;n&eacute;rations &agrave; la leur. Parfois, ces rites ressemblent de fa&ccedil;on surprenante &agrave; ceux que nous examinons en ce moment. Comment, par exemple, ne pas &ecirc;tre frapp&eacute; de l&rsquo;analogie qui existe entre le P&egrave;re No&euml;l et les&nbsp;</span><em style="color:rgb(51, 51, 51)">katchina</em><span style="color:rgb(51, 51, 51)">&nbsp;des Indiens du sud-ouest des &Eacute;tats-Unis&thinsp;? Ces personnages costum&eacute;s et masqu&eacute;s incarnent des dieux et des anc&ecirc;tres&thinsp;; ils reviennent p&eacute;riodiquement visiter leur village pour y danser, et pour punir ou r&eacute;compenser les enfants, car on s&rsquo;arrange pour que ceux-ci ne reconnaissent pas leurs parents ou familiers sous le d&eacute;guisement traditionnel. Le P&egrave;re No&euml;l appartient certainement &agrave; la m&ecirc;me famille, avec d&rsquo;autres comparses maintenant rejet&eacute;s &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re-plan&thinsp;: Croquemitaine, P&egrave;re Fouettard, etc. Il est extr&ecirc;mement significatif que les m&ecirc;mes tendances &eacute;ducationnelles qui proscrivent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;appel &agrave; ces&nbsp;</span><em style="color:rgb(51, 51, 51)">katchina</em><span style="color:rgb(51, 51, 51)">&nbsp;punitives aient abouti &agrave; exalter le personnage bienveillant du P&egrave;re No&euml;l, au lieu &ndash;&nbsp;comme le d&eacute;veloppement de l&rsquo;esprit positif et rationaliste aurait pu le faire supposer&nbsp;&ndash; de l&rsquo;englober dans la m&ecirc;me condamnation. Il n&rsquo;y a pas eu &agrave; cet &eacute;gard de rationalisation des m&eacute;thodes d&rsquo;&eacute;ducation, car le P&egrave;re No&euml;l n&rsquo;est pas plus &laquo;&nbsp;rationnel&nbsp;&raquo; que le P&egrave;re Fouettard (l&rsquo;&Eacute;glise a raison sur ce point)&thinsp;: nous assistons plut&ocirc;t &agrave; un d&eacute;placement mythique, et c&rsquo;est celui-ci qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;expliquer. Il est bien certain que rites et mythes d&rsquo;initiation ont, dans les soci&eacute;t&eacute;s humaines, une fonction pratique&thinsp;: ils aident les a&icirc;n&eacute;s &agrave; maintenir leurs cadets dans l&rsquo;ordre et l&rsquo;ob&eacute;issance. Pendant toute l&rsquo;ann&eacute;e, nous invoquons la visite du P&egrave;re No&euml;l pour rappeler &agrave; nos enfants que sa g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; se mesurera &agrave; leur sagesse&thinsp;; et le caract&egrave;re p&eacute;riodique de la distribution des cadeaux sert utilement &agrave; discipliner les revendications enfantines, &agrave; r&eacute;duire &agrave; une courte p&eacute;riode le moment o&ugrave; ils ont vraiment droit &agrave; exiger des cadeaux. Mais ce simple &eacute;nonc&eacute; suffit &agrave; faire &eacute;clater les cadres de l&rsquo;explication utilitaire. Car d&rsquo;o&ugrave; vient que les enfants aient des droits, et que ces droits s&rsquo;imposent si imp&eacute;rieusement aux adultes que ceux-ci soient oblig&eacute;s d&rsquo;&eacute;laborer une mythologie et un rituel co&ucirc;teux et compliqu&eacute;s pour parvenir &agrave; les contenir et &agrave; les limiter&thinsp;? On voit tout de suite que la croyance au P&egrave;re No&euml;l n&rsquo;est pas seulement une mystification inflig&eacute;e plaisamment par les adultes aux enfants&thinsp;; c&rsquo;est, dans une tr&egrave;s large mesure, le r&eacute;sultat d&rsquo;une transaction fort on&eacute;reuse entre les deux g&eacute;n&eacute;rations. Il en est du rituel entier comme des plantes vertes &ndash;&nbsp;sapin, houx, lierre, gui&nbsp;&ndash; dont nous d&eacute;corons nos maisons. Aujourd&rsquo;hui, luxe gratuit, elles furent jadis, dans quelques r&eacute;gions au moins, l&rsquo;objet d&rsquo;un &eacute;change entre deux classes de la population&thinsp;: &agrave; la veille de No&euml;l, en Angleterre, jusqu&rsquo;&agrave; la fin du XVIII</span><span style="color:rgb(51, 51, 51)">e</span><span style="color:rgb(51, 51, 51)">&nbsp;si&egrave;cle encore, les femmes allaient&nbsp;</span><em style="color:rgb(51, 51, 51)">a gooding</em><span style="color:rgb(51, 51, 51)">, c&rsquo;est-&agrave;-dire elles qu&ecirc;taient de maison en maison et fournissaient les donateurs de rameaux verts en retour. Nous retrouverons les enfants dans la m&ecirc;me position de marchandage, et il est bon de noter ici que, pour qu&ecirc;ter &agrave; la Saint-Nicolas, les enfants se d&eacute;guisaient parfois en femmes&thinsp;: femmes, enfants, c&rsquo;est-&agrave;-dire dans les deux cas non-initi&eacute;s.</span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/katchina_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Katchina </div> </div></div>  <div class="paragraph">Or, il est un aspect fort important des rituels d&rsquo;initiation auquel on n&rsquo;a pas toujours pr&ecirc;t&eacute; une attention suffisante, mais qui &eacute;claire plus profond&eacute;ment leur nature que les consid&eacute;rations utilitaires &eacute;voqu&eacute;es au paragraphe pr&eacute;c&eacute;dent. Prenons comme exemple le rituel des&nbsp;<em>katchina</em>&nbsp;propre aux Indiens Pueblo, dont nous avons d&eacute;j&agrave; parl&eacute;. Si les enfants sont tenus dans l&rsquo;ignorance de la nature humaine des personnages incarnant les&nbsp;<em>katchina</em>, est-ce seulement pour qu&rsquo;ils les craignent ou les respectent, et se conduisent en cons&eacute;quence&thinsp;? Oui, sans doute, mais cela n&rsquo;est que la fonction secondaire du rituel&thinsp;; car il y a une autre explication, que le mythe d&rsquo;origine met parfaitement en lumi&egrave;re. Ce mythe explique que les&nbsp;<em>katchina</em>&nbsp;sont les &acirc;mes des premiers enfants indig&egrave;nes, dramatiquement noy&eacute;s dans une rivi&egrave;re &agrave; l&rsquo;&eacute;poque des migrations ancestrales. Les&nbsp;<em>katchina</em>&nbsp;sont donc, &agrave; la fois, preuve de la mort et t&eacute;moignage de la vie apr&egrave;s la mort. Mais il y a plus&thinsp;: quand les anc&ecirc;tres des Indiens actuels se furent enfin fix&eacute;s dans leur village, le mythe rapporte que les&nbsp;<em>katchina</em>&nbsp;venaient chaque ann&eacute;e leur rendre visite et qu&rsquo;en partant elles emportaient les enfants. Les indig&egrave;nes, d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s de perdre leur prog&eacute;niture, obtinrent des&nbsp;<em>katchina</em>&nbsp;qu&rsquo;elles restassent dans l&rsquo;au-del&agrave;, en &eacute;change de la promesse de les repr&eacute;senter chaque ann&eacute;e au moyen de masques et de danses. Si les enfants sont exclus du myst&egrave;re des&nbsp;<em>katchina</em>, ce n&rsquo;est donc pas d&rsquo;abord ni surtout, pour les intimider. Je dirais volontiers que c&rsquo;est pour la raison inverse&thinsp;: c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils sont les&nbsp;<em>katchina</em>. Ils sont tenus en dehors de la mystification, parce qu&rsquo;ils repr&eacute;sentent la r&eacute;alit&eacute; avec laquelle la mystification constitue une sorte de compromis. Leur place est ailleurs&thinsp;: non pas avec les masques et avec les vivants, mais avec les dieux et avec les morts&thinsp;; avec les dieux qui sont les morts. Et les morts sont les enfants. Nous croyons que cette interpr&eacute;tation peut &ecirc;tre &eacute;tendue &agrave; tous les rites d&rsquo;initiation et m&ecirc;me &agrave; toutes les occasions o&ugrave; la soci&eacute;t&eacute; se divise en deux groupes. La &laquo;&nbsp;non-initiation&nbsp;&raquo; n&rsquo;est pas purement un &eacute;tat de privation, d&eacute;fini par l&rsquo;ignorance, l&rsquo;illusion ou autres connotations n&eacute;gatives. Le rapport entre initi&eacute;s et non-initi&eacute;s a un contenu positif. C&rsquo;est un rapport compl&eacute;mentaire entre deux groupes dont l&rsquo;un repr&eacute;sente les morts et l&rsquo;autre les vivants. Au cours m&ecirc;me du rituel, les r&ocirc;les sont d&rsquo;ailleurs souvent intervertis, et &agrave; plusieurs reprises, car la dualit&eacute; engendre une r&eacute;ciprocit&eacute; de perspectives qui, comme dans le cas des miroirs se faisant face, peut se r&eacute;p&eacute;ter &agrave; l&rsquo;infini&thinsp;: si les non-initi&eacute;s sont les morts, ce sont aussi de super-initi&eacute;s&thinsp;; et si, comme cela arrive souvent aussi, ce sont les initi&eacute;s qui personnifient les fant&ocirc;mes des morts pour &eacute;pouvanter les novices, c&rsquo;est &agrave; ceux-ci qu&rsquo;il appartiendra, dans un stade ult&eacute;rieur du rituel, de les disperser et de pr&eacute;venir leur retour. Sans pousser plus avant ces consid&eacute;rations qui nous &eacute;loigneraient de notre propos, il suffira de se rappeler que, dans la mesure o&ugrave; les rites et les croyances li&eacute;s au P&egrave;re No&euml;l rel&egrave;vent d&rsquo;une sociologie initiatique (et cela n&rsquo;est pas douteux), ils mettent en &eacute;vidence, derri&egrave;re l&rsquo;opposition entre enfants et adultes, une opposition plus profonde entre morts et vivants.<br />[...] Il est g&eacute;n&eacute;ralement admis par les historiens des religions et par les folkloristes que l&rsquo;origine lointaine du P&egrave;re No&euml;l se trouve dans cet abb&eacute; de Liesse,&nbsp;<em>Abbas Stultorum</em>, abb&eacute; de la Malgouvern&eacute; qui traduit exactement l&rsquo;anglais&nbsp;<em>Lord of Misrule</em>, tous personnages qui sont, pour une dur&eacute;e d&eacute;termin&eacute;e, rois de No&euml;l et en qui on reconna&icirc;t les h&eacute;ritiers du roi des Saturnales de l&rsquo;&eacute;poque romaine. Or les Saturnales &eacute;taient la f&ecirc;te des&nbsp;<em>larvae</em>, c&rsquo;est-&agrave;-dire des morts par violence ou laiss&eacute;s sans s&eacute;pulture, et derri&egrave;re le vieillard Saturne d&eacute;voreur d&rsquo;enfants se profilent, comme autant d&rsquo;images sym&eacute;triques, le bonhomme No&euml;l, bienfaiteur des enfants&thinsp;; le Julebok scandinave, d&eacute;mon cornu du monde souterrain porteur de cadeaux aux enfants&thinsp;; saint Nicolas qui les ressuscite et les comble de pr&eacute;sents&thinsp;; enfin les&nbsp;<em>katchina</em>, enfants pr&eacute;cocement morts, qui renoncent &agrave; leur r&ocirc;le de tueuses d&rsquo;enfants pour devenir alternativement dispensatrices de ch&acirc;timents et de cadeaux.</div>  <div class="wsite-youtube" style="margin-bottom:10px;margin-top:10px;"><div class="wsite-youtube-wrapper wsite-youtube-size-auto wsite-youtube-align-center"> <div class="wsite-youtube-container">  <iframe src="//www.youtube.com/embed/DVOrMGUc8IQ?wmode=opaque" frameborder="0" allowfullscreen></iframe> </div> </div></div>  <div class="paragraph">[...] Les explications par survivance sont toujours incompl&egrave;tes&thinsp;; car les coutumes ne disparaissent ni ne survivent sans raison. Quand elles subsistent, la cause s&rsquo;en trouve moins dans la viscosit&eacute; historique que dans la permanence d&rsquo;une fonction que l&rsquo;analyse du pr&eacute;sent doit permettre de d&eacute;celer. Si nous avons donn&eacute; aux Indiens Pueblo une place pr&eacute;dominante dans notre discussion, c&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment parce que l&rsquo;absence de toute relation historique concevable entre leurs institutions et les n&ocirc;tres (si l&rsquo;on excepte certaines influences espagnoles tardives, au XVII<span>e</span>&nbsp;si&egrave;cle) montre bien que nous sommes en pr&eacute;sence, avec les rites de No&euml;l, non pas seulement de vestiges historiques, mais de formes de pens&eacute;e et de conduite qui rel&egrave;vent des conditions les plus g&eacute;n&eacute;rales de la vie en soci&eacute;t&eacute;. Les Saturnales et la c&eacute;l&eacute;bration m&eacute;di&eacute;vale de No&euml;l ne contiennent pas la raison derni&egrave;re d&rsquo;un rituel autrement inexplicable et d&eacute;pourvu de signification&thinsp;; mais elles fournissent un mat&eacute;riel comparatif utile pour d&eacute;gager le sens profond d&rsquo;institutions r&eacute;currentes. Il n&rsquo;est pas &eacute;tonnant que les aspects non chr&eacute;tiens de la f&ecirc;te de No&euml;l ressemblent aux Saturnales, puisqu&rsquo;on a de bonnes raisons de supposer que l&rsquo;&Eacute;glise a fix&eacute; la date de la Nativit&eacute; au 25&nbsp;d&eacute;cembre (au lieu de mars ou de janvier) pour substituer sa comm&eacute;moration aux f&ecirc;tes pa&iuml;ennes qui se d&eacute;roulaient primitivement le 17&nbsp;d&eacute;cembre, mais qui, &agrave; la fin de l&rsquo;Empire, s&rsquo;&eacute;tendaient sur sept jours, c&rsquo;est-&agrave;-dire jusqu&rsquo;au&nbsp;24. En fait, depuis l&rsquo;Antiquit&eacute; jusqu&rsquo;au Moyen &Acirc;ge, les &laquo;&nbsp;f&ecirc;tes de d&eacute;cembre&nbsp;&raquo; offrent les m&ecirc;mes caract&egrave;res. D&rsquo;abord la d&eacute;coration des &eacute;difices avec des plantes vertes&thinsp;; ensuite les cadeaux &eacute;chang&eacute;s, ou donn&eacute;s aux enfants&thinsp;; la ga&icirc;t&eacute; et les festins&thinsp;; enfin la fraternisation entre les riches et les pauvres, les ma&icirc;tres et les serviteurs. Quand on analyse les faits de plus pr&egrave;s, certaines analogies de structure &eacute;galement frappantes apparaissent. Comme les Saturnales romaines, la No&euml;l m&eacute;di&eacute;vale offre deux caract&egrave;res syncr&eacute;tiques et oppos&eacute;s. C&rsquo;est d&rsquo;abord un rassemblement et une communion&thinsp;: la distinction entre les classes et les &eacute;tats est temporairement abolie, esclaves ou serviteurs s&rsquo;asseyent &agrave; la table des ma&icirc;tres et ceux-ci deviennent leurs domestiques&thinsp;; les tables, richement garnies, sont ouvertes &agrave; tous&thinsp;; les sexes &eacute;changent les v&ecirc;tements. Mais, en m&ecirc;me temps, le groupe social se scinde en deux&thinsp;: la jeunesse se constitue en corps autonome, elle &eacute;lit son souverain, abb&eacute; de la Jeunesse, ou, comme en &Eacute;cosse&nbsp;<em>Abbot of Unreason</em>&thinsp;; et, comme ce titre l&rsquo;indique, elle se livre &agrave; une conduite d&eacute;raisonnable se traduisant par des abus commis au pr&eacute;judice du reste de la population et dont nous savons que, jusqu&rsquo;&agrave; la Renaissance, ils prenaient les formes les plus extr&ecirc;mes&thinsp;: blasph&egrave;me, vol, viol et m&ecirc;me meurtre. Pendant la No&euml;l comme pendant les Saturnales, la soci&eacute;t&eacute; fonctionne selon un double rythme de solidarit&eacute; accrue et d&rsquo;antagonisme exacerb&eacute;, et ces deux caract&egrave;res sont donn&eacute;s comme un couple d&rsquo;oppositions corr&eacute;latives. Le personnage de l&rsquo;abb&eacute; de Liesse effectue une sorte de m&eacute;diation entre ces deux aspects. Il est reconnu et m&ecirc;me intronis&eacute; par les autorit&eacute;s r&eacute;guli&egrave;res&thinsp;; sa mission est de commander les exc&egrave;s tout en les contenant dans certaines limites. Quel rapport y a-t-il entre ce personnage et sa fonction, et le personnage et la fonction du P&egrave;re No&euml;l, son lointain descendant&thinsp;?<br /><span></span>Il faut ici distinguer soigneusement entre le point de vue historique et le point de vue structural. Historiquement, nous l&rsquo;avons dit, le P&egrave;re No&euml;l de l&rsquo;Europe occidentale, sa pr&eacute;dilection pour les chemin&eacute;es et pour les chaussures, r&eacute;sultent purement et simplement d&rsquo;un d&eacute;placement r&eacute;cent de la f&ecirc;te de saint Nicolas, assimil&eacute;e &agrave; la c&eacute;l&eacute;bration de No&euml;l, trois semaines plus tard. Cela nous explique que le jeune abb&eacute; soit devenu un vieillard&thinsp;; mais seulement en partie, car les transformations sont plus syst&eacute;matiques que le hasard des connexions historiques et calendaires ne r&eacute;ussirait &agrave; le faire admettre. Un personnage r&eacute;el est devenu un personnage mythique&thinsp;; une &eacute;manation de la jeunesse, symbolisant son antagonisme par rapport aux adultes, s&rsquo;est chang&eacute;e en symbole de l&rsquo;&acirc;ge m&ucirc;r dont il traduit les dispositions bienveillantes envers la jeunesse&thinsp;; l&rsquo;ap&ocirc;tre de l&rsquo;inconduite est charg&eacute; de sanctionner la bonne conduite. Aux adolescents ouvertement agressifs envers les parents se substituent les parents se cachant sous une fausse barbe pour combler les enfants. Le m&eacute;diateur imaginaire remplace le m&eacute;diateur r&eacute;el et, en m&ecirc;me temps qu&rsquo;il change de nature, il se met &agrave; fonctionner dans l&rsquo;autre sens.<br /><span></span>[...] Mais examinons plut&ocirc;t le r&ocirc;le des enfants.<br /><span></span>Au Moyen &Acirc;ge, les enfants n&rsquo;attendent pas dans une patiente expectative la descente de leurs jouets par la chemin&eacute;e. G&eacute;n&eacute;ralement d&eacute;guis&eacute;s et form&eacute;s en bande que le vieux fran&ccedil;ais nomme, pour cette raison, &laquo;&nbsp;guisards&nbsp;&raquo;, ils vont de maison en maison chanter et pr&eacute;senter leurs v&oelig;ux, recevant en &eacute;changes des fruits et des g&acirc;teaux. Fait significatif, ils &eacute;voquent la mort pour faire valoir leur cr&eacute;ance. Ainsi au XVIII<span>e</span>&nbsp;si&egrave;cle, en &Eacute;cosse, ils chantent ce couplet&thinsp;:<br /><span></span><em>Rise up, good wife, and be no&rsquo; swier (lazy)</em><br /><span></span><em>To deal your bread as long&rsquo;s you&rsquo;re here&thinsp;;</em><br /><span></span><em>The time will come when you&rsquo;ll be dead,</em><br /><span></span><em>And neither want nor meal nor bread.</em>&nbsp;<span>1</span><br /><span></span>Si m&ecirc;me nous ne poss&eacute;dions pas cette pr&eacute;cieuse indication et celle, non moins significative, du d&eacute;guisement qui transforme les acteurs en esprits ou fant&ocirc;mes, nous en aurions d&rsquo;autres, tir&eacute;es de l&rsquo;&eacute;tude des qu&ecirc;tes d&rsquo;enfants. On sait que celles-ci ne sont pas limit&eacute;es &agrave; No&euml;l&nbsp;<span>2</span>. Elles se succ&egrave;dent pendant toute la p&eacute;riode critique de l&rsquo;automne, o&ugrave; la nuit menace le jour comme les morts se font harceleurs des vivants. Les qu&ecirc;tes de No&euml;l commencent plusieurs semaines avant la Nativit&eacute;, g&eacute;n&eacute;ralement trois, &eacute;tablissant donc la liaison avec les qu&ecirc;tes, &eacute;galement costum&eacute;es, de la f&ecirc;te de saint Nicolas qui ressuscita les enfants morts&thinsp;; et leur caract&egrave;re est encore mieux marqu&eacute; dans la qu&ecirc;te initiale de la saison, celle de Hallow-Even &ndash;&nbsp;devenue veille de la Toussaint par d&eacute;cision eccl&eacute;siastique&nbsp;&ndash; o&ugrave;, aujourd&rsquo;hui encore dans les pays anglo-saxons, les enfants costum&eacute;s en fant&ocirc;mes et en squelettes pers&eacute;cutent les adultes &agrave; moins que ceux-ci r&eacute;diment leur repos au moyen de menus pr&eacute;sents. Le progr&egrave;s de l&rsquo;automne, depuis son d&eacute;but jusqu&rsquo;au solstice qui marque le sauvetage de la lumi&egrave;re et de la vie, s&rsquo;accompagne donc, sur le plan rituel, d&rsquo;une d&eacute;marche dialectique dont les principales &eacute;tapes sont&thinsp;: le retour des morts, leur conduite mena&ccedil;ante et pers&eacute;cutrice, l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;un&nbsp;<em>modus vivendi</em>&nbsp;avec les vivants fait d&rsquo;un &eacute;change de services et de pr&eacute;sents, enfin le triomphe de la vie quand, &agrave; la No&euml;l, les morts combl&eacute;s de cadeaux quittent les vivants pour les laisser en paix jusqu&rsquo;au prochain automne. Il est r&eacute;v&eacute;lateur que les pays latins et catholiques, jusqu&rsquo;au si&egrave;cle dernier, aient mis l&rsquo;accent sur la Saint-Nicolas, c&rsquo;est-&agrave;-dire la forme la plus&nbsp;<em>mesur&eacute;e</em>&nbsp;de la relation, tandis que les pays anglo-saxons la d&eacute;doublent volontiers en ses deux formes extr&ecirc;mes et antith&eacute;tiques de Halloween, o&ugrave; les enfants jouent les morts pour se faire exacteurs des adultes, et de Christmas, o&ugrave; les adultes comblent les enfants pour exalter leur vitalit&eacute;.&nbsp;<br /><span></span></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/jouets_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <h2 class="wsite-content-title"><em><font color="#2a2a2a">&laquo;N'est-ce pas qu'au fond de nous veille toujours le d&eacute;sir de croire, aussi peu que ce soit en un bref intervalle durant lequel sont suspendues toutes craintes, toute envie et toute amertume&raquo;</font></em></h2>  <div class="paragraph">Mais qui peut personnifier les morts, dans une soci&eacute;t&eacute; de vivants, sinon tous ceux qui, d&rsquo;une fa&ccedil;on ou de l&rsquo;autre, sont incompl&egrave;tement incorpor&eacute;s au groupe, c&rsquo;est-&agrave;-dire participent de cette alt&eacute;rit&eacute; qui est la marque m&ecirc;me du supr&ecirc;me dualisme&thinsp;: celui des morts et des vivants&thinsp;? Ne nous &eacute;tonnons donc pas de voir les &eacute;trangers, les esclaves et les enfants devenir les principaux b&eacute;n&eacute;ficiaires de la f&ecirc;te. L&rsquo;inf&eacute;riorit&eacute; de statut politique ou social, l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; des &acirc;ges fournissent &agrave; cet &eacute;gard des crit&egrave;res &eacute;quivalents. En fait, nous avons d&rsquo;innombrables t&eacute;moignages, surtout pour les mondes scandinave et slave, qui d&eacute;c&egrave;lent le caract&egrave;re propre du r&eacute;veillon d&rsquo;&ecirc;tre un repas offert aux morts, o&ugrave; les invit&eacute;s tiennent le r&ocirc;le des morts, comme les enfants tiennent celui des anges, et les anges eux-m&ecirc;mes, celui des morts. Il n&rsquo;est donc pas surprenant que No&euml;l et le Nouvel An (son doublet) soient des f&ecirc;tes &agrave; cadeaux&thinsp;: la f&ecirc;te des morts est essentiellement la f&ecirc;te des autres, puisque le fait d&rsquo;&ecirc;tre autre est la premi&egrave;re image approch&eacute;e que nous puissions nous faire de la mort.<br /><span></span>[&hellip;] On a vu que le P&egrave;re No&euml;l est l&rsquo;h&eacute;ritier, en m&ecirc;me temps que l&rsquo;antith&egrave;se, de l&rsquo;abb&eacute; de D&eacute;raison. Cette transformation est d&rsquo;abord l&rsquo;indice d&rsquo;une am&eacute;lioration de nos rapports avec la mort&thinsp;; nous ne jugeons plus utile, pour &ecirc;tre quittes avec elle, de lui permettre p&eacute;riodiquement la subversion de l&rsquo;ordre et des lois. La relation est domin&eacute;e maintenant par un esprit de bienveillance un peu d&eacute;daigneuse&thinsp;; nous pouvons &ecirc;tre g&eacute;n&eacute;reux, prendre l&rsquo;initiative, puisqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit plus que de lui offrir des cadeaux, et m&ecirc;me des jouets, c&rsquo;est-&agrave;-dire des symboles. Mais cet affaiblissement de la relation entre morts et vivants ne se fait pas aux d&eacute;pens du personnage qui l&rsquo;incarne&thinsp;: on dirait au contraire qu&rsquo;il ne s&rsquo;en d&eacute;veloppe que mieux&thinsp;; cette contradiction serait insoluble si l&rsquo;on n&rsquo;admettait qu&rsquo;une autre attitude vis-&agrave;-vis de la mort continue de faire son chemin chez nos contemporains&thinsp;: faite, non peut-&ecirc;tre de la crainte traditionnelle des esprits et des fant&ocirc;mes, mais de tout ce que la mort repr&eacute;sente, par elle-m&ecirc;me, et aussi dans la vie, d&rsquo;appauvrissement, de s&eacute;cheresse et de privation. Interrogeons-nous sur le soin tendre que nous prenons du P&egrave;re No&euml;l&thinsp;; sur les pr&eacute;cautions et les sacrifices que nous consentons pour maintenir son prestige intact aupr&egrave;s des enfants. N&rsquo;est-ce pas qu&rsquo;au fond de nous veille toujours le d&eacute;sir de croire, aussi peu que ce soit, en une g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; sans contr&ocirc;le, une gentillesse sans arri&egrave;re-pens&eacute;e&thinsp;; en un bref intervalle durant lequel sont suspendues toute crainte, toute envie et toute amertume&thinsp;? Sans doute ne pouvons-nous partager pleinement l&rsquo;illusion&thinsp;; mais ce qui justifie nos efforts, c&rsquo;est qu&rsquo;entretenue chez d&rsquo;autres, elle nous procure au moins l&rsquo;occasion de nous r&eacute;chauffer &agrave; la flamme allum&eacute;e dans ces jeunes &acirc;mes. La croyance o&ugrave; nous gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l&rsquo;au-del&agrave; apporte un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, &agrave; les offrir &agrave; l&rsquo;au-del&agrave; sous pr&eacute;texte de les donner aux enfants. Par ce moyen, les cadeaux de No&euml;l restent un sacrifice v&eacute;ritable &agrave; la douceur de vivre, laquelle consiste d&rsquo;abord &agrave; ne pas mourir.<br /><span></span>Avec beaucoup de profondeur, Salomon Reinach a &eacute;crit une fois que la grande diff&eacute;rence entre religions antiques et religions modernes tient &agrave; ce que&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;les pa&iuml;ens priaient les morts, tandis que les chr&eacute;tiens prient pour les morts&nbsp;&raquo;</em>&nbsp;<span>3</span>. Sans doute y a-t-il loin de la pri&egrave;re aux morts &agrave; cette pri&egrave;re toute m&ecirc;l&eacute;e de conjurations que, chaque ann&eacute;e et de plus en plus, nous adressons aux petits enfants &ndash;&nbsp;incarnation traditionnelle des morts&nbsp;&ndash; pour qu&rsquo;ils consentent, en croyant au P&egrave;re No&euml;l, &agrave; nous aider &agrave; croire en la vie. Nous avons pourtant d&eacute;brouill&eacute; les fils qui t&eacute;moignent de la continuit&eacute; entre ces deux expressions d&rsquo;une identique r&eacute;alit&eacute;. Mais l&rsquo;&Eacute;glise n&rsquo;a certainement pas tort quand elle d&eacute;nonce, dans la croyance au P&egrave;re No&euml;l, le bastion le plus solide, et l&rsquo;un des foyers les plus actifs du paganisme chez l&rsquo;homme moderne. Reste &agrave; savoir si l&rsquo;homme moderne ne peut pas d&eacute;fendre lui aussi ses droits d&rsquo;&ecirc;tre pa&iuml;en. [...]&nbsp;<br /><br /><br /><span></span><strong>1.</strong>&nbsp;Cit&eacute; par Brand J.,&nbsp;<em>Observations on Popular Antiquities</em>&nbsp;(nouvelle &eacute;dition), Londres, 1900.&nbsp;<em>[L&egrave;ve-toi, ma bonne &eacute;pouse, et ne tra&icirc;ne pas / Pour donner ton pain tant que tu es l&agrave; / Viendra le temps o&ugrave; tu mourras / et ne voudras ni farine ni pain.]</em><br /><strong>2.</strong>&nbsp;Voir sur ce point Varagnac A.,&nbsp;<em>Civilisation traditionnelle et genre de vie,</em>&nbsp;Paris, 1948, pp.&nbsp;92, 122, et&nbsp;<em>passim.</em><br /><strong>3.</strong>&nbsp;Salomon Reinach (1858-1932), arch&eacute;ologue et historien des religions, &laquo;&nbsp;L&rsquo;origine des pri&egrave;res des morts&nbsp;&raquo;, dans&nbsp;<em>Cultes, mythes et religions,</em>&nbsp;Paris, 1905, tome 1, p.&nbsp;319.<br /><br /><span></span><strong>Nous remercions Claude Lanzmann et la revue&nbsp;<em>Les Temps modernes,</em>&nbsp;dans laquelle le texte &laquo;&nbsp;Le P&egrave;re No&euml;l supplici&eacute;&nbsp;&raquo; est paru initialement et int&eacute;gralement (n&deg;&nbsp;77, 1952) avant d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;&eacute;dit&eacute; en tirage limit&eacute; aux &eacute;ditions Sables en 1996 et dans la revue&nbsp;<em>Incidence</em>&nbsp;(n&deg;&nbsp;2, 2006).</strong><br /><span></span></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[#WAKEUPLIKETHIS: De l’impudeur virtuelle]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/wakeuplikethis-de-limpudeur-virtuelle]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/wakeuplikethis-de-limpudeur-virtuelle#comments]]></comments><pubDate>Mon, 05 Dec 2016 07:39:29 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/wakeuplikethis-de-limpudeur-virtuelle</guid><description><![CDATA[       Chaque journ&eacute;e d&eacute;bute par un caf&eacute;, un lavage de dents et un #wakeuplikethis. C&rsquo;est le premier post Instagram que tu publies/voies. En quelque sorte, c&rsquo;est comme si tous les matins tu te r&eacute;veillais avec une personne diff&eacute;rente. Fort heureusement, c&rsquo;est une teenager australienne maquill&eacute;e nude qui se permet de te faire partager ce moment d&rsquo;intimit&eacute;. Difficile de ne pas se demander si cette intimit&eacute; ne rel&egrave [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/capture-d-e-cran-2016-12-05-a-08-38-20.png" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">Chaque journ&eacute;e d&eacute;bute par un caf&eacute;, un lavage de dents et un #wakeuplikethis. C&rsquo;est le premier post Instagram que tu publies/voies. En quelque sorte, c&rsquo;est comme si tous les matins tu te r&eacute;veillais avec une personne diff&eacute;rente. Fort heureusement, c&rsquo;est une teenager australienne maquill&eacute;e <em>nude</em> qui se permet de te faire partager ce moment d&rsquo;intimit&eacute;. Difficile de ne pas se demander si cette intimit&eacute; ne rel&egrave;ve pas de l&rsquo;impudeur&nbsp;?<br />&nbsp;<br />En premier lieu, d&eacute;douanons nous des traditionnelles jugements plus ou moins m&eacute;prisants envers ces personnes qui partagent intensivement leurs vies sur les r&eacute;seaux sociaux. Je souhaite vraiment m&rsquo;&eacute;manciper de ces discours pour plusieurs raisons&nbsp;: 1) Mes parents m&rsquo;ont toujours dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;on ne tire pas sur une ambulance&nbsp;&raquo;. 2) C&rsquo;est un m&eacute;tier aujourd&rsquo;hui, et &laquo;&nbsp;il n&rsquo;y pas de sot m&eacute;tier&nbsp;&raquo;. 3) Nous ferions tous la m&ecirc;me chose si nous &eacute;tions riches, beaux et n&eacute;s en 1999.<br />&nbsp;<br />Spontan&eacute;ment, en faisant d&eacute;filer le fil Instagram, l&rsquo;occurrence de paires de fesses, de bouts de t&eacute;tons et de couples goals am&egrave;ne l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une exhibition g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e et d&eacute;brid&eacute;e par le virtuel. Instagram est devenu le nouvel espace permettant d&rsquo;&eacute;voluer grim&eacute; par des filtres et de hashtags plus ou moins &laquo;&nbsp;catchy&nbsp;&raquo;. A ce moment, une question, instinctive certes, mais tout de m&ecirc;me l&eacute;gitime &eacute;merge &laquo;&nbsp;IL/ELLE N&rsquo;A PAS HONTE&nbsp;?&nbsp;&raquo;. En fait, non, il n&rsquo;y aucune honte &agrave; avoir. Je m&rsquo;explique, la honte est un sentiment qui nous accable brutalement. Evidemment, nous ressentons la honte dans un second temps, suite &agrave; un &eacute;l&eacute;ment r&eacute;v&eacute;lateur, comme le d&eacute;voilement d&rsquo;un &eacute;chec ou d&rsquo;une faute. Ici, il est cette corr&eacute;lation paradoxalement positive entre le caract&egrave;re &laquo;&nbsp;honteux&nbsp;&raquo; de la photo et le nombre de &laquo;&nbsp;likes&nbsp;&raquo;. D&egrave;s lors, le sentiment de honte est annihil&eacute; par le soutien sans faille des &laquo;&nbsp;followers&nbsp;&raquo;.&nbsp;<br />&nbsp;<br />Si il n&rsquo;y a pas de honte, la question de l&rsquo;impudeur reste l&eacute;gitime. Back to the roots, l&rsquo;impudeur se d&eacute;finit comme une attitude qui offense la pudeur. Fondamentalement, la pudeur peut se comprendre comme ce sentiment de g&ecirc;ne &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de ce qui peut entamer l&rsquo;estime de soi et qui interdit le regard d&rsquo;autrui sur sa vie intime. Si l&rsquo;estime de soi semble soutenue par une communaut&eacute; avide d&rsquo;images subjectives, il va sans dire que le fait m&ecirc;me d&rsquo;offrir sa vie intime publiquement reste questionnable. J&rsquo;ai trouv&eacute; une r&eacute;ponse &agrave; cette interrogation dans <u>Le Portrait de Dorian Grey</u>, Oscar Wilde &eacute;crit&nbsp;: &laquo;&nbsp;un nouvel h&eacute;donisme (&hellip;) vous pourriez &ecirc;tre le symbole visible. Avec votre personnalit&eacute;, il n&rsquo;y a rien que vous ne puissiez faire.&nbsp;&raquo;. Je pense que chaque image, parce qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute; choisie, porte sa charge symbolique. Le nouvel h&eacute;donisme surfe sur l&rsquo;image. La contemplation du moi atomis&eacute; en milliers de bout d&rsquo;images, de likes et de hashatgs. Chaque &icirc;lot apporte des indices sur la nouvelle personne que je fa&ccedil;onne. Instagram n&rsquo;est que la partie &eacute;merg&eacute;e de l&rsquo;Iceberg, la partie que l&rsquo;on veut bien montrer. Aujourd&rsquo;hui, ma page instagram ce n&rsquo;est plus moi mais &laquo;&nbsp;me, I and myself&nbsp;&raquo;. Cependant, l&rsquo;expression du moi prend des formes particuli&egrave;res que personnellement je n&rsquo;explique pas&nbsp;: cr&eacute;er une page instagram &laquo;&nbsp;fan&nbsp;&raquo; parce qu&rsquo;on adore Jenifer ou tenter d&rsquo;humaniser son animal de compagnie parce qu&rsquo;il est trop mignon. Finalement, chacun d&eacute;voile la partie de soi qu&rsquo;il estime l&eacute;gitime de rendre public. D&egrave;s lors, lib&eacute;r&eacute;e de toutes les contraintes de la pr&eacute;sence physique ou morale, cette repr&eacute;sentation via Instagram ne veut pas fid&egrave;le de la r&eacute;alit&eacute;. Nous ne nous d&eacute;voilons pas, nous nous mettons en sc&egrave;ne. Instagram est donc un th&eacute;&acirc;tre au sein duquel la honte et la pudeur n&rsquo;ont pas leur place.<br />&nbsp;<br />@mrgx_baer<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Trump ou l’origine de la dérive de nos sociétés contemporaines]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/trump-ou-lorigine-de-la-derive-de-nos-societes-contemporaines]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/trump-ou-lorigine-de-la-derive-de-nos-societes-contemporaines#comments]]></comments><pubDate>Wed, 23 Nov 2016 11:59:13 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/trump-ou-lorigine-de-la-derive-de-nos-societes-contemporaines</guid><description><![CDATA[       &#8203;Aujourd&rsquo;hui, au cours de notre repas, j&rsquo;ai entendu mon fr&egrave;re qui affirmait avec conviction que &laquo; la presse fran&ccedil;aise critique tellement Trump que les gens vont avoir peur et ne vont plus voter Marine Le Pen &raquo;. Si seulement il avait raison mon petit fr&egrave;re. Mais je crois qu&rsquo;il est bien na&iuml;f. Comme beaucoup de Fran&ccedil;ais d&rsquo;ailleurs. Comme toute la presse fran&ccedil;aise. Comme de nombreux hommes et femmes politiques.T [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/img-20161121-134851.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph">&#8203;Aujourd&rsquo;hui, au cours de notre repas, j&rsquo;ai entendu mon fr&egrave;re qui affirmait avec conviction que &laquo; la presse fran&ccedil;aise critique tellement Trump que les gens vont avoir peur et ne vont plus voter Marine Le Pen &raquo;. Si seulement il avait raison mon petit fr&egrave;re. Mais je crois qu&rsquo;il est bien na&iuml;f. Comme beaucoup de Fran&ccedil;ais d&rsquo;ailleurs. Comme toute la presse fran&ccedil;aise. Comme de nombreux hommes et femmes politiques.<br /><br />Trump est d&eacute;nigr&eacute; par les m&eacute;dias fran&ccedil;ais, Trump est critiqu&eacute; par toutes les personnes qui vous parlent de politique, Trump est critiqu&eacute; dans les &eacute;coles et dans les universit&eacute;s, Trump est critiqu&eacute; &agrave; la t&eacute;l&eacute; et &agrave; la radio. Il n&rsquo;en reste pas moins que Trump a &eacute;t&eacute; &eacute;lu. Par plus de la moiti&eacute; du peuple am&eacute;ricain. Donc r&eacute;veillez-vous : Trump a &eacute;t&eacute; &eacute;lu par la majorit&eacute; silencieuse, celle-l&agrave; m&ecirc;me qui &eacute;lira son alter ego fran&ccedil;ais : Marine Le Pen.<br /><br />La majorit&eacute; que l&rsquo;on entend critiquer Trump &agrave; tout bout de champ n&rsquo;est absolument pas la majorit&eacute;. Je n&rsquo;irai pas jusqu&rsquo;&agrave; dire que c&rsquo;est une minorit&eacute;. Mais la v&eacute;ritable majorit&eacute;, qui se cache derri&egrave;re son silence, c&rsquo;est celle qui secr&egrave;tement d&eacute;sirait qu&rsquo;un tel &eacute;v&eacute;nement se produise, c&rsquo;est celle qui d&eacute;fend Marine Le Pen lors des d&eacute;jeuners de famille, c&rsquo;est celle qui trouve des excuses aux propos racistes, sexistes et homophobes, mais sans jamais le crier haut et fort. Ne vous trompez pas, cette majorit&eacute;-l&agrave; n&rsquo;est pas dupe et n&rsquo;est pas dup&eacute;e par les m&eacute;dias. Bien au contraire, cette majorit&eacute;-l&agrave; est persuad&eacute;e de d&eacute;tenir la v&eacute;rit&eacute; : les m&eacute;dias seraient un carcan qui emp&ecirc;chent de penser autrement.<br /><br />En toute honn&ecirc;tet&eacute;, j&rsquo;ai longtemps pens&eacute; que l&rsquo;on pouvait agir pour d&eacute;montrer rationnellement et en toute intelligibilit&eacute; l&rsquo;incoh&eacute;rence de certains propos scandaleux. Mais il ne s&rsquo;agit plus de d&eacute;montrer la haine et la b&ecirc;tise par le bon sens. La raison et la logique ne sont pour l&rsquo;instant plus des outils propices &agrave; la paix et au vivre ensemble en d&eacute;mocratie. L&rsquo;ont-elles &eacute;t&eacute; un jour ? (Grande question historique qui ne sera pas trait&eacute;e ici).&nbsp;<br /><br />Aujourd&rsquo;hui, d&eacute;mocratie et communication en continue obligent, les longs discours qui cherchent &agrave; convaincre ne sont plus d&rsquo;actualit&eacute;. Face &agrave; une France qui a travers&eacute; une crise &eacute;conomique importante et qui s&rsquo;embourbe dans une crise identitaire profonde, seuls les discours intenses qui cherchent &agrave; persuader et non &agrave; convaincre sont pertinents. Je ne fais pas l&rsquo;apologie du populisme. Mais je pense qu&rsquo;un peu de renouveau dans la mani&egrave;re d&rsquo;exercer la politique ne pourra qu&rsquo;&ecirc;tre propice &agrave; la d&eacute;mocratie.<br /><br />Marine Le Pen au deuxi&egrave;me tour de la pr&eacute;sidentielle ? Pour ma part, cette question ne se pose plus. C&rsquo;est une &eacute;vidence. Marine Le Pen &eacute;lue ? Ce n&rsquo;est pas impossible, loin de l&agrave;.<br /><br />Ce que ne comprennent pas nos hommes et femmes politiques actuels, c&rsquo;est l&rsquo;attente des Fran&ccedil;ais envers eux. Qu&rsquo;attendent-ils d&rsquo;eux ? Qu&rsquo;ils d&eacute;gagent. Ce terme est violent ? Mais les Fran&ccedil;ais d&eacute;sirent de la violence, ils n&rsquo;aspirent pas &agrave; la paix sociale car ils savent qu&rsquo;ils n&rsquo;y auront pas acc&egrave;s avant qu&rsquo;un certain nombre de probl&egrave;mes ne soient r&eacute;gl&eacute;s.&nbsp;<br /><br />Que proposent Trump et Marine Le Pen ? Qu&rsquo;ont-ils en commun avec le ph&eacute;nom&egrave;ne du Brexit ? Ou m&ecirc;me avec le parti d&rsquo;extr&ecirc;me gauche espagnol Podemos ? Ils proposent une nouvelle vision : une rupture avec le mod&egrave;le pr&eacute;sent.&nbsp;<br /><br />Et voil&agrave; le mot clef : une vision. Ils proposent une vision du monde qui ne plait pas &agrave; tout le monde mais qui s&eacute;duit parce qu&rsquo;elle est globale, large et pleine de promesses (voyez comme tous les discours d&rsquo;Hillary critiquent Trump au lieu de proposer un avenir et des r&eacute;formes). A cela s&rsquo;ajoute une &eacute;nergie que ces nouveaux mouvements d&eacute;gagent en proposant un avenir lointain avec un monde meilleur. Les Fran&ccedil;ais ne sont pas stupides. Ceux qui votent pour Marine Le Pen savent pertinemment que tous les probl&egrave;mes ne seront pas r&eacute;solus gr&acirc;ce &agrave; elle. Mais ils envisagent simplement un changement, une rupture par rapport &agrave; ce qu&rsquo;ils connaissent : ils aiment les &laquo; grandes id&eacute;es &raquo;, non pas qu&rsquo;elles soient belles ou intelligentes mais remplies de promesses et de perspectives futures de long terme. Ils aiment les visions globales o&ugrave; tout est d&rsquo;une simplicit&eacute; logique.<br /><br />Peut-on r&eacute;ellement leur reprocher de r&ecirc;ver de d&eacute;sirer autre chose que le mod&egrave;le existant ? De vouloir bouger les choses plut&ocirc;t que de rester embourb&eacute;s dans un mod&egrave;le&hellip; non plut&ocirc;t dans une absence de mod&egrave;le. Il n&rsquo;y a ni mod&egrave;le, ni guide, ni vision. Marine Le Pen propose un mod&egrave;le, une vision et en est le guide. Je ne vois qu&rsquo;une absence de guide, de vision et de mod&egrave;le dans tous les autres partis. Je ne suis pas la seule &agrave; le penser (Attali l&rsquo;a &eacute;crit &agrave; de multiples reprises).<br /><br />Encore une fois, r&eacute;veillez-vous : Hollande est d&eacute;test&eacute;, Sarkozy aussi. Si c&rsquo;est eux qui affrontent Marine Le Pen, soyez certain(e)s d&rsquo;une chose : c&rsquo;est elle qui va l&rsquo;emporter.<br /><br />Diane B.<br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La France Est-Elle Irréformable? Partie III: Pour Une Redéfinition Du Paysage Politique Français. ]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-france-est-elle-irreformable-partie-iii-pour-une-redefinition-du-paysage-politique-francais]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-france-est-elle-irreformable-partie-iii-pour-une-redefinition-du-paysage-politique-francais#comments]]></comments><pubDate>Thu, 13 Oct 2016 06:19:57 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-france-est-elle-irreformable-partie-iii-pour-une-redefinition-du-paysage-politique-francais</guid><description><![CDATA[    Paul.E.Rafie, Global Politics    Le regard d&rsquo;un expatri&eacute;:&Agrave; travers une s&eacute;rie de trois articles, notre chroniqueur bas&eacute; &agrave; New-York nous offre une analyse pleine de recul et de bon sens:La France est le plus r&eacute;volutionnaire des pays conservateurs. C'est un frondeur paralytique. Nos archives regorgent d'analyses perspicaces de nos d&eacute;faillances, de propositions ing&eacute;nieuses destin&eacute;es &agrave; y rem&eacute;dier. Les analyses ont  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/globalpolitics_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Paul.E.Rafie, Global Politics </div> </div></div>  <div class="paragraph"><em style="color:rgb(98, 98, 98)">Le regard d&rsquo;un expatri&eacute;:</em><br /><font color="#626262">&Agrave; travers une s&eacute;rie de trois articles, notre chroniqueur bas&eacute; &agrave; New-York nous offre une analyse pleine de recul et de bon sens:<br /><em>La France est le plus r&eacute;volutionnaire des pays conservateurs. C'est un frondeur paralytique. Nos archives regorgent d'analyses perspicaces de nos d&eacute;faillances, de propositions ing&eacute;nieuses destin&eacute;es &agrave; y rem&eacute;dier. Les analyses ont presque toutes &eacute;t&eacute; applaudies ; les propositions n'ont presque jamais &eacute;t&eacute; appliqu&eacute;es</em>.<br /><u><strong>Jean-Fran&ccedil;ois Revel,&nbsp;<em>Le Voleur dans la maison vide</em>, 1999</strong></u></font><br /><br />&#8203;Penchons-nous sur ces Fran&ccedil;ais qui protestent. Qui sont les militants de la Nuit Debout&nbsp;? Qui sont les manifestants anti-loi travail&nbsp;?<br /><br /><strong><font size="4"><em>Jeunesse d&eacute;sorient&eacute;e</em></font></strong><br />Ces mouvements drainent une part non-n&eacute;gligeable de jeunes, d&eacute;sillusionn&eacute;s par ce monde politique fig&eacute;, d&eacute;contenanc&eacute;s par les sombres perspectives du monde du travail fran&ccedil;ais. Difficile de faire le proc&egrave;s de lyc&eacute;ens r&ecirc;veurs dont la bonne conscience se laisse entrainer par l&rsquo;air lancinant du &laquo; c&rsquo;est la politique du gouvernement, un pas en avant, deux pas en arri&egrave;re &raquo; - plaidoyer contre l&rsquo;absurde du monde adulte, appel du c&oelig;ur pour la lucidit&eacute;, bonne occasion de ne pas aller en cours. Bien entendu, cette jeunesse ne se r&eacute;sume pas &agrave; cette masse coup&eacute;e de la r&eacute;alit&eacute; et entrain&eacute;e aveuglement dans le sillage des gr&eacute;vistes. Un part non-n&eacute;gligeable des jeunes en col&egrave;re est bien inform&eacute;e, et consciente des enjeux de la Loi El Khomri. Mais une autre partie est en manque de rep&egrave;res&hellip; Comment ne pas le comprendre&nbsp;? N&rsquo;est-ce pas le fait de tout citoyen au XXIe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;? Dieu est mort, l&rsquo;Etat s&rsquo;affaiblit, le capitalisme a mauvaise presse&nbsp;: le monde ne semble plus porteur de convictions. Certains croient aveuglement a la science, d&rsquo;autres, en France, s&rsquo;attendent &agrave; ce que l&rsquo;Etat soit &agrave; l&rsquo;origine des valeurs (ce qui explique notamment les regains de popularit&eacute; post-attentats du 13 novembre&nbsp;: l&rsquo;Etat a l&rsquo;occasion&nbsp; de conduire les fran&ccedil;ais par la main, et de se porter garant de valeurs fortes et bienveillantes&nbsp;: solidarit&eacute;, fraternit&eacute;, libert&eacute;). Que faut-il croire aujourd&rsquo;hui&nbsp;? Difficile de r&eacute;pondre. Notre &laquo;&nbsp;syst&egrave;me&nbsp;&raquo; mondial peut prendre les apparences d&rsquo;un monstre ineffable, qui en d&eacute;boussole plus d&rsquo;un&nbsp;: certains se r&eacute;fugient dans l&rsquo;ultranationaliste bleu marine, d&rsquo;autres cherchent leur voie dans l&rsquo;islam radical&hellip;<br /><br /><strong><font size="4"><em>Fin du d&eacute;rapage</em></font></strong><br />Face au monstre politique informe, une revendication naturelle est de r&eacute;clamer plus de proximit&eacute; avec les &eacute;lus, de couper la distance avec les &eacute;lites. M&ecirc;me si c&rsquo;est une des cons&eacute;quences in&eacute;vitables de la d&eacute;mocratie repr&eacute;sentative, la question de la gouvernance d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; civile connect&eacute;e, renforc&eacute;e par le num&eacute;rique et son flux d&rsquo;info continus, m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre pos&eacute;e. Et c&rsquo;est ainsi, &agrave; mon sens, que le futur de la d&eacute;mocratie ne se dessine pas tant &agrave; la nuit debout, mais au gr&eacute; des avanc&eacute;es de la Civic Tech. Les applications politiques des nouvelles technologies &ndash; agora num&eacute;rique, sondages sur iPhone, apps permettant de classer les programmes &eacute;lectoraux, partis num&eacute;riques (o&ugrave; le repr&eacute;sentant s&rsquo;engage &agrave; agir en fonction des internautes du parti) - &nbsp;peuvent potentiellement tracer les contours d&rsquo;une d&eacute;mocratie am&eacute;lior&eacute;e, voire augment&eacute;e (vision optimiste) tout comme risquer de laisser le pouvoir aux minorit&eacute;s num&eacute;riques les plus actives, au p&eacute;ril de la qualit&eacute; des d&eacute;bats, des arguments &eacute;chang&eacute;s, et de la capacit&eacute; de notre d&eacute;mocratie &agrave; d&eacute;gager des positions communes (vision pessimiste). Sujet passionnant<a href="#_edn1">[i]</a>.<br />Revenons Place de la R&eacute;publique. On comprend les aspirations de ses occupants. Mais une question me taraude. En 2011, l&rsquo;action politique par l&rsquo;occupation s&rsquo;est globalis&eacute;e et a pris forme dans de nombreuses villes&nbsp;: Tunis, Le Caire, Qu&eacute;bec, Ouagadougou, New York (Occupy Wall Street), Madrid (Los indignados), Londres, Rio, Gen&egrave;ve, mais aussi Turquie, Y&eacute;men, Russie et Chine. En France, on ach&egrave;te le petit livre de St&eacute;phane Hessel, mais le mouvement des Indignes est un &eacute;chec. Pourquoi les fran&ccedil;ais n'ont-t-ils pas embo&icirc;t&eacute; le pas aux autres pays en 2011&nbsp;?<br /><br /><strong><font size="4"><em>Les indign&eacute;s &agrave; la fran&ccedil;aise </em></font></strong><br />Pour le sociologue Albert Ogien, directeur de l'Institut Marcel Mauss &agrave; l'EHESS le mouvement n&rsquo;a pas pris &agrave; l'&eacute;poque &laquo;&nbsp;<em>pour les m&ecirc;mes raisons qui font que la Nuit debout risque d'&eacute;chouer cette fois-ci encore, quel que soit le bien qu'on puisse penser du mouvement. Ce type d'action politique qui se fait par des citoyens contre les partis et contre les syndicats est une chose que ne savent pas faire les Fran&ccedil;ais. Pour une raison simple : les Fran&ccedil;ais refusent de faire comme Iglesias en Espagne, et de renoncer &agrave; la distinction entre droite et gauche. (&hellip;) Tout le paradoxe est d'observer les tentatives de reprise du mouvement par des organisations politiques institu&eacute;es d'un mod&egrave;le qui est justement fait contre les organisations. (&hellip;) Or se mettre sur une place et discuter n'a de sens que si ce vieux moule est cass&eacute;. En 2011, il &eacute;tait frappant de voir le NPA tr&egrave;s m&eacute;content, par exemple, devant les tentatives de mobilisation des Indign&eacute;s : un mouvement qui n'a pas de strat&eacute;gie, pas de programme, pas de leader appara&icirc;t vide de contenu politique en France, alors m&ecirc;me qu'il est politique.&nbsp;(&hellip;)</em>&nbsp;&raquo;&nbsp;Et m&ecirc;me aujourd&rsquo;hui, Nuit debout diff&egrave;re de ce qu&rsquo;on a pu voir &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>aux Etats-Unis en 2011, on n'entendait pas les activistes adress&eacute; de d&eacute;fiance au gouvernement. Leur malaise s'exprimait contre une chose : le poids gigantesque de la finance et en particulier ce slogan "99% contre 1%". (&hellip;) A Paris, lors de la premi&egrave;re manifestation du 9 mars contre la loi Travail qui s'&eacute;tait pourtant pr&eacute;sent&eacute;e comme une r&eacute;action citoyenne port&eacute;e par une p&eacute;tition sans pr&eacute;c&eacute;dent, vous trouviez les m&ecirc;mes banderoles, et la m&ecirc;me pr&eacute;sence habituelle des syndicats CGT, Fidl, UNEF... Ces syndicats font leur travail et s'inventent une seconde vie... et pourquoi pas ! Mais ne regardons pas cette mobilisation contre la loi El Khomri comme une simple r&eacute;action citoyenne spontan&eacute;e. (&hellip;) En France, on laisse sans doute mourir les vieilles structures que sont les partis et les syndicats qui ne suscitent plus l'adh&eacute;sion... mais on n'est pas pr&ecirc;t &agrave; abandonner compl&egrave;tement les vieux cadres mentaux compl&egrave;tement vermoulus.</em>&nbsp;&raquo;<a href="#_edn2">[ii]</a><br /><br /><em><font color="#515151"><font size="2"><br /><a href="#_ednref1">[i]</a> http://www.lenouveleconomiste.fr/civic-tech-30837/<br /><a href="#_ednref2">[ii]</a> http://www.franceculture.fr/politique/nuit-debout-un-nouvel-occupy-wall-street</font></font></em></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:10px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/painting-democ.jpg?550" alt="Photo" style="width:550;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Jon McNaughton </div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><font size="4"><em>CGT, qui es-tu&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<br />&#8203;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </em><br /></font></strong>A la question pos&eacute;e ci-dessus&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Qui sont les militants de la Nuit Debout ? Qui sont les manifestants anti-loi travail ?&nbsp;&raquo; La r&eacute;ponse est donc&nbsp;: quelques jeunes, mais surtout la vielle garde syndicaliste fran&ccedil;aise, avec, en fer de lance, la CGT de Philippe Martinez. Rappelons certains chiffres<a href="#_edn1">[i]</a> sur cette CGT qui aime tant faire parler d&rsquo;elle&nbsp;: elle repr&eacute;sente 11% de salari&eacute;s syndiqu&eacute;s en France, soit 2,6% des salari&eacute;s fran&ccedil;ais, avec un &acirc;ge moyen de 49 ans (les 26-30 ans repr&eacute;sentent 4%), 42% de fonctionnaires (soit 2x plus que la part de la pop. active appartenant au secteur public), 67% d&rsquo;ouvriers (vs 28% dans la pop. active), 38% de femmes (10 points au-dessous de la pop. active). Bref, on peut difficilement dire que la CGT est repr&eacute;sentative de notre pays, et l&eacute;gitimer sa prise d&rsquo;otage de nos infrastructures. Certes, ses man&oelig;uvres ont encore les faveurs d&rsquo;une partie de l&rsquo;opinion publique. Mais&nbsp;les actions de la CGT vont au-del&agrave; du r&ocirc;le des syndicats, et s&rsquo;apparente bien plus &agrave; un coup politique, dont l&rsquo;objectif direct &ecirc;tre de faire chuter Manuel Valls (on note au passage le peu de r&eacute;actions des figures de droites, quand bien m&ecirc;me il serait risqu&eacute; pour les R&eacute;publicains de voir CGT s&rsquo;impose dans la rue, tant sa victoire &eacute;tablirai un pr&eacute;c&egrave;dent ind&eacute;l&eacute;bile).<br />Monsieur Martinez, la d&eacute;mocratie &ndash; malgr&eacute; tous ses d&eacute;fauts<a href="#_edn2">[ii]</a> &ndash; se fait dans&nbsp;l&rsquo;h&eacute;micycle, pas dans la rue. Si certains syndicats tels que la CFDT on jou&eacute; le jeu de la n&eacute;gociation, la CGT a choisi de nuire au quotidien des plus d&eacute;munis en organisant manifestations, blocages et gr&egrave;ves. Elle banalise la haine anti-flic et tol&egrave;re les casseurs &ndash; on en oublierait presque que nous sommes en Etat d&rsquo;urgence. Le summum aura &eacute;t&eacute; atteint lors du blocage des journaux qui ont refuses de publier la tribune de Martinez &ndash; cf ce passage honteux dans le petit Journal<a href="#_edn3">[iii]</a> &ndash; ignoble chantage et atteinte stalinienne (oui, stalinienne) &agrave; la libert&eacute; d&rsquo;expression. Certains r&eacute;torqueront que le vrai tyran est Manuel Valls, arm&eacute; de son 49-3. On leur rappellera que le 49-3 est un outil d&eacute;mocratique que tous les gouvernements ont le droit d&rsquo;utiliser faute de compromis l&eacute;gislatif, au risque de se faire destituer par une motion de censure. Motion de censure que la gauche de la gauche n&rsquo;a pas r&eacute;ussi &agrave; faire passer. C&rsquo;est le jeu de la d&eacute;mocratie. Martinez et ses amis d&rsquo;extr&ecirc;me gauche ont perdu, ils noient donc leur frustration politique et leur soif de pouvoir en protestant dans la rue. Seul point positif : on peut voir ces &eacute;pisodes comme un suicide politique de l&rsquo;extr&ecirc;me gauche syndiqu&eacute;e, tant l&rsquo;opinion publique est exc&eacute;d&eacute;e. Rappelons l&rsquo;&eacute;pisode des gr&egrave;ves des mineurs britanniques ayant abouti &agrave; l&rsquo;&eacute;lection de Thatcher, ou des l&eacute;gislatives post-mai 68&hellip; 2017 nous dira si l&rsquo;histoire se reproduit.<br /><br /><strong><font size="4"><em>Binarisme et mont&eacute;e des extr&ecirc;mes</em><br /></font></strong>La gauche de la gauche a le droit d&rsquo;exister. Au-del&agrave; de ses man&oelig;uvres syndicales inappropri&eacute;es, elle a une l&eacute;gitimit&eacute; politique r&eacute;elle et un poids &eacute;lectoral non-n&eacute;gligeable. Mais ce qui est &agrave; d&eacute;plorer, c&rsquo;est que notre gouvernement, qu&rsquo;on le croyait voir prendre la bonne direction, soit fr&ecirc;n&eacute; par la vieille garde des frondeurs du PS. L&agrave; encore, les frondeurs ont le droit d&rsquo;exister. Ils se sont unis derri&egrave;re Hollande en 2012 pour prendre le dessus sur la droite au pouvoir. Or ils ne sont plus la m&ecirc;me longueur d&rsquo;onde que le Pr&eacute;sident, et sont donc m&eacute;contents. C&rsquo;est leur droit. A mes yeux, c&rsquo;est surtout la preuve que les fronti&egrave;res politiques de nos partis politiques sont mal trac&eacute;es. Car si&nbsp;la naissance des frondeurs a marqu&eacute; une fracture politique interne au PS, il existe aussi des divergences majeures au sein des R&eacute;publicains. Au fond, Valls et Macron ne sont-ils pas plus proche de Fillon et Jupp&eacute; que d&rsquo;Aubry et Hamon&nbsp;? Le prisme droite-gauche d&eacute;forme notre vision de la politique et met &agrave; dos des personnalit&eacute;s politiques pourtant proches. La France ne gagnerait-elle pas &agrave; voir &eacute;merger pour un Centre fort (du moins plus fort que la posture b&eacute;gayante &ndash; <em>with all due respect -</em> de Fran&ccedil;ois Bayrou)&nbsp;?<br />A l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne, on constate l&rsquo;&eacute;puisement d&rsquo;un mod&egrave;le d&eacute;mocratique fond&eacute; sur l&rsquo;alternance droite-gauche depuis les ann&eacute;es 1970, qui se traduit par l&rsquo;ascension fulgurante des politiciens antisyst&egrave;mes, &agrave; droite de la droite, ou &agrave; gauche de la gauche. Tirons &eacute;galement des le&ccedil;ons de la mont&eacute;e de Sanders, et bien &eacute;videmment du succ&egrave;s de Trump aux Etats-Unis. Ce serait &agrave; mes yeux une grande erreur de faire du ph&eacute;nom&egrave;ne Trump un &eacute;pisode uniquement am&eacute;ricain. D&rsquo;une part, personne ne l&rsquo;avait vraiment venu venir outre-Atlantique (cf le mea culpa de tous les &eacute;ditorialistes am&eacute;ricains qui n&rsquo;y avaient pas cru), d&rsquo;autre part Trump est la personnification des d&eacute;rives potentielles de nos d&eacute;mocraties contemporaines&nbsp;: assis sur sa l&eacute;gitimit&eacute; de businessman succesful<a href="#_edn4">[iv]</a> (peut-&ecirc;tre la seule vraie diff&eacute;rence avec la France, o&ugrave; un milliardaire est rarement en odeur de saintet&eacute; aupr&egrave;s du grand public), Trump a compris qu&rsquo;une campagne en 2016 se gagnait a coup de buzz et de punchlines d&eacute;magogiques. Pourvu que personne ne s&rsquo;y essaye aussi gravement en France.<br />&#8203;<br /><em><font size="2" color="#626262"><a href="#_ednref1">[i]</a> http://timetosignoff.fr/2016-05-24<br /><a href="#_ednref2">[ii]</a> http://us11.campaign-archive1.com/?u=d6ee788dc820b29b53815d1e5&amp;id=9731f371bf<br /><a href="#_ednref3">[iii]</a> http://mayotte.orange.fr/video/221/le-reporter-du-petit-journal.html<br /><a href="#_ednref4">[iv]</a> Succ&egrave;s a relativiser. Si trump avait investi tout son h&eacute;ritage dans des bons du Tr&eacute;sor am&eacute;ricains, il serait bien plus riche qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui</font></em></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/de-bat-chirac_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">D&eacute;bat Chirac Mitterand, l'opposition droite gauche &agrave; son paroxysme </div> </div></div>  <div class="paragraph"><em><strong><font size="4">En Marche&nbsp;?</font></strong></em><br /><br />Il serait dommage que le binarisme droite-gauche galvaude notre potentiel r&eacute;formateur au profit des extr&ecirc;mes (gauche ou droite). Dommage, car le tableau de la France n&rsquo;est pas totalement noir &ndash; notre &eacute;conomie reste performante dans les domaines du tourisme, de l&rsquo;industrie lourde (A&eacute;ronautique, D&eacute;fense, Energie, Construction), du luxe ou de la sant&eacute; - et que notre pays a un immense potentiel. Les succ&egrave;s de la French Tech en sont le plus bel exemple, les d&eacute;clarations du patron de Cisco&nbsp;(&laquo;&nbsp;La France, un moment charni&egrave;re de son histoire, au bord d&rsquo;une profonde transformation (&hellip;) La France, c&rsquo;est l&rsquo;avenir&nbsp;&raquo;) un des plus beau motifs d&rsquo;espoir. Il est donc n&eacute;cessaire de rebattre les cartes du jeu politique fran&ccedil;ais. D&rsquo;unir ceux qui, au sein du PS ou des R&eacute;publicains, sont enchain&eacute;s par leurs extr&ecirc;mes. Aujourd&rsquo;hui, la France peut c&eacute;der &agrave; la terreur et prendre la voie du nationalisme s&eacute;curitaire &ndash; c&rsquo;est l&rsquo;option Front National<a href="#_edn1">[i]</a>. La France peut s&rsquo;immobiliser davantage et s&rsquo;enfoncer dans ses illusions socialistes archa&iuml;ques &ndash; c&rsquo;est l&rsquo;option Front de Gauche. Enfin la France peut se reformer, tirer profit de son potentiel &agrave; l&rsquo;aube de la quatri&egrave;me r&eacute;volution industrielle &ndash; cette option n&rsquo;a pas de nom. La panac&eacute;e s&rsquo;appelle-t-elle Emmanuel Macron&nbsp;? Attendons de voir. Aujourd&rsquo;hui on oublierait presque qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; ministre de notre &eacute;conomie, tant ses ambitions pr&eacute;sidentielles ont pris le dessus. Mais la France a besoin d&rsquo;hommes politiques qui, comme Macron, cherchent &agrave; casser les lignes &ndash; quand bien m&ecirc;me cela aurait &eacute;t&eacute; fait par pur int&eacute;r&ecirc;t personnel. La France a besoin d&rsquo;hommes politiques mod&eacute;r&eacute;ment lib&eacute;raux &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire sociaux-d&eacute;mocrates&nbsp;? - qui cherchent &agrave; casser les blocages fran&ccedil;ais sans remettre en cause tous les bienfaits de notre Etat Providence&nbsp;; qui sont pr&ecirc;t &agrave; faire un pas en arri&egrave;re, si c&rsquo;est pour en faire deux avant. Nous l&rsquo;avons &eacute;voqu&eacute; plus haut, la France est tout et son contraire, France n&rsquo;aime pas le compromis. Prenons en conscience, et mettons notre c&oelig;ur &agrave; l&rsquo;ouvrage pour chercher une voie appropri&eacute;e. Rappelons que nos &eacute;conomies et nos soci&eacute;t&eacute;s sont l&rsquo;objet de mutations permanentes&nbsp;: il n&rsquo;y a pas de r&eacute;ponse fig&eacute;e. Mais risquons des reformes pour chercher un juste milieu - au sens aristot&eacute;licien du terme&nbsp;: non pas le milieu g&eacute;om&eacute;trique d&rsquo;un segment plat, mais le sommet en qualit&eacute; d&rsquo;un triangle constructif.<br /><br /><font size="4"><strong><em>Le juste milieu &eacute;conomique</em></strong></font><br />En guise d&rsquo;illustration de notre haine du compromis, prenons l&rsquo;exemple du tissu &eacute;conomique fran&ccedil;ais. J&rsquo;&eacute;voquais plus haut l&rsquo;exemple de start-ups de la FrenchTech : pour elles le plus dur n&rsquo;est pas tant de na&icirc;tre en France, mais d&rsquo;y lever des fonds et de se stabiliser &agrave; une hauteur moyenne. Ceci s&rsquo;explique notamment par la structure des investissements fran&ccedil;ais, assur&eacute;s a 15% par des fonds de capital risque (qui, en int&eacute;grant le capital d&rsquo;une start-up, prennent le risque de chuter avec elle), et &agrave; 85% par des acteurs bancaires (qui agissent de mani&egrave;re peu risqu&eacute;e&nbsp;: ils pr&ecirc;tent &agrave; taux, la start-up s&rsquo;endette avec un taux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t et devra rembourser ses cr&eacute;diteurs en priorit&eacute; si elle fait faillite). Chez les anglo-saxons, c&rsquo;est l&rsquo;inverse. Aux Etats-Unis,&nbsp;les start-ups sont financ&eacute;es &agrave; 80% par des fonds, et &agrave; 20% par des banques. Certes, cela est d&ucirc; en grande partie &agrave; l&rsquo;importance des fonds de pensions, qui financent les retraites etc. Mais cela traduit en France une aversion de la bourse et du risque. Pourquoi&nbsp;? La faillite, au XVIIIe si&egrave;cle, alors que le capitalisme n&rsquo;en est qu&rsquo;&agrave; ses balbutiements, de la compagnie du Mississipi - compagnie coloniale fran&ccedil;aise a l&rsquo;origine d&rsquo;une bulle sp&eacute;culative dont&nbsp;l&rsquo;&eacute;clatement ruinera tous ses petits actionnaires - a peut-&ecirc;tre laiss&eacute; une empreinte durable dans nos mentalit&eacute;s<a href="#_edn2">[ii]</a>.&nbsp;On notera, en guise de premier palliatif, qu&rsquo;un amendement de la loi Macron vise &agrave; faciliter la renaissance des bourses r&eacute;gionales, qui r&eacute;pondrait &agrave; un besoin de plus en plus sensible de fonds propres des PME et des ETI, qui n&rsquo;ont quasiment pas acc&egrave;s aux march&eacute;s de capitaux (inspir&eacute; du mod&egrave;le des Mittelstand allemandes&nbsp;?) Mais cet exemple du financement &agrave; la fran&ccedil;aise est l&rsquo;exemple m&ecirc;me de ce juste milieu qui nous &eacute;chappe&nbsp;: effray&eacute;s par la volatilit&eacute; des structures capitalistes anglo-saxonnes, nous avons mis en place des structures de financement oppos&eacute;es, timides et peu risqu&eacute;es, et qui ne permettent pas &agrave; nos jeunes entreprises de grossir et de prosp&eacute;rer sur la sc&egrave;ne internationale &ndash; exemple Dailymotion. Dans un m&ecirc;me registre d&rsquo;id&eacute;e, je rejoins le constat de Guillaume Sarlat, pour qui le probl&egrave;me de la France n&rsquo;est pas tant l&rsquo;opposition publique/priv&eacute;e (en effet les fonctionnaires ne repr&eacute;sentent que 20% de la pop employ&eacute;e, cad moins que la m&eacute;diane europ&eacute;enne<a href="#_edn3">[iii]</a>&nbsp;; certains, dans les collectivit&eacute;s territoriales surtout, ont des CDI 35h et un exc&egrave;s RTT surprot&egrave;ges, mais c&rsquo;est loin d&rsquo;&ecirc;tre le cas dans les secteurs de la sant&eacute; ou de la s&eacute;curit&eacute; par exemple), mais bien l&rsquo;opposition petite entreprises/grosses institutions. Il n&rsquo;y a pas en France de culture de l&rsquo;entreprise moyenne&nbsp;: on est soit tout petit, soit aval&eacute; dans les m&eacute;andres administratifs de nos colosses publics ou de nos grands fleurons nationaux.<br />&#8203;<br />Il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;une illustration &eacute;conomique, mais prenons conscience de cette absence de juste milieu en France. Retrouvons notre gout du risque en &eacute;conomie, et traduisons-la dans notre monde politique. Ceci n&rsquo;est pas un manifeste ultra-lib&eacute;ral, partisan d&rsquo;une d&eacute;r&egrave;glementation tous azimuts. Dans la position actuelle de la France, ceci est un modeste appel &agrave; la prise de conscience de nos retards, &agrave; l&rsquo;inflexion de notre destin&eacute;e. Osons r&eacute;former. Restons modeste sur le poids de la France au XXIe si&egrave;cle, admettons nos erreurs, osons changer. Prenons l&rsquo;exemple de ceux innovent, brisent les lignes. Risquons-nous &agrave; un avenir meilleur, quitte &agrave; nous casser la gueule.<br /><br />&nbsp;<br /><em><strong>Un spectateur engag&eacute;&nbsp;</strong></em><br /><br /><em><font size="2" color="#515151"><a href="#_ednref1">[i]</a> Point de vue int&eacute;ressant du philosophe Marc Cr&eacute;pon dans Society Magazine&nbsp;: au cours de ces 10 derni&egrave;res ann&eacute;es, le Front National a constitu&eacute; le seul pole influence stable de notre horizon politique &ndash; influence qui d&eacute;tourne en permanence l&rsquo;opinion sur des d&eacute;bats nationalistes, modifiant les pr&eacute;occupations politiques des fran&ccedil;aise,&nbsp;et conduisant &agrave; la droitisation de tous les politiciens (n&rsquo;est-ce pas Manuel Valls&nbsp;?)<br /><a href="#_ednref2">[ii]</a> Rappelons que c&rsquo;est afin de r&eacute;partir les risques li&eacute;s aux financements des navires des grands explorateurs (dont une proportion non-n&eacute;gligeable &eacute;chouait) que sont n&eacute;es les compagnies d&rsquo;assurance. Par extension, les incertitudes propres aux compagnies coloniales, dont l&rsquo;&eacute;conomie reposait sur les denr&eacute;es r&eacute;colt&eacute;es, ont conduit &agrave; la naissance des bourses en Europe (Royaume-Uni, France, Pays-Bas). La compagnie du Mississippi est une des premi&egrave;res actions cot&eacute;es &agrave; la Bourse de Paris, qui n'&eacute;tait encore qu'un rassemblement de n&eacute;gociants rue Quincampoix au XVIIIe si&egrave;cle.&nbsp; Par le biais d'une publicit&eacute; exag&eacute;r&eacute;e et afin de susciter l'int&eacute;r&ecirc;t des acheteurs, John Law (qui contr&ocirc;lait la compagnie) sur&eacute;valua la richesse effective de la Louisiane, autrement dit les capacit&eacute;s de production de ce territoire colonial, encore largement inorganis&eacute; : par un proc&eacute;d&eacute; efficace de mise en march&eacute;, l'engouement de la demande pour les actions de la Compagnie conduisit &agrave; la formation d'une bulle sp&eacute;culative en 1719, par ailleurs favoris&eacute;e par l'&eacute;mission excessive de papier-monnaie par la Banque g&eacute;n&eacute;rale. En raison des failles des r&eacute;gulations &eacute;conomiques et financi&egrave;res fran&ccedil;aises, cette faillite a provoqu&eacute; la ruine des tous les petits actionnaires de la compagnie (et non des plus gros)</font></em><br /><em><font size="2" color="#626262"><a href="#_ednref3">[iii]</a>http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2016/03/17/29006-20160317ARTFIG00235-la-france-est-elle-un-pays-de-fonctionnaires.php<br /><a href="#_ednref4">[iv]</a> Pour rappel Roland Garros est un aviateur fran&ccedil;ais c&eacute;l&egrave;bre pour ses exploits sportifs en avion, dont la 1er travers&eacute;e de la M&eacute;diterran&eacute;e. Il est mort dans un combat aerien en 1918)</font></em></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La France Est-Elle Irréformable? Partie II:          Le Complexe Autoritaire Français]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-france-est-elle-irreformable-partie-ii-le-complexe-autoritaire-francais]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-france-est-elle-irreformable-partie-ii-le-complexe-autoritaire-francais#comments]]></comments><pubDate>Mon, 03 Oct 2016 07:01:37 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/la-france-est-elle-irreformable-partie-ii-le-complexe-autoritaire-francais</guid><description><![CDATA[       Le regard d&rsquo;un expatri&eacute;:&Agrave; travers une s&eacute;rie de trois articles, notre chroniqueur bas&eacute; &agrave; New-York nous offre une analyse pleine de recul et de bon sens:La France est le plus r&eacute;volutionnaire des pays conservateurs. C'est un frondeur paralytique. Nos archives regorgent d'analyses perspicaces de nos d&eacute;faillances, de propositions ing&eacute;nieuses destin&eacute;es &agrave; y rem&eacute;dier. Les analyses ont presque toutes &eacute;t&eacut [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/autoritarisme_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><font color="#626262"><em>Le regard d&rsquo;un expatri&eacute;:<br />&Agrave; travers une s&eacute;rie de trois articles, notre chroniqueur bas&eacute; &agrave; New-York nous offre une analyse pleine de recul et de bon sens:</em><br /><br /><em>La France est le plus r&eacute;volutionnaire des pays conservateurs. C'est un frondeur paralytique. Nos archives regorgent d'analyses perspicaces de nos d&eacute;faillances, de propositions ing&eacute;nieuses destin&eacute;es &agrave; y rem&eacute;dier. Les analyses ont presque toutes &eacute;t&eacute; applaudies ; les propositions n'ont presque jamais &eacute;t&eacute; appliqu&eacute;es</em>.<br />Jean-Fran&ccedil;ois Revel,&nbsp;<em>Le Voleur dans la maison vide</em>, 1999</font></div>  <div class="paragraph"><em><strong><font size="5">Par o&ugrave; commencer&nbsp;?<br />&#8203;</font></strong></em><br />Quand on joue avec les clich&eacute;s, tous les arguments sont bons. Le Fran&ccedil;ais est r&acirc;leur, il n&rsquo;est jamais content, c&rsquo;est un expert du back-seat driving<a href="#_edn1">[i]</a>.&nbsp;Le Fran&ccedil;ais descend du Gaulois [au fond, pas vraiment,&nbsp;M. Sarkozy], r&eacute;sistant encore et toujours &agrave; l&rsquo;envahisseur, cette mondialisation aux contours illuminato-americano-capitalistes (m&ecirc;me s&rsquo;il finira bien pas c&eacute;der, &agrave; court de potion de magique). Car au fond, le Fran&ccedil;ais est davantage r&eacute;sistant qu&rsquo;il n&rsquo;est r&eacute;volutionnaire, en ce qu&rsquo;il rejette plus qu&rsquo;il ne cherche &agrave; construire, sans craindre de tourner &agrave; vide&nbsp;: il fait non avec la t&ecirc;te, mais oublie de dire oui avec le c&oelig;ur. Ainsi, vu de l&rsquo;&eacute;tranger, le Fran&ccedil;ais aime son petit confort, est snob, protecteur d&rsquo;un tr&eacute;sor imaginaire, nostalgique d&rsquo;un ancien monde r&eacute;volu. De sorte que la France, finalement, se cantonne au sens &eacute;tymologique du mot &laquo;&nbsp;r&eacute;forme&nbsp;&raquo;&nbsp;: r&eacute;tablissement dans l&rsquo;ordre, dans l&rsquo;ancienne forme. Y&rsquo;a-t-il une part de vrai&nbsp;? Peut-&ecirc;tre. Le socle culturel de la France, qui tisse nos mentalit&eacute;s et notre inconscient, est une trame invisible, dont on ne pourra jamais saisir l&rsquo;&eacute;tendue. Et puis si nous d&eacute;testons entendre des clich&eacute;s sur la France venus de l&rsquo;&eacute;tranger, nous nous gardons le droit d&rsquo;en prof&eacute;rer de toute part sur nous-m&ecirc;mes. Car au fond s&rsquo;il y a peut-&ecirc;tre une constante chez le Fran&ccedil;ais, c&rsquo;est qu&rsquo;il est plein de contradictions. D&egrave;s lors, comment ne pas l&rsquo;&ecirc;tre &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle nationale&nbsp;? Tentez, au-del&agrave; des clich&eacute;s, d&rsquo;apporter ne serait-ce qu&rsquo;une d&eacute;finition englobante de la France, et vous passerez forcement &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ce qu&rsquo;elle est &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire tout est son contraire. Bien s&ucirc;r, cela n&rsquo;est pas uniquement le propre de la France, et ce constat, <em>Omnis determinatio est negatio,</em>&nbsp; pourrait s&rsquo;appliquer &agrave; toutes les nations du globe. Mais la France semble exceller dans ses incoh&eacute;rence, tant&ocirc;t terre d&rsquo;innovation, tant&ocirc;t mod&egrave;le de conservatisme, tant&ocirc;t Gavroche, tant&ocirc;t Napol&eacute;on &ndash; tant&ocirc;t french flair, tant&ocirc;t Ligue 1. C&rsquo;est clich&eacute;, encore une fois, mais c&rsquo;est l&rsquo;id&eacute;e que je me fais de la France, et c&rsquo;est &agrave; mes yeux ce qui fait son charme.</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/e-cole_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><font size="5"><em>Malaise scolaire</em></font></strong><br /><br />Tentons n&eacute;anmoins de d&eacute;passer la tentation de l&rsquo;aphorisme et de faire la g&eacute;n&eacute;alogie de ces maux fran&ccedil;ais &ndash; ou plut&ocirc;t de la version fran&ccedil;aise de ces maux. Plongeons-nous d&egrave;s lors dans ce qui constitue un socle originaire commun &agrave; tous les fran&ccedil;ais&nbsp;: l&rsquo;&eacute;cole. Pourquoi &eacute;voquer l&rsquo;&eacute;ducation ici&nbsp;? Parce que le sch&eacute;ma &eacute;ducatif fran&ccedil;ais est un formidable laboratoire de notre rapport &agrave; l&rsquo;autorit&eacute; d&rsquo;une part, et aux &eacute;lites d&rsquo;autres part. A ce sujet, l&rsquo;ouvrage de Peter Gumbel, <em><u>Elite Academy&nbsp;: Enqu&ecirc;te sur la France malade de ses grandes &eacute;coles</u></em> nous offre une mise en perspective adroite de notre conception de l&rsquo;&eacute;ducation. Car avant de cr&eacute;er des &eacute;lites, l&rsquo;&eacute;cole fran&ccedil;aise fa&ccedil;onne notre conception de l&rsquo;autorit&eacute;. D&rsquo;apr&egrave;s Peter Gumbel, journaliste et &eacute;crivain d&rsquo;origine anglaise, l&rsquo;ambiance de travail des entreprises fran&ccedil;aises, les mauvais rapports de groupes, la d&eacute;fiance r&eacute;ciproque entre les employ&eacute;s et leurs patrons, tout ceci d&eacute;coule directement de la conception de la hi&eacute;rarchie que nous inculque l&rsquo;&eacute;cole, o&ugrave; le professeur est roi, les cours sont magistraux &ndash; les &eacute;l&egrave;ves ne participent pas, souvent de peur de se tromper, car se tromper c&rsquo;est la honte&nbsp;; les &laquo;&nbsp;cancres&nbsp;&raquo; sont rel&eacute;gu&eacute;s (d&rsquo;ailleurs la France est le pays qui a le plus fort taux de redoublement, quand de multiples &eacute;tudes ont d&eacute;montr&eacute; son inefficacit&eacute;). Le seul pays qui se rapproche de la structure hi&eacute;rarchique &agrave; la fran&ccedil;aise est le Japon, mais la France pousse les clivages encore plus loin (statistiques &agrave; l&rsquo;appui). Ainsi, aux yeux d&rsquo;un &eacute;colier fran&ccedil;ais, le concept d&rsquo;autorit&eacute; n&rsquo;inclut pas la notion de dialogue&nbsp;;&nbsp;la discussion, la n&eacute;gociation, la recherche de compromis, ne sont pas naturelles (qu&rsquo;en pensent nos arbitres de foot&nbsp;?). Il s&rsquo;agit de consentir ou de faire front. Pas &eacute;tonnant que soit l&rsquo;article 2 de la loi du travail &ndash; qui traite notamment des ren&eacute;gociations internes aux entreprises &ndash; soit au c&oelig;ur du d&eacute;bat actuel.<br /><br /><strong><font size="5"><em>Le mal &eacute;litiste<br />&#8203;</em></font></strong><br />Au passage, le sujet principal du livre de Gumbel &ndash; la fabrique des &eacute;lites fran&ccedil;aises &ndash; vaut le coup d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;voqu&eacute;, m&ecirc;me si l&rsquo;on risque de s&rsquo;&eacute;loigner de notre sujet initial. Car si la France se vante d&rsquo;avoir un syst&egrave;me &eacute;ducatif m&eacute;ritocratique, o&ugrave; l&rsquo;enseignement &ndash; de la maternelle jusqu&rsquo;aux &eacute;tudes sup&eacute;rieurs &ndash; peut &ecirc;tre gratuit pour tous, elle ne peut fermer les yeux sur l&rsquo;&eacute;litisme n&eacute;faste qu&rsquo;elle institue. Dans un pays o&ugrave; l&rsquo;on semble pr&eacute;f&eacute;rer l&rsquo;intelligence au succ&egrave;s (ce que je ne condamne pas totalement), sortir d&rsquo;une grande &eacute;cole vous offre un passeport pour la vie. Certes les Royaume-Uni pr&eacute;sente son contingent d&rsquo;&eacute;lites, et se montre beaucoup plus s&eacute;lective financi&egrave;rement &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e d&rsquo;Eton puis d&rsquo;Oxbridge, mais la part d&rsquo;individus qui en sont issus dans les grandes entreprises ou en politique y est bien moindre, et ne cesse de d&eacute;cliner. Quant &agrave; l&rsquo;Ivy League am&eacute;ricaine, celle-ci concerne une part beaucoup cons&eacute;quente d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves&nbsp;: 50 fois plus d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves que dans les grandes &eacute;coles fran&ccedil;aises, alors que la population est uniquement x4&nbsp;; dont une part importante de MBA. Oui, notre syst&egrave;me a certaines vertus<a href="#_edn1">[i]</a>, mais c&rsquo;est en France que l&rsquo;on constate le plus gros d&eacute;terminisme &agrave; la sortie de l&rsquo;&eacute;cole. Et ceci alimente en partie le sentiment de distance entre le &laquo;&nbsp;peuple&nbsp;&raquo; fran&ccedil;ais et ses &eacute;lites, intouchables<a href="#_edn2">[ii]</a>.<br />Nous nous sommes quelques peu &eacute;gar&eacute; &ndash; ce n&rsquo;est pas faute d&rsquo;avoir pr&eacute;venu - mais ces consid&eacute;rations pourraient se montrer &agrave; propos, tant le sentiment de distance avec l&rsquo;&eacute;lite au pouvoir &ndash; hommes politiques et grands patrons confondus &ndash; a conditionn&eacute; l&rsquo;&eacute;lection de notre Pr&eacute;sident normal. Fran&ccedil;ois Hollande su ajuster son discours &eacute;lectoral&nbsp;: prot&eacute;ger les petits et clamer une volont&eacute; de changement pour mieux surfer sur le rejet d&rsquo;un ultra pr&eacute;sident trop bling-bling. On en oublierait presque qu&rsquo;avec sa carte de visite HEC-Sciences Po-ENA, Fran&ccedil;ois Hollande est un pur produit de notre machine &agrave; &eacute;lites fran&ccedil;aise. On oublierait presque Fran&ccedil;ois Hollande est issu d&rsquo;un parti rong&eacute; de l&rsquo;int&eacute;rieur par ses orientations diverses, min&eacute; par ses clans, dont l&rsquo;inertie est, en somme, incompatible avec le changement. On comprend d&egrave;s lors la frustration des Fran&ccedil;ais face aux man&oelig;uvres politiciennes d&rsquo;un gouvernement pusillanime et non-exempt&eacute; de scandales. Hollande ne s&rsquo;est pas donn&eacute; les moyens des convictions affiches en campagne (sont-ce vraiment des convictions&nbsp;?), manquant du courage n&eacute;cessaire pour&nbsp;&laquo;&nbsp;changer&nbsp;&raquo; notre pays. Osons continuer une autre citation de Revel&nbsp;: Hollande est &agrave; Mitterrand ce que Mitterrand lui-m&ecirc;me &eacute;tait &agrave; de Gaulle&nbsp;: le th&eacute;&acirc;tre sans l&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sme.</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/montebourg-et-hollande-pics-390.jpg?525" alt="Photo" style="width:525;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><em><font size="5"><strong>Un virage rat&eacute; </strong></font></em><br /><br />Mais apr&egrave;s un d&eacute;but de quinquennat ubuesque, symbolis&eacute; &agrave; mes yeux par le sketch Arnaud Montebourg, Fran&ccedil;ois Hollande a su se faire une raison, pour entamer un virage pro-business n&eacute;cessaire, incarn&eacute; par Emmanuel Macron (qui, pour la petite histoire, n&rsquo;avait rien demande &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, et comptait s&rsquo;&eacute;loigner de la politique). L&rsquo;intention est louable, et on peut se r&eacute;jouir des multiples initiatives qui ont &eacute;t&eacute; prises (Loi Macron, Loi travail, Loi sur le num&eacute;rique), mais on tombe des nues face au manque de p&eacute;dagogie dont fait preuve notre gouvernement. Finalement, s&rsquo;il est une constante dans la pr&eacute;sidence d&rsquo;Hollande, c&rsquo;est sa communication d&eacute;sastreuse [et son fiasco fiscal]. Et c&rsquo;est bien dommage, tant la direction prise depuis un an semble insuffler un souffle nouveau. Certes, ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;une affaire de forme&nbsp;: cet amateurisme p&eacute;dagogique refl&egrave;te une f&acirc;cheuse tendance &agrave; l&rsquo;improvisation et aux bricolages au moment de pondre un projet de loi. Mais le caract&egrave;re non-explicit&eacute; du virage en cours fait le lit des revendications justici&egrave;re de la gauche de la gauche - des frondeurs PS, de leurs proches du Front de Gauche, et, par extension, de la CGT -&nbsp; qui crie au scandale et cherche d&eacute;noncer la fourberie ill&eacute;gitime de la bande &agrave; Macron. Or si la maladresse du gouvernement explique les faveurs de l&rsquo;opinion publique &agrave; la cause syndicale, les protestations du mois de mai sont &ndash; &agrave; mon go&ucirc;t &ndash; un signe (de plus) que les fronti&egrave;res des partis politiques fran&ccedil;ais sont aujourd&rsquo;hui obsol&egrave;tes.<br /><em><font color="#626262" size="2">&#8203;<br /><a href="https://60098087-613222320761950750.preview.editmysite.com/editor/main.php#_ednref1">[i]</a><span>&nbsp;Laisser le volant mais donner ses instructions au pilotes depuis la banquette arriere&nbsp;</span><br /><a href="https://60098087-613222320761950750.preview.editmysite.com/editor/main.php#_ednref1">[i]</a><span>&nbsp;Et encore je vous ai epergne les rlst du classement PISA</span><br /><a href="https://60098087-613222320761950750.preview.editmysite.com/editor/main.php#_ednref2">[ii]</a></font></em><span><em><font size="2"><font color="#626262">&nbsp;impossible de virer un X en France. Corre&#769;alaiton : + vous avez d&rsquo;X dans votre CA, + l&rsquo;entrperise (du CAC 40) a de mauvais rtls.</font><br /><br /><font color="#2a2a2a"><strong>Un spectateur engag&eacute;&nbsp;</strong></font></font></em></span><br /></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Puisque tout est fini, alors tout est permis]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/puisque-tout-est-fini-alors-tout-est-permis]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/puisque-tout-est-fini-alors-tout-est-permis#comments]]></comments><pubDate>Fri, 30 Sep 2016 14:36:40 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/puisque-tout-est-fini-alors-tout-est-permis</guid><description><![CDATA[       &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Cr&eacute;dit photo: Serge HambourgNous avons grandi dans une impasse. Cern&eacute;s d&rsquo;un r&eacute;seau de petites phrases anxiog&egrave;nes qui s&rsquo;agglom&eacute;raient comme des narcotiques dans nos cerveaux en forma [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/02-mai68-redim500_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph" style="text-align:justify;"><em><font size="2">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Cr&eacute;dit photo: Serge Hambourg</font></em><br /><br />Nous avons grandi dans une impasse. Cern&eacute;s d&rsquo;un r&eacute;seau de petites phrases anxiog&egrave;nes qui s&rsquo;agglom&eacute;raient comme des narcotiques dans nos cerveaux en formation. Enfants, nous avons pris connaissance du monde en m&ecirc;me temps que de sa fin imminente: pas un jour sans qu&rsquo;on entende &agrave; la radio des nouvelles de ces deux s&oelig;urs morbides, Mme Dette et Mme Crise, dont les ombres dans nos t&ecirc;tes enflaient sans cesse. Finiraient-elles par exploser? Non: c&rsquo;est le ch&ocirc;mage, le trou de la S&eacute;cu et son acolyte de la couche d&rsquo;ozone qui s&rsquo;en chargeaient. Les tours aussi, le 11 Septembre de nos 11 ans. Dans nos t&ecirc;tes d&rsquo;enfants satur&eacute;es de ces traumatismes subliminaux, l&rsquo;id&eacute;e de l&rsquo;Apocalypse naissait au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000.<br /><br /><strong>Nous n'avions pas 20 ans: nous arrivions trop tard</strong><br />Au lyc&eacute;e, on nous avertit d&rsquo;embl&eacute;e que l&rsquo;Histoire &eacute;tait finie. On nous expliqua que Dieu, le Roman et la Peinture &eacute;taient morts. Sur les murs de la capitale, on nous apprit que l&rsquo;Amour l&rsquo;&eacute;tait aussi. Nous n&rsquo;en connaissions pas le visage que d&eacute;j&agrave;, nous n&rsquo;avions plus le droit d&rsquo;y croire. Notre adolescence a pass&eacute; comme &ccedil;a, sans que jamais rien ne se passe. A l&rsquo;universit&eacute;, nous nous d&eacute;couvrions &laquo;postmodernes&raquo; - dans les livres de Gilles Lipovetsky, d&rsquo;Alain Finkielkraut, de Marcel Gauchet. La formule, ailleurs, revenait souvent, recouvrant indistinctement tout ce qu&rsquo;il y avait de contemporain: on l&rsquo;accompagnait g&eacute;n&eacute;ralement d&rsquo;un sourire sarcastique, que nous imitions sans tout &agrave; fait le comprendre. On nous inculquait ce sch&eacute;ma ternaire &laquo;pr&eacute;moderne, moderne, postmoderne&raquo;, grille de lecture ou tenaille qu&rsquo;on nous pr&eacute;sentait comme neutre quand, insidieusement, celle-l&agrave; avait d&eacute;j&agrave; d&eacute;cid&eacute; pour nous qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus rien &agrave; faire. On &eacute;tait d&eacute;j&agrave; &agrave; l&rsquo;&eacute;pilogue du r&eacute;cit mondial de l&rsquo;humanit&eacute;. L&rsquo;hypoth&egrave;se communiste? Un d&eacute;lire de pyromanes. Mai 1968? Une bataille de boules de neige. L&rsquo;id&eacute;al du progr&egrave;s ? On avait vu Hiroshima. Les utopies avaient toutes &eacute;t&eacute; ridiculis&eacute;es, la po&eacute;sie rendue barbare apr&egrave;s Auschwitz, les r&ecirc;ves, n&rsquo;en parlons pas. Nos ambitions se r&eacute;duisaient au quart d&rsquo;heure de gloire warholien, un &eacute;ph&eacute;m&egrave;re, et puis s&rsquo;en va. Avec les autres &eacute;poques, nous avions le sentiment de ne plus tenir la comparaison. Fran&ccedil;ais, nous &eacute;tions satur&eacute;s de r&ecirc;ves de gloire en m&ecirc;me temps que divorc&eacute;s de l&rsquo;Histoire - comme afflig&eacute;s d&rsquo;un complexe d&rsquo;inf&eacute;riorit&eacute; &agrave; son &eacute;gard. Toujours, et sans que nous n&rsquo;ayons d&eacute;cid&eacute; quoi que ce soit, nous nous situions apr&egrave;s, une g&eacute;n&eacute;ration de retardataires qui se sentaient tout petits en face des statues de pierre. Nous n&rsquo;avions pas 20 ans: nous arrivions trop tard.<br /><br />Alors que faire? Mourir, &eacute;ventuellement. En restant vivant si possible. Devenir un spectre de soi-m&ecirc;me avec l&rsquo;ennui et l&rsquo;orgueil comme seuls moteurs, prenant comme mod&egrave;les des anti-h&eacute;ros m&eacute;galomanes : Michel Houellebecq (&laquo;souvenez-vous-en : fondamentalement, vous &ecirc;tes d&eacute;j&agrave; mort&raquo;), Yves Adrien (l&rsquo;auteur, virtuellement mort en 2001, de F. pour fantomisation) ou Fr&eacute;d&eacute;ric Beigbeder (&laquo;Je suis un homme mort. Je me r&eacute;veille chaque matin avec une insoutenable envie de dormir&raquo;).<br /><br /><strong>A nouveau que faire ?</strong><br />Une autre issue: regretter. Avec Muray, Dantec et les autres, pester contre l&rsquo;homo festivus. Le jour fustiger les Bisounours, puis la nuit, pudiquement, r&ecirc;ver aux chevaleries d&rsquo;avant. A l&rsquo;extr&ecirc;me rigueur, enfin, agir &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me. Devenir une bombe, pr&ocirc;ner la haine de l&rsquo;autre, exercer la terreur; &agrave; d&eacute;faut de savoir comment s&rsquo;y comporter, travailler &agrave; l&rsquo;extermination du monde tel qu&rsquo;il est. Une nouvelle triade de la r&eacute;signation: celui qui dispara&icirc;t, celui qui regrette, celui qui tue. Pour les autres, il reste l&rsquo;oubli: la consolation des objets, l&rsquo;anesth&eacute;sie par les loisirs. De toutes ces figures possibles, nous ne nous reconnaissons dans aucune. Alors, &agrave; nouveau, que faire?<br /><br />La r&eacute;ponse est simple: rena&icirc;tre, comme il nous plaira. Nous sommes comme les personnages de la pi&egrave;ce de Shakespeare fuyant d&eacute;sormais un mod&egrave;le de soci&eacute;t&eacute; qui nous a d&eacute;j&agrave; bannis. Etant tout sauf d&eacute;sabus&eacute;s, nous n&rsquo;avons plus d&rsquo;autre choix que celui d&rsquo;inventer une nouvelle voie. La place est d&eacute;j&agrave; prise? Trop pris&eacute;e? Nous irons ailleurs, explorer. Sur les ruines des Trente Glorieuses, certains d&rsquo;entre-nous au-dessous du seuil de pauvret&eacute;, nous ferons tr&egrave;s exactement ce que nous voulons. Tant pis pour le confort, tant pis pour la s&eacute;curit&eacute;, et tant pis si nous ne sommes plus capables d&rsquo;expliquer &agrave; nos parents ce que nous faisons de nos journ&eacute;es. Nous sommes soutenus par l&rsquo;amour que nous nous portons. On nous l&rsquo;a de toutes mani&egrave;res assez r&eacute;p&eacute;t&eacute;: il n&rsquo;y a plus d&rsquo;issue. Dont acte.<br /><br /><strong>Ind&eacute;pendants, multit&acirc;ches et bricoleurs</strong><br />A distance d&rsquo;un th&eacute;&acirc;tre politique dont on ne comprend plus la langue, nous aspirons &agrave; l&rsquo;&eacute;mancipation, quitte &agrave; consentir &agrave; une certaine pr&eacute;carit&eacute;. Le syst&egrave;me D s&rsquo;ouvre, comme une alternative possible au salariat. Nos petites entreprises c&ocirc;toient, et &agrave; nos yeux &eacute;galent, les grandes institutions. Dans les marges et gr&acirc;ce &agrave; Internet, nous explorons les micro-&eacute;conomies souples. Les interm&eacute;diaires sont court-circuit&eacute;s. Nous produisons et distribuons notre propre miel. Plus rien n&rsquo;est entre nous et la musique: l&rsquo;&eacute;nergie et la foi suffisent pour la cr&eacute;er, un ordinateur pour la mixer et la distribuer tout autour du monde. Nous sommes cosmopolites mais pratiquons le local: dans des sph&egrave;res restreintes et de fait habitables, nous fa&ccedil;onnons des objets qui nous ressemblent, puis nous les partageons. Dans nos potagers num&eacute;riques, nous cultivons les liens, IRL comme URL, &eacute;changeant nos enthousiasmes, nos connaissances et les nuances de nos vies int&eacute;rieures. Partout, nous nous r&eacute;approprions nos heures. Par la conversation, nous prenons le temps d&rsquo;inventer des mots nouveaux pour d&eacute;signer des choses nouvelles. Nous sommes ind&eacute;pendants, multit&acirc;ches et bricoleurs. Conscients de notre chance comme de l&rsquo;effort &agrave; fournir, nous refusons le cynisme et la plainte. S&rsquo;il faut manger des p&acirc;tes, nous les mangeons sans rechigner. S&rsquo;il faut sacrifier les vacances, nous l&rsquo;acceptons. Nous &eacute;changeons nos v&ecirc;tements, nos logements, nos id&eacute;es.<br /><br />Sans faire de bruit, une r&eacute;volution discr&egrave;te, locale et qui ne cherche &agrave; convaincre personne a d&eacute;j&agrave; eu lieu. Nous acceptons d&eacute;sormais d&rsquo;&ecirc;tre sans statut, retir&eacute;s dans les marges joyeuses, par n&eacute;cessit&eacute; comme par choix. L&rsquo;avenir est pour nous dans les friches. C&rsquo;est dans les terrains encore vagues qu&rsquo;adviendra une nouvelle renaissance. Nous ne r&eacute;clamons ni n&rsquo;attendons plus rien de la soci&eacute;t&eacute; telle qu&rsquo;elle va: nous faisons. Par-dessus tout, et fragilement.<br /><br />Parvenu &agrave; un certain degr&eacute;, le d&eacute;sespoir devient une panac&eacute;e. Puisque tout est fini, alors tout est permis. Nous sommes apr&egrave;s la mort, et une certaine folie s&rsquo;empare de nous. Pareils &agrave; des ballons d&eacute;j&agrave; partis trop haut, nous ne pouvons plus redescendre: dans un ciel sans rep&egrave;res, nous cherchons les nouvelles couleurs. Le monde est une p&acirc;te &agrave; modeler, pas cette masse inerte et triste pour laquelle il passe. Des futurs multicolores nous attendent. N&rsquo;ayez pas peur, il n&rsquo;y a plus rien &agrave; perdre.<br /><br />Par le collectif Catastrophe&nbsp;<br /><br /><em><font size="2">Article originellement publi&eacute; dans Lib&eacute;ration: http://www.liberation.fr/debats/2016/09/22/puisque-tout-est-fini-alors-tout-est-permis_1506625</font></em></div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Je Ne Suis Pas Féministe Mais... ]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/je-ne-suis-pas-feministe-mais]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/je-ne-suis-pas-feministe-mais#comments]]></comments><pubDate>Wed, 21 Sep 2016 19:00:16 GMT</pubDate><category><![CDATA[droit]]></category><category><![CDATA[&eacute;galit&eacute;]]></category><category><![CDATA[femmes]]></category><category><![CDATA[politique]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/je-ne-suis-pas-feministe-mais</guid><description><![CDATA[    source: L'étudiant    "Et sinon, pourquoi ne voulez-vous pas travailler dans le luxe&nbsp;?"&nbsp;Je ne sais pas, mais c&rsquo;est une bonne question. Peut-&ecirc;tre, parce que sur mon CV ne figure aucune exp&eacute;rience dans le luxe. Peut-&ecirc;tre que cela a &agrave; voir avec le fait que j&rsquo;ai int&eacute;gr&eacute; la meilleure &eacute;cole de commerce de France, et pas la meilleure &eacute;cole de mode. Ou encore, peut-&ecirc;tre bien que c&rsquo;est parce qu&rsquo;on est en pl [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/entretien_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">source: L'&eacute;tudiant </div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><em><font size="6">"</font></em><font size="4">Et sinon, pourquoi ne voulez-vous pas travailler dans le luxe&nbsp;?"</font></strong><br />&nbsp;<br />Je ne sais pas, mais c&rsquo;est une bonne question. Peut-&ecirc;tre, parce que sur mon CV ne figure aucune exp&eacute;rience dans le luxe. Peut-&ecirc;tre que cela a &agrave; voir avec le fait que j&rsquo;ai int&eacute;gr&eacute; la meilleure &eacute;cole de commerce de France, et pas la meilleure &eacute;cole de mode. Ou encore, peut-&ecirc;tre bien que c&rsquo;est parce qu&rsquo;on est en plein entretien pour un stage en finance, que sur mon CV ne figurent que des exp&eacute;riences en finance et que je n&rsquo;ai jamais parl&eacute; de luxe. Pas&nbsp; &agrave; un seul moment de l&rsquo;entretien qui dure depuis maintenant une heure. Que le seul lien entre moi et le luxe est qu&rsquo;en bas de mon CV est inscrit que je faisais partie de l&rsquo;association de mode &agrave; HEC, comme trois autres activit&eacute;s extracurriculaires qui elles n&rsquo;int&eacute;ressent mon interviewer. Et que cet &eacute;l&eacute;ment n&rsquo;est pas l&agrave; pour mettre en valeur que j&rsquo;aime lire Vogue &agrave; mes heures perdues, mais que j&rsquo;ai lev&eacute; des fonds et trouv&eacute; des sponsors pour organiser un &eacute;v&eacute;nement, aptitude qui peut faire sa diff&eacute;rence quant &agrave; ma candidature. Si tent&eacute; soit-il que l&rsquo;on ne fasse pas de raccourci stupide.<br />&nbsp;<br />Je ne suis pas f&eacute;ministe, mais je commence &agrave; &ecirc;tre agac&eacute;e. Je me sens oblig&eacute;e de m&rsquo;en expliquer parce qu&rsquo;il est de plus en plus difficile de parler des probl&egrave;mes li&eacute;s au genre, surtout quand on est une femme, et ce parce que le raccourci entre femme et f&eacute;ministe est rapide. Et alors, me direz-vous&nbsp;? Ces derni&egrave;res ann&eacute;es le f&eacute;minisme a pris une connotation p&eacute;jorative &ndash; comme si d&eacute;fendre la cause des femmes faisait de celles qui le font des personnes virulentes dans le meilleur des cas et hyst&eacute;riques ou folles dans le pire.<br />&nbsp;<br />Je n&rsquo;ai rien contre les f&eacute;ministes, mais je n&rsquo;ai pas la pr&eacute;tention d&rsquo;en &ecirc;tre une. Je ne suis pas f&eacute;ministe. J&rsquo;aime la diff&eacute;rence fondamentale que l&rsquo;on fait entre les hommes et les femmes. J&rsquo;aime la galanterie, j&rsquo;aime qu&rsquo;on me tienne la porte, j&rsquo;aime l&rsquo;id&eacute;e selon laquelle un gar&ccedil;on doit traiter une femme avec respect, justement parce que c&rsquo;est une femme.<br />&nbsp;<br />Je ne suis pas f&eacute;ministe. Mais je suis convaincue que je me suis toujours battue autant, voire plus, que mes amis gar&ccedil;ons pour arriver l&agrave; o&ugrave; j&rsquo;en suis aujourd&rsquo;hui. Je ne suis pas f&eacute;ministe. Pas du tout f&eacute;ministe. Mais je suis exasp&eacute;r&eacute;e &agrave; un point inimaginable par les comportements qui me r&eacute;duisent &agrave; mon genre.<br />&nbsp;<br />Cette question m&rsquo;est pos&eacute;e &agrave; un entretien sur deux. Je garde le sourire, et j&rsquo;explique que ce n&rsquo;est tout simplement pas ce que je veux faire. Que ce n&rsquo;est pas ce pour quoi je postule. Qu&rsquo;un centre d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t peut &ecirc;tre un hobbie sans &ecirc;tre la ligne directrice d&rsquo;une carri&egrave;re. Mais &agrave; chaque fois, je ne peux m&rsquo;emp&ecirc;cher de me dire, dans ma t&ecirc;te, &laquo;&nbsp;<em>et si c&rsquo;&eacute;tait un gar&ccedil;on &agrave; ma place, et qu&rsquo;il avait mentionn&eacute; faire partie du club de foot &agrave; HEC, lui demanderiez-vous pourquoi il ne veut pas devenir footballer&nbsp;?</em>&nbsp;&raquo;.<br />&nbsp;<br />Poursuivons l&rsquo;entretien. Arrive enfin le moment tant attendu des questions techniques. Je les connais toutes, j&rsquo;y r&eacute;ponds. L&rsquo;interviewer a l&rsquo;air content, il enchaine sur un cas pratique.&nbsp;</div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/2016-0510-marieantoinette4.png?1474532333" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Marie Antoinette, une des femmes les plus puissante de l'histoire </div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><font size="4">&#8203;<em>Donc tu prends par exemple une entreprise qui fait&hellip; </em><br /></font></strong>&nbsp;<br />Moment d&rsquo;h&eacute;sitation de sa part&nbsp;: pourquoi pas des composants chimiques, comme la derni&egrave;re entreprise dans laquelle l&rsquo;entreprise pour laquelle je postule a investi&nbsp;?<br />&nbsp;<br /><em>du maquillage &hellip; Et disons qu&rsquo;elle commande &agrave; son fournisseur, je ne sais pas, de la poudre&hellip;</em><br />&nbsp;<br />La question prend par la suite la tournure d&rsquo;une question de finance, et j&rsquo;y r&eacute;ponds. N&eacute;anmoins je ne peux m&rsquo;emp&ecirc;cher de relever, parce que je trouve &ccedil;a triste qu&rsquo;en 2016, on pense syst&eacute;matiquement luxe et maquillage lorsque l&rsquo;on s&rsquo;adresse &agrave; une candidate et non &agrave; un candidat.<br />&nbsp;<br />Je trouve &ccedil;a dommage qu&rsquo;&agrave; mon stage pr&eacute;c&eacute;dent, dans une banque de renomm&eacute;e internationale, sur un &eacute;tage de 50 personnes, seules deux aient &eacute;t&eacute; des femmes. Et qu&rsquo;il y soit donc normal, de faire des blagues &ndash; d&rsquo;un gout discutable &ndash; sur les femmes sans se g&ecirc;ner. Ou qu&rsquo;on m&rsquo;envoie des mails avec une pi&egrave;ce jointe et un&nbsp;:<br /><em>&laquo;&nbsp;Tu m&rsquo;imprimes &ccedil;a ma jolie&nbsp;?&nbsp;&raquo;</em><br />&nbsp;<br />Je trouve &ccedil;a dommage pour la soci&eacute;t&eacute;, que lors de mes 15 derniers entretiens en fonds d&rsquo;investissements, je n&rsquo;ai rencontr&eacute; qu&rsquo;une seule femme, en dehors des assistantes. Et qu&rsquo;un interviewer ait pourtant os&eacute; me dire que &laquo;&nbsp;&ecirc;tre une femme peut &ecirc;tre un avantage dans ce m&eacute;tier &raquo;. Alors qu&rsquo;historiquement, ils n&rsquo;en ont jamais engag&eacute; aucune dans le fond pour lequel il travaille.<br /><br />&nbsp;<strong><u>Une in&eacute;galit&eacute; qui a souvent &eacute;t&eacute; une norme</u></strong><br />&nbsp;<br />L&rsquo;in&eacute;galit&eacute; homme-femme, vaste sujet, mais surtout vieux sujet. L&rsquo;origine de cette in&eacute;galit&eacute; est ancr&eacute;e dans notre culture et elle est &agrave; la fois historique, religieuse et culturelle. En effet, les cultures jud&eacute;o-chr&eacute;tiennes, la bible, la Gr&egrave;ce ancienne, et les civilisations arabo-musulmanes ont une vision diff&eacute;rente et in&eacute;galitaire en ce qui concerne l&rsquo;homme et la femme.<br />Pour exemple, la Gr&egrave;ce antique voit de fait la femme comme en charge de l&rsquo;int&eacute;rieur de la maison (donc principalement des enfants et des travaux m&eacute;nagers) tandis que l&rsquo;homme lui, sort et va faire de la politique, la guerre, etc. Il est, lui, en charge de l&rsquo;ext&eacute;rieur. Dans la bible, la femme est l&agrave; encore d&eacute;peinte comme n&eacute;e de la c&ocirc;te de l&rsquo;homme, en second&nbsp;: Dieu cr&eacute;a d&rsquo;abord l&rsquo;homme, puis la femme. Et elle devient tr&egrave;s vite, avec la chute, source des malheurs des hommes.<br />&nbsp;<br />Cette culture de l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; des genres a trouv&eacute; un parall&egrave;le dans la culture juridique o&ugrave; les textes codifient la d&eacute;pendance de la femme &agrave; l&rsquo;homme. Pour ne citer qu&rsquo;un exemple, le Code Napol&eacute;on de 1804 d&eacute;finit clairement la place de la citoyenne dans la soci&eacute;t&eacute; &agrave; l&rsquo;article 1124: <em>&ldquo;Les personnes priv&eacute;es de droits juridiques sont <strong>les mineurs, les femmes mari&eacute;es, les criminels et les d&eacute;biles mentaux</strong>.&rdquo;</em><em>. </em><br />La France est le pays des droits de l&rsquo;homme d&egrave;s 1789, mais ne deviendra que bien plus tard un pays des droits de la femme&nbsp;et on constate que la transition vers les syst&egrave;mes d&eacute;mocratiques n&rsquo;a jamais donn&eacute; lieu &agrave; un droit de vote mixte de prime abord. Aucun pays n&rsquo;accordera en m&ecirc;me temps aux hommes et aux femmes le droit de voter.&nbsp;<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/suffragettes-march-1911_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Suffragettes d&eacute;filant &agrave; Londres</div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><u>Des incompr&eacute;hensions&nbsp;: Once you are in, it does not necessarily get better.</u></strong><br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />Les soci&eacute;t&eacute;s occidentales se battent certes pour une &eacute;galit&eacute; homme-femme compl&egrave;te et multiplient les lois pour aller dans ce sens. M&ecirc;me si c&rsquo;est positif, c&rsquo;est triste en un sens qu&rsquo;on en arrive &agrave; parler de quotas. Je m&rsquo;adresse &agrave; nos lecteurs masculins, auriez-vous envie d&rsquo;&ecirc;tre un quota&nbsp;?<br />&nbsp;<br />Si je con&ccedil;ois que soulever le probl&egrave;me et en parler n&eacute;cessite de la part des hommes un effort de transposition, je trouve que cet effort n&rsquo;est pas assez effectu&eacute;&nbsp;; qu&rsquo;il est plus facile quelques fois pour les uns de s&rsquo;identifier &agrave; des gens &agrave; l&rsquo;autre bout du monde, vivant dans des soci&eacute;t&eacute;s compl&egrave;tement diff&eacute;rentes, avec des probl&egrave;mes auxquels ils ne seraient jamais confront&eacute;s, qu&rsquo;&agrave; leurs homologues f&eacute;minins. Quel meilleur exemple que l&rsquo;art et les m&eacute;dias&nbsp;? Prenons n&rsquo;importe quel(le) livre, film, s&eacute;rie&nbsp;: que le personnage &eacute;ponyme, que l&rsquo;interpr&egrave;te ou que l&rsquo;h&eacute;ro&iuml;ne soit une femme, d&rsquo;embl&eacute;e&nbsp;&ndash; et qu&rsquo;importe le contexte &ndash; cela devient un livre, un film ou une s&eacute;rie de filles. La r&eacute;ciproque n&rsquo;est pas pour autant vraie. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne est assez parlant et montre qu&rsquo;il est difficile pour un homme de s&rsquo;identifier &agrave; une femme en g&eacute;n&eacute;ral. Ce qui m&egrave;ne &agrave; une moindre reconnaissance des talents f&eacute;minins, en t&eacute;moigne le scandale d&rsquo;Angoul&ecirc;me de l&rsquo;an pass&eacute;.<br />&nbsp;<br />De cela d&eacute;coule un sentiment d&rsquo;incompr&eacute;hension lorsque l&rsquo;on parle de sexisme &agrave; un homme, qui a certes pas toujours, mais n&eacute;anmoins trop souvent tendance &agrave; amoindrir les choses. Il faut se rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence, les hommes ont souvent du mal &agrave; comprendre le sentiment de malaise que peut ressentir une femme qui se fait aborder dans la rue si elle n&rsquo;a pas de raison de se sentir en ins&eacute;curit&eacute;. On admet volontiers que les femmes sont des cibles plus vuln&eacute;rables aux agressions, mais on a plus de mal &agrave; reconnaitre que le harc&egrave;lement de rue est un probl&egrave;me r&eacute;el. Un commentaire sexiste est souvent entendu par l&rsquo;autre genre comme un compliment, une remarque flatteuse, alors qu&rsquo;elle est souvent v&eacute;cue comme une intrusion, comme une tentative de proximit&eacute; indue.<br />&nbsp;<br />Donc oui, en soit, ce n&rsquo;est pas la mer &agrave; boire. Je devrais peut-&ecirc;tre m&rsquo;estimer heureuse qu&rsquo;on m&rsquo;appelle <em>ma jolie</em> et pas <em>mon hideuse</em> au travail. Mais pourquoi est-ce qu&rsquo;on me parle de mon apparence &agrave; moi et pas &agrave; mes coll&egrave;gues&nbsp;? Pourquoi est-ce que quand un coll&egrave;gue fait une slide qui ne convient pas, on lui demande de la refaire, point, alors que quand il s&rsquo;agit d&rsquo;une des miennes, on m&rsquo;explique qu&rsquo;elle fait trop &laquo;&nbsp;Barbie&nbsp;&raquo; (bien qu&rsquo;elle respecte la charte graphique de la banque)&nbsp;? Pourquoi est-ce que je devrais supporter de me faire draguer sur mon lieu de travail par un sup&eacute;rieur mari&eacute; et p&egrave;re de famille alors que mes coll&egrave;gues ne connaitront jamais cette g&ecirc;ne&nbsp;?<br />&nbsp;<br />Ce n&rsquo;est pas si grave, mais ces comportements sont ancr&eacute;s dans les m&oelig;urs et continuent &agrave; contribuer au fait qu&rsquo;il reste difficile, quand bien m&ecirc;me on fait passer des lois, et quand bien m&ecirc;me on pense &agrave; imposer des quotas, pour une femme de se sentir &eacute;gale &agrave; un homme sur son lieu de travail.<br /></div>  <div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0px;margin-right:0px;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/cleo_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%">Lawrence Alma-Tadema - La rencontre de Marc-Antoine et Cl&eacute;op&acirc;tre - 1885 </div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><em><u>Aime le connard mais m&eacute;prise la salope - c</u></em><u>e n&rsquo;est pas que de la faute des hommes</u></strong><br />&nbsp;<br />De mon point de vue, le probl&egrave;me est ind&eacute;niablement un probl&egrave;me de soci&eacute;t&eacute;. Je le pense d&ucirc; &agrave; un d&eacute;calage certain entre l&rsquo;&eacute;volution des m&oelig;urs, des lois, et des mentalit&eacute;s. Et cela n&rsquo;est pas propre aux hommes.<br />&nbsp;<br />J&rsquo;ai vu autant de femmes que d&rsquo;hommes choqu&eacute;es de me savoir en finance dans des postes &agrave; hautes responsabilit&eacute;s et aux horaires impossibles, du fait de ma condition f&eacute;minine. Les autres femmes sont premi&egrave;res sur le discours moralisateur du &laquo;&nbsp;<em>mais quand m&ecirc;me, tu as pens&eacute; un peu &agrave; ta future vie de famille&nbsp;? Pour un homme ok, mais toi tu vas &ecirc;tre maman&nbsp;un jour, comment tu crois que tu vas te d&eacute;brouiller&nbsp;?</em>&nbsp;&raquo;. Et, si je ne me suis pas souvent faite accoster par des femmes dans la rue, j&rsquo;ai n&eacute;anmoins trop souvent entendu des femmes critiquer les tenues des unes et des autres, insulter les filles qui s&rsquo;affichent comme ayant des &laquo;&nbsp;m&oelig;urs l&eacute;g&egrave;res&nbsp;&raquo; tandis que les m&ecirc;mes instigatrice de ces critiques tombent dans les bras du premier venu qui ait le m&ecirc;me genre de comportement. Deux poids, deux mesures, disent-elles&nbsp;?<br />&nbsp;<br />Il faut l&rsquo;admettre, nous sommes les premi&egrave;res &agrave; nous freiner dans notre ascension vers le succ&egrave;s. C&rsquo;est ancr&eacute; en nous, le contexte a transf&eacute;r&eacute;, et nous ne nous consid&eacute;rons pas pleinement comme ayant droit &agrave; autant de libert&eacute;, pour ne parler que de &ccedil;a, que les hommes. <em>Aime le connard mais m&eacute;prise la salope</em>, c&rsquo;est un peu le leitmotiv des femmes en 2016, qu&rsquo;elles l&rsquo;admettent ou non.<br />&nbsp;<br />Si la pr&eacute;pond&eacute;rance des r&eacute;seaux sociaux permet et m&egrave;ne de plus en plus de femmes &agrave; publier des clich&eacute;s d&rsquo;elles de plus en plus d&eacute;nud&eacute;es, ce n&rsquo;est que pour affirmer une libert&eacute; qu&rsquo;elles sentent trop fragile. Comparons. Qui serait choqu&eacute; de voir un homme torse nu sur Instagram&nbsp;? Pas grand monde. Mais pourquoi n&rsquo;a-t-on alors pas de d&eacute;ferlement de photos d&rsquo;hommes d&eacute;nud&eacute;s du haut sur les r&eacute;seaux sociaux&nbsp;? Ils n&rsquo;en ressentent tout simplement pas le besoin. Ils ont le droit, pas nous. Si nous nous sentions pleinement en droit de faire ce que l&rsquo;on veut de notre corps, alors pourquoi nous appellerions-nous les unes les autres si facilement des filles faciles ? La rivalit&eacute; purement f&eacute;minine pour plaire aux hommes n&rsquo;est-elle finalement pas l&rsquo;expression d&rsquo;une rivalit&eacute; aux hommes pour obtenir autant de libert&eacute; qu&rsquo;eux&nbsp;? Je pense que finalement, on ne se bat jamais pour l&rsquo;attention des gar&ccedil;ons, mais bien pour se prouver qu&rsquo;on a autant de libert&eacute; qu&rsquo;eux et finalement &ecirc;tre leur &eacute;gal. Il est toutefois malheureux que cela nous pousse &agrave; se juger les unes les autres.&nbsp;<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br /><strong><u>La morale de cet article</u></strong><br />&nbsp;<br />J&rsquo;ai eu beaucoup de mal &agrave; trouver la suite de cet article, parce que je lui cherchais une sorte de morale. Comme si en &eacute;crivant je voulais r&eacute;pondre &agrave; la question qui aurait &eacute;t&eacute; ma probl&eacute;matique id&eacute;ale&nbsp;: du coup, on fait quoi&nbsp;?<br />&nbsp;<br />Je ne pense pas qu&rsquo;il y ait de solution, seul le temps fera les choses, il faut simplement que les mentalit&eacute;s s&rsquo;adaptent aux m&oelig;urs et aux lois. Et c&rsquo;est un processus qui met du temps et qui progresse un peu plus chaque jour. Les comportements normaux d&rsquo;hier sont anormaux aujourd&rsquo;hui, et les in&eacute;galit&eacute;s d&rsquo;aujourd&rsquo;hui seront ill&eacute;gales demain. &nbsp;<br />&nbsp;<br />J&rsquo;aurais aim&eacute; voir cet article &eacute;crit par un homme, mais comme je l&rsquo;expliquais plus haut, mon ressenti est qu&rsquo;il est assez improbable de voir un homme se lever pour d&eacute;fendre la cause des femmes - en tout cas je demande &agrave; mes lecteurs un petit effort de transposition.<br />Je l&rsquo;ai dit plus haut, je ne suis pas f&eacute;ministe. Je n&rsquo;ai pas le sentiment de me croire repr&eacute;sentative ou d&eacute;fenseuse de la cause de toutes les femmes, je partage juste un ressenti. Je ne parle au nom de personne, mais je parle &agrave; tous, donc si des choses vous interpellent, l&rsquo;&eacute;quipe de l&rsquo;objectif serait heureuse de voir &eacute;clore un d&eacute;bat&nbsp;!<br />&nbsp;<br />&nbsp;<br />&nbsp; Une jeune femme moderne.&nbsp;</div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[De Quoi Donald Trump Est-Il le Nom?]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/de-quoi-donald-trump-est-il-le-nom]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/de-quoi-donald-trump-est-il-le-nom#comments]]></comments><pubDate>Thu, 15 Sep 2016 08:39:47 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/de-quoi-donald-trump-est-il-le-nom</guid><description><![CDATA[Donald Trump prétendument détesté par l'élite... par JaneBurgermeister​C’est un jour pesant à New York, il fait lourd et c’est le cœur serré que se réveillent les habitants de la grande pomme quinze ans après les attentats du World Trade Center. Officiels, rescapés et proches de victimes sont réunis devant le mémorial érigé en l’honneur de ceux qui sont devenus les martyrs de l’Amérique. Soudain une silhouette s’effondre, à côté du maire de la ville, la candidate d? [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div id="504014310964408792" align="center" style="width: 100%; overflow-y: hidden;" class="wcustomhtml"><iframe frameborder="0" width="480" height="270" src="//www.dailymotion.com/embed/video/x3vw94k" allowfullscreen=""></iframe><br><a href="http://www.dailymotion.com/video/x3vw94k_donald-trump-pretendument-deteste-par-l-elite-car-n-etant-pas-passe-par-les-rites-initiatiques-de-la_school" target="_blank">Donald Trump pr&eacute;tendument d&eacute;test&eacute; par l'&eacute;lite...</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/JaneBurgermeister" target="_blank">JaneBurgermeister</a></i></div></div><div class="paragraph">&#8203;C&rsquo;est un jour pesant &agrave; New York, il fait lourd et c&rsquo;est le c&oelig;ur serr&eacute; que se r&eacute;veillent les habitants de la grande pomme quinze ans apr&egrave;s les attentats du World Trade Center. Officiels, rescap&eacute;s et proches de victimes sont r&eacute;unis devant le m&eacute;morial &eacute;rig&eacute; en l&rsquo;honneur de ceux qui sont devenus les martyrs de l&rsquo;Am&eacute;rique. Soudain une silhouette s&rsquo;effondre, &agrave; c&ocirc;t&eacute; du maire de la ville, la candidate d&eacute;mocrate et favorite des sondages Hilary Clinton est prise d&rsquo;un malaise. Pr&eacute;textant l&rsquo;&eacute;motion, ses communicants seront forc&eacute;s d&rsquo;avouer qu&rsquo;elle est en r&eacute;alit&eacute; atteinte d&rsquo;une pneumonie.<br>Tout au long de la c&eacute;r&eacute;monie on pouvait apercevoir au loin une tour scintillante, refl&eacute;tant les rayons du soleil, c&rsquo;est la Trump Tower. Le destin aussi semble rayonner pour son propri&eacute;taire, ce gnostique qui affirme &agrave; demi-mots qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; choisi par Dieu. Alors que l&rsquo;&eacute;cart avec sa rivale d&eacute;mocrate se resserre de semaines en semaines, ce coup de th&eacute;&acirc;tre devrait faciliter encore un peu son ascension vers la Maison Blanche. &nbsp;<br>&nbsp;<br>Nombreux sont les commentateurs de la vie politique Am&eacute;ricaine &agrave; rejeter l&rsquo;&eacute;lection de Trump dans l&rsquo;irr&eacute;el en pointant du doigt son irrationalit&eacute;. Pourtant l&rsquo;histoire a montr&eacute; &agrave; bien des occasions que le r&eacute;el pouvait &ecirc;tre fort accommodant avec l&rsquo;irrationnel. En fait, le sc&eacute;nario d&rsquo;un Donald Trump &agrave; la Maison Blanche est tout &agrave; fait possible et m&ecirc;me probable. N&rsquo;oublions pas que jusqu&rsquo;en septembre 1982, Reagan &eacute;tait largement moqu&eacute; par la presse qui affirmait qu&rsquo;il ne serait jamais &eacute;lu, Georges Bush avait m&ecirc;me qualifi&eacute; le programme &eacute;conomique de son rival r&eacute;publicain &laquo;&nbsp;<em>d&rsquo;&eacute;conomie vaudou&nbsp;</em>&raquo;.&nbsp;</div><div><div class="wsite-image wsite-image-border-none" style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"><a><img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/trump_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%"></a><div style="display:block;font-size:90%"></div></div></div><div class="paragraph">&nbsp;<strong><font size="4">De qui Trump est-il l&rsquo;h&eacute;ritier&nbsp;?</font></strong><br>&nbsp;<br>Donald Trump est loin d&rsquo;&ecirc;tre un ph&eacute;nom&egrave;ne ex-nihilo, il est l&rsquo;incarnation d&rsquo;une pens&eacute;e populiste qui a toujours exist&eacute; outre-Atlantique et que l&rsquo;on a trop souvent voulu minorer. Si l&rsquo;on ne comprend pas cet h&eacute;ritage on ne peut comprendre comment des r&eacute;publicains mod&eacute;r&eacute;s et rationnels ont pu &ecirc;tre d&eacute;pass&eacute;s par un candidat milliardaire qui pr&eacute;tend &ecirc;tre celui qui &laquo;&nbsp;porte la parole de ceux que l&rsquo;on entend pas&nbsp;&raquo;. Comme tous les populistes qui prosp&egrave;rent aujourd&rsquo;hui en faisant fructifier leur porte-monnaie &eacute;lectoral sur les d&eacute;bris encore fumants laiss&eacute;s par la crise, Donald Trump doit &ecirc;tre pris au s&eacute;rieux.<br>Mais qualifier celui-ci de populiste n&rsquo;est pas suffisant, il est indispensable d&rsquo;abord de d&eacute;finir ce que signifie ce terme aujourd&rsquo;hui devenu g&eacute;n&eacute;rique de populisme. Daniele Albertazzi et Duncan McDonnell dans <u>le populisme au XXI&egrave;me</u> si&egrave;cle le d&eacute;finissent comme une id&eacute;ologie qui <em>&laquo; oppose un peuple vertueux et homog&egrave;ne &agrave; un ensemble d'&eacute;lites et autres groupes d'int&eacute;r&ecirc;ts particuliers de la soci&eacute;t&eacute;, accus&eacute;s de priver (ou tenter de priver) le peuple souverain de ses droits, de ses biens, de son identit&eacute;, et de sa libert&eacute; d'expression &raquo;</em>. On se trouve bien ici au c&oelig;ur du probl&egrave;me, Trump alors qu&rsquo;il est l&rsquo;incarnation d&rsquo;une partie de ces &eacute;lites mart&egrave;le &agrave; qui veut l&rsquo;entendre qu&rsquo;il va d&eacute;truire celles-ci et r&eacute;tablir le pouvoir des &laquo;&nbsp;vrais gens&nbsp;&raquo; &agrave; Washington. Il promet ainsi une option encore jamais essay&eacute;e, celle de faire de la politique autrement sans organe interm&eacute;diaire. Cette ambition qui peut paraitre attractive pour une certaine partie de la population est en r&eacute;alit&eacute; n&eacute;faste et menace directement l&rsquo;Etat de droit. En pr&eacute;tendant se d&eacute;barrasser des &eacute;lites en supprimant les corps interm&eacute;diaires comme les assembl&eacute;e &eacute;lues ou les administration -bref tout ce qui a permis de conserver une certaine concorde au sein de nos soci&eacute;t&eacute;s- on ouvre la porte au gouvernement des instincts, &agrave; la haine voir &agrave; la guerre civile. Trump utilise aussi largement le sentiment d&rsquo;abandon de certaines franges de la population qui ne se sentent pas repr&eacute;sent&eacute;es alors qu&rsquo;elles le sont de fait par les m&eacute;canismes &eacute;lectoraux. Cette rh&eacute;torique, c&rsquo;est celle qui a fait prosp&eacute;rer McCarthy au d&eacute;but des ann&eacute;es 50. Chez les deux hommes, la dimension psychologique occupe une place capitale, l&rsquo;extravagance et l&rsquo;usage de l&rsquo;exag&eacute;ration comme outil rh&eacute;torique les rapproche en effet &eacute;norm&eacute;ment. On pr&ecirc;te d&rsquo;ailleurs &agrave; McCarthy la fameuse phrase &laquo;&nbsp;plus c&rsquo;est gros plus &ccedil;a passe&nbsp;&raquo;, l&rsquo;adage Trumpiste par excellence. &nbsp;</div><div class="wsite-youtube" style="margin-bottom:10px;margin-top:10px;"><div class="wsite-youtube-wrapper wsite-youtube-size-auto wsite-youtube-align-center"><div class="wsite-youtube-container"><iframe src="//www.youtube.com/embed/RB9zhUwikus?wmode=opaque" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe></div></div></div><div class="paragraph"><strong><font size="4">Donald Trump est-il un conservateur&nbsp;?</font></strong><br>&nbsp;<br>Il est courant d&rsquo;utiliser la notion de malaise ou d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; culturelle pour expliquer le succ&egrave;s &eacute;lectoral des conservateurs mais cette analyse est largement incompl&egrave;te. Elle se base en fait sur des arguments psychologiques d&eacute;pass&eacute;s qui ont &eacute;t&eacute; utilis&eacute;s pour tenter d&rsquo;expliquer le nazisme (notamment chez Adorno).<br>&nbsp;<br>&laquo;&nbsp;<em>La contestation des maccartistes doit &ecirc;tre en toute pr&eacute;cision nomm&eacute;e pseudo- conservatrice. &nbsp;Je prendrai ici le sens de conservateur &agrave; Adorno, car ses partisans quoi qu&rsquo;ils utilisent la rh&eacute;torique du conservatisme et se disent eux m&ecirc;mes conservateurs montrent une r&eacute;sistance constante et s&eacute;rieuse quant au mode de vie Am&eacute;ricain, aux traditions et &agrave; la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine. Ils ont peu en commun avec l&rsquo;esprit de temp&eacute;rance et de compromis qui est le propre du v&eacute;ritable conservatisme au sens classique du terme. Leur r&eacute;action politique montre plut&ocirc;t une haine totale de notre soci&eacute;t&eacute; et de son fonctionnement qui m&ecirc;me si elle est en grande partie inconsciente n&rsquo;en est pas moins profonde.&nbsp;</em>&raquo;<br><strong>Richard Hofstadter dans <em>paranoid style</em></strong><br>&nbsp;<br>Richard Hofstadter en plus d&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;un des plus brillant observateur de la soci&eacute;t&eacute; Am&eacute;ricaine note ici une distinction trop souvent n&eacute;glig&eacute;e entre conservatisme et populisme. Au fond, si Trump et McCarthy en son temps sont si populaires, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;ils utilisent des th&eacute;matiques ch&egrave;res aux conservateurs mais plut&ocirc;t parce qu&rsquo;ils prosp&egrave;rent sur une vague d&rsquo;indignation et de haine envers la soci&eacute;t&eacute; Am&eacute;ricaine &agrave; un temps donn&eacute;. Trump a tout &agrave; fait compris cet aspect et cherche d&eacute;sormais &agrave; s&eacute;duire les &eacute;lecteurs de Bernie Sanders dont les affinit&eacute;s avec les conservateurs sont loin d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;videntes ! L&rsquo;adh&eacute;sion des masses s&rsquo;expliquerait donc ici bien plus par par un rejet du syst&egrave;me en tant que tel et de ses &eacute;lites que par des facteurs psychologiques.<br>De m&ecirc;me, on&nbsp;a souvent l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;&eacute;lecteur type serait , le "petit blanc d&eacute;class&eacute;" or une &eacute;tude des soutiens de Goldwater montre que la majorit&eacute; des militants appartiennent &agrave; la classe moyenne sup&eacute;rieure et ne sont pas mis &agrave; l&rsquo;&eacute;cart de la modernisation au contraire. Ce dernier fut par exemple largement pl&eacute;biscit&eacute; dans le compt&eacute; d&rsquo;Orange en Californie o&ugrave; la population est en moyenne tr&egrave;s ais&eacute;e et ne peut pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme &eacute;tant mise &agrave; l&rsquo;&eacute;cart de la modernit&eacute;.&nbsp;</div><div><div class="wsite-image wsite-image-border-none" style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"><a><img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/trump-sup_1_orig.jpeg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%"></a><div style="display:block;font-size:90%"></div></div></div><div class="paragraph"><strong><font size="4">Surfer sur la peur de la mondialisation&nbsp;:</font></strong><br>&nbsp;<br>Trump doit aussi son succ&egrave;s &agrave; une compr&eacute;hension aigu&euml; des &nbsp;frustrations et des craintes qu'a cr&eacute;e une mondialisation loin d&rsquo;&ecirc;tre heureuse pour beaucoup d&rsquo;Am&eacute;ricains. Certes une partie de ses &eacute;lecteurs se sent bien en situation d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; culturelle, craignant la transformation ethnique des Etats-Unis o&ugrave; ils deviendraient une minorit&eacute; comme les autres. Mais ce sentiment a des motivations largement &eacute;conomiques. Trump ayant int&eacute;gr&eacute; cet aspect &agrave; son discours, il est le seul sur la sc&egrave;ne politique avec Bernie Sanders &agrave; proposer de d&eacute;battre des effets de la mondialisation. Il d&eacute;nonce notamment les politiques de d&eacute;r&eacute;gulation abusives mises en place par Bill Clinton et dont il accuse Hilary Clinton d&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re.<br>Mais comment ne pas comprendre ce malaise d&rsquo;une partie de l&rsquo;Am&eacute;rique quand on sait qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui 43 millions d&rsquo;Am&eacute;ricains sont r&eacute;duits &agrave; utiliser des coupons alimentaires, que 15% du pays vit sous le seuil de pauvret&eacute; et que comme le d&eacute;montre Isaac martin, 12 millions de personnes ont &eacute;t&eacute; contraintes d&rsquo;abandonner leur maison pour vivre dans des mobil-homes ou de retourner chez leurs parents apr&egrave;s la crise de 2008. Au fond Trump utilise les recettes qui ont fait prosp&eacute;rer le &laquo;&nbsp;people&rsquo;s party&nbsp;&raquo; au d&eacute;but des ann&eacute;es 1890, lors de la premi&egrave;re mondialisation. La modernisation via les chemins de fer et l&rsquo;urbanisation avait cr&eacute;&eacute; nagu&egrave;re un rejet massif des &eacute;lites qui avaient prosp&eacute;r&eacute; gr&acirc;ce &agrave; des mesures telles que le railway act. Aussi paradoxal que cela puisse para&icirc;tre, face &agrave; ces changements, Trump rassure, en adoptant un discours irrationnel, allant jusqu&rsquo;&agrave; affirmer qu&rsquo;il ira n&eacute;gocier avec les Chinois pour annuler les accords de libre &eacute;change. En fait, le candidat r&eacute;publicain prosp&egrave;re gr&acirc;ce au vide laiss&eacute; par une partie des &eacute;lites, dont Hilary Clinton sur ce sujet qu&rsquo;ils refusent d&rsquo;aborder.&nbsp;</div><div><div class="wsite-image wsite-image-border-none" style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"><a><img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/narcitrump_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%"></a><div style="display:block;font-size:90%"></div></div></div><div class="paragraph"><strong><font size="4">Trump ou la vanit&eacute; du Narcisse&nbsp;:</font></strong><br>&nbsp;<br><u><em>Max Weber le savant et le politique, le politique comme m&eacute;tier et vocation&nbsp;:</em></u><br>&laquo;&nbsp;<em>Il n&rsquo;existe tout compte fait que deux sortes de p&eacute;ch&eacute;s mortels en politique : ne d&eacute;fendre aucune cause et n&rsquo;avoir pas le sentiment de sa responsabilit&eacute; &ndash; deux choses qui sont souvent, quoique pas toujours, identiques. La vanit&eacute; ou, en d&rsquo;autres termes, le besoin de se mettre personnellement, de la fa&ccedil;on la plus apparente possible, au premier plan, induit le plus fr&eacute;quemment l&rsquo;homme politique en tentation de commettre l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ces p&eacute;ch&eacute;s ou m&ecirc;me les deux &agrave; la fois. D&rsquo;autant plus que le d&eacute;magogue est oblig&eacute; de compter avec &laquo; l&rsquo;effet qu&rsquo;il fait &raquo;, c&rsquo;est pourquoi il court toujours le danger de jouer le r&ocirc;le d&rsquo;un histrion ou encore de prendre trop &agrave; la l&eacute;g&egrave;re la responsabilit&eacute; des cons&eacute;quences de ses actes, tout occup&eacute; qu&rsquo;il est par l&rsquo;impression qu&rsquo;il peut faire sur les autres. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, le refus de se mettre au service d&rsquo;une cause le conduit &agrave; rechercher l&rsquo;apparence et l&rsquo;&eacute;clat du pouvoir au lieu du pouvoir r&eacute;el ; de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;, l&rsquo;absence du sens de la responsabilit&eacute; le conduit &agrave; ne jouir que du pouvoir pour lui-m&ecirc;me, sans aucun but positif. En effet, bien que, on plut&ocirc;t parce que, la puissance est le moyen in&eacute;vitable de la politique et qu&rsquo;en cons&eacute;quence le d&eacute;sir du pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir &agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;un parvenu, ou encore du Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance [Machtpolitiker], &agrave; qui l&rsquo;on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et l&rsquo;absurde. Ceux qui critiquent la politique de &laquo;&nbsp;puissance &raquo; ont enti&egrave;rement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains repr&eacute;sentants typiques de cette attitude nous a permis d&rsquo;&ecirc;tre les t&eacute;moins de la faiblesse et de l&rsquo;impuissance qui se dissimulent derri&egrave;re certains gestes pleins d&rsquo;arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n&rsquo;est jamais que le produit d&rsquo;un esprit blas&eacute;, souverainement superficiel et m&eacute;diocre, ferm&eacute; &agrave; toute signification de l&rsquo;activit&eacute; humaine&nbsp;; rien n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs plus &eacute;loign&eacute; de la conscience du tragique qu&rsquo;on trouve dans toute action, et tout particuli&egrave;rement dans l&rsquo;action politique, que cette mentalit&eacute;.</em>&nbsp;&raquo;<br>&nbsp;<br>Ce texte pourtant vieux de plus d&rsquo;un si&egrave;cle n&rsquo;est-il pas violemment actuel&nbsp;? Ne peut-on pas transposer ces mots pour pour d&eacute;crire la sc&egrave;ne politique contemporaine ? Sans aucun doute.<br>Trump par exemple &ndash;mais bien d&rsquo;autres aussi- entre parfaitement dans le portrait type &eacute;tabli par Max Weber. Comme l&rsquo;homme politique d&eacute;crit dans le texte, Trump n&rsquo;a qu&rsquo;une conscience &eacute;loign&eacute;e du tragique que peuvent provoquer les mots et pas de conscience du tout du vide et de l&rsquo;absurde dans lequel il perd le discours politique. Sans aucun but positif, il se refuse &agrave; la pens&eacute;e, qui pourtant doit gouverner les actes des dirigeants pour y substituer ce qu&rsquo;il appelle &laquo;&nbsp;l&rsquo;action r&eacute;elle&nbsp;&raquo;. Tour de passe passe fort classique chez les populistes, il s&rsquo;affirme comme anti-intellectuel et se repose sur la mythologie Am&eacute;ricaine du &laquo;&nbsp;doer&nbsp;&raquo;. Mais Weber souligne &eacute;galement ici la diff&eacute;rence entre populisme et d&eacute;magogie. En effet, l&agrave; o&ugrave; le d&eacute;magogue cherche &agrave; plaire &agrave; tout le monde le populiste lui clive pour flatter une partie de la population en en stigmatisant une autre.&nbsp;</div><div class="wsite-youtube" style="margin-bottom:10px;margin-top:10px;"><div class="wsite-youtube-wrapper wsite-youtube-size-auto wsite-youtube-align-center"><div class="wsite-youtube-container"><iframe src="//www.youtube.com/embed/SbTRCpVmGSc?wmode=opaque" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe></div></div></div><div class="paragraph"><strong><font size="4">Trump D&eacute;magogue ou populiste&nbsp;?</font></strong><br>&nbsp;<br>&laquo; <em>Tous ces particuliers mercenaires, que le peuple appelle sophistes et regarde comme des rivaux, n'enseignent pas d'autres principes que ceux que lui-m&ecirc;me professe dans ses assembl&eacute;es, et c'est cela qu'ils appellent science. On dirait un homme qui, ayant &agrave; nourrir un animal grand et fort, apr&egrave;s en avoir observ&eacute; minutieusement les mouvements instinctifs et les app&eacute;tits, par o&ugrave; il faut l'approcher et par o&ugrave; le toucher, quand et pourquoi il est le plus hargneux et le plus doux, &agrave; propos de quoi il a l'habitude de pousser tel ou tel cri, et quels sons de voix l'adoucissent ou l'irritent, qui, dis-je, apr&egrave;s avoir appris tout cela par une fr&eacute;quentation prolong&eacute;e, donnerait &agrave; son exp&eacute;rience le nom de science, en composerait un trait&eacute; et se mettrait &agrave; l'enseigner, sans savoir v&eacute;ritablement ce qui dans ces maximes et ces app&eacute;tits est beau ou laid, bien ou mal, juste ou injuste, ne jugeant de tout cela que d'apr&egrave;s les opinions du gros animal, appelant bonnes les choses qui lui font plaisir, mauvaises celles qui le f&acirc;chent, incapable d'ailleurs de justifier ces noms, confondant le juste et le beau avec les n&eacute;cessit&eacute;s de la nature, parce que la diff&eacute;rence essentielle qui existe entre la n&eacute;cessit&eacute; et le bien, il ne l'a jamais vue ni ne peut la faire voir &agrave; d'autres. Au nom de Zeus, ne te semble-t-il pas qu'un pr&eacute;cepteur serait bien &eacute;trange ?&nbsp;</em>&raquo;<br><strong>PLATON la r&eacute;publique</strong><br>&nbsp;<br>&nbsp;<br>Le texte ci-dessus nous montre l&rsquo;&eacute;troitesse du lien entre d&eacute;magogie au populisme. En fait la plupart des populistes ont souvent une utilisation populiste du raisonnement d&eacute;magogique. La d&eacute;magogie dans l&rsquo;&eacute;tymologie signifie l&rsquo;art de savoir &laquo;&nbsp;conduire le peuple&nbsp;&raquo;, ce qui est assez peu attrayant au final voir anecdotique pour un homme politique qui cherche &agrave; &ecirc;tre &eacute;lu. Le Pen dans son altercation &nbsp;veut &agrave; l'inverse prouver non pas qu'il est un guide du peuple mais qu'il en est un &eacute;l&eacute;ment comme les autres.<br><br>Surtout, une erreur d&rsquo;analyse consiste &agrave; trop souvent vouloir minorer l&rsquo;importance de ces mouvements en les qualifiants d&rsquo;anecdotiques, affirmant que sur le long terme ils seront vou&eacute;s &agrave; dispara&icirc;tre. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne ne dispara&icirc;tra pas, au contraire, il est le signe d&rsquo;une d&eacute;connection &agrave; laquelle il nous faut rem&eacute;dier, le signe aussi que la gauche de pouvoir a compl&egrave;tement failli &agrave; sa mission, laissant son &eacute;lectorat traditionnel basculer dans le populisme. Car ne nous y trompons pas, les conservateurs souvent au caract&egrave;re temp&eacute;r&eacute; tombent rarement dans les exc&egrave;s de la sophistique.&nbsp;<br><br>&#8203;R&eacute;douane Ramdani</div>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Et Si L'on Faisait Confiance à L'Avenir? ]]></title><link><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/et-si-lon-faisait-confiance-a-lavenir]]></link><comments><![CDATA[https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/et-si-lon-faisait-confiance-a-lavenir#comments]]></comments><pubDate>Mon, 12 Sep 2016 09:27:27 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">https://www.lobjectifjournal.com/formes-litteacuteraires-libres/et-si-lon-faisait-confiance-a-lavenir</guid><description><![CDATA[       Cessons d'&ecirc;tre pessimistes. Le monde de demain sera probablement meilleur que celui d'aujourd'hui. Il suffit de le vouloir... et d'y croire.On nous fait peur. Sur la soci&eacute;t&eacute; qui nous attend, sur les bouleversements de nos m&eacute;tiers, sur notre capacit&eacute; &agrave; nous - les plus de 35 ans - &agrave; faire face, &agrave; s&rsquo;adapter, nous qui avons &eacute;t&eacute; form&eacute;s de comp&eacute;tences d&eacute;j&agrave; obsol&egrave;tes, nous qui ne sommes  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<div><div class="wsite-image wsite-image-border-none " style="padding-top:10px;padding-bottom:10px;margin-left:0;margin-right:0;text-align:center"> <a> <img src="https://www.lobjectifjournal.com/uploads/6/0/0/9/60098087/cagnes_orig.jpg" alt="Photo" style="width:auto;max-width:100%" /> </a> <div style="display:block;font-size:90%"></div> </div></div>  <div class="paragraph"><strong><font size="4">Cessons d'&ecirc;tre pessimistes. Le monde de demain sera probablement meilleur que celui d'aujourd'hui. Il suffit de le vouloir... et d'y croire.</font></strong><br />On nous fait peur. Sur la soci&eacute;t&eacute; qui nous attend, sur les bouleversements de nos m&eacute;tiers, sur notre capacit&eacute; &agrave; nous - les plus de 35 ans - &agrave; faire face, &agrave; s&rsquo;adapter, nous qui avons &eacute;t&eacute; form&eacute;s de comp&eacute;tences d&eacute;j&agrave; obsol&egrave;tes, nous qui ne sommes pas n&eacute;s un t&eacute;l&eacute;phone &agrave; la main, nous qui allons subir&nbsp;<a href="http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-123375-la-generation-z-ideale-pour-la-transformation-digitale-1092223.php">le tsunami de la g&eacute;n&eacute;ration Z</a>&nbsp;&hellip;&nbsp;Et si nous faisions le choix collectif de dire non&nbsp; &agrave; la peur ? Le choix difficile de l&rsquo;optimisme ? Et si nous d&eacute;cidions d&rsquo;&ecirc;tre nous, les acteurs du monde de demain ?<br />Dans 15 ans, j&rsquo;aurais 48 ans.&nbsp; 40 &agrave; 50% des m&eacute;tiers auront disparus&nbsp;<a href="http://www.lesechos.fr/21/02/2013/LesEchos/21381-048-ECH_quand-les-machines-remplaceront-les-hommes.htm">en particulier &agrave; cause des machines</a>&nbsp;. Ce n&rsquo;est pas moi qui le dit ni Marty McFly, c&rsquo;est Harvard, Oxford (1), et tout un tas de chercheurs tr&egrave;s s&eacute;rieux. La science aura fait des progr&egrave;s &eacute;normes, pour le meilleur et aussi probablement le pire.<br /><br /><strong><font size="4">Un monde chaotique ?</font></strong><br />Alors dans 15 ans, on imagine un sc&eacute;nario o&ugrave; l&rsquo;on fait un m&eacute;tier sans trop savoir pourquoi, o&ugrave; les machines ont remplac&eacute; beaucoup de choses inint&eacute;ressantes qu&rsquo;on avait l&rsquo;habitude de faire mais aussi des choses qu&rsquo;on aimait faire, o&ugrave; l&rsquo;on est tellement connect&eacute;s qu&rsquo;on chat avec un inconnu au bout du monde mais qu&rsquo;on ne connait pas son voisin.<br />Un sc&eacute;nario o&ugrave; l&rsquo;on ne va plus &agrave; la pompe car un robot vient automatiquement recharger notre r&eacute;servoir d&rsquo;une essence de plus en plus difficile &agrave; produire, o&ugrave; l&rsquo;on se nourrit de pilules aux go&ucirc;ts acidul&eacute;s car nous avons &eacute;puis&eacute; nos ressources, o&ugrave; la science nous permet d&rsquo;avoir 3 enfants tous n&eacute;s de sexe masculin parce que c&rsquo;est plus pratique le dimanche pour le programme foot.<br />Un monde o&ugrave; l&rsquo;on entend toutes les semaines qu&rsquo;un pays dispara&icirc;t de la carte&nbsp;<a href="http://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/0211135435336-ces-guerres-de-leau-qui-nous-menacent-2023537.php">pour manque d&rsquo;eau</a>&nbsp;, sans parler des conflits, des catastrophes naturelles et autres d&eacute;sastres humanitaires &hellip;.. Et l&agrave; je dois le reconna&icirc;tre, j&rsquo;ai un peu peur.<br /><br /><strong><font size="4">Un avenir radieux ?</font></strong><br />Ou alors dans 15 ans,&nbsp;<a href="http://www.lesechos.fr/07/10/2015/lesechos.fr/021386776390_nos-enfants-travailleront-ils-jusqu-a-100-ans--.htm">on n&rsquo;a pas un m&eacute;tier mais trois activit&eacute;s</a>&nbsp;, compl&eacute;mentaires, &eacute;panouissantes, certaines r&eacute;mun&eacute;r&eacute;es et d&rsquo;autres pas. En France, le nombre d&rsquo;ind&eacute;pendants a augment&eacute; de 85% en moins de 10%. La &laquo; plateformisation &raquo; de l&rsquo;&eacute;conomie va acc&eacute;l&eacute;rer de fa&ccedil;on exponentielle cette tendance.<br />Dans 15 ans, on utilise les machines pour nous soutenir, mais on a su mettre des valeurs et de l&rsquo;&eacute;thique au coeur de nos d&eacute;cisions, sans laisser le fantasme de l&rsquo;homme augment&eacute; nous br&ucirc;ler les ailes.<br />Dans 15 ans, on connait son voisin et sa voisine, et avec eux, on troque, on partage, on rigole. On ne va plus &agrave; la pompe parce qu&rsquo;on n&rsquo;a plus de voiture.&nbsp; On mange des l&eacute;gumes biologiques produits en permaculture sur la ferme-terrasse de son immeuble. Dans 15 ans, on a 3 enfants qui sont tous tr&egrave;s diff&eacute;rents, tr&egrave;s cr&eacute;atifs, tr&egrave;s empathiques, et l&rsquo;&eacute;cole elle aussi a chang&eacute;.&nbsp;<br />Elle apprend &agrave; r&eacute;ussir avec plut&ocirc;t que contre les autres. A poser des questions plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; r&eacute;citer des r&eacute;ponses. Et du coup le programme du dimanche devient une vraie gal&egrave;re de cr&eacute;ativit&eacute;. On pr&eacute;serve nos ressources, on les partage, on vit ensemble sur une m&ecirc;me plan&egrave;te.<br /><br /><strong><font size="4">Surfer ou se noyer</font></strong><br />La vague est l&agrave;. La question est de savoir si on surfe dessus ou si on se laisse noyer. On ne va pas se mentir, y a du boulot. Mais si l&rsquo;on fait le choix du verre &agrave; moiti&eacute; plein, fini la peur.<br />En France, aujourd&rsquo;hui, on invente des &eacute;coles pour que tout le monde puisse apprendre &agrave; coder. On sait comment remettre en selle des personnes cass&eacute;es par la vie avec des mod&egrave;les d&rsquo;insertion qui ont fait leur preuve. Et certains vont m&ecirc;me r&eacute;pliquer nos mod&egrave;les dans la Silicon Valley.<br />On innove pour g&eacute;n&eacute;raliser l&rsquo;&eacute;conomie circulaire et &eacute;liminer le gaspillage en cr&eacute;ant d&rsquo;&eacute;normes opportunit&eacute;s &eacute;conomiques. On r&eacute;invente la distribution du producteur au consommateur. Et de nouvelles formes de croissance. Simplon, Calso, La Ruche qui Dit Oui !,&nbsp; Phenix, &hellip;derri&egrave;re toutes ces initiatives,&nbsp; des 35-45 ans, ceux-l&agrave; m&ecirc;me dont on dit qu&rsquo;ils vont &ecirc;tre submerg&eacute;s.<br />Dans la d&eacute;finition du Larousse, la peur&nbsp;<em>&laquo; est une cons&eacute;quence de l'analyse du danger et permet au sujet de le fuir ou de le combattre &raquo;</em>.&nbsp; Choisissons le combat, celui&nbsp; de l&rsquo;optimisme !<br /><span style="font-weight:700">Laurence Lamoureux,</span>&nbsp;fondatrice de MySezame<br /><span></span><br /></div>]]></content:encoded></item></channel></rss>